Beyrouth se retrouve au cœur d’un jeu d’équilibres dangereux. Alors que la guerre s’intensifie à Gaza, provoquant une onde de choc régionale, le Liban fait face à une pression croissante, à la fois interne et internationale, sur la question du désarmement du Hezbollah. À ces crispations politiques s’ajoute un climat de défiance grandissant vis-à-vis des ambitions israéliennes à la frontière sud. Dans le même temps, la communauté internationale semble impuissante face à la catastrophe humanitaire qui se déroule dans l’enclave palestinienne.
Offensive diplomatique américaine à Beyrouth
Selon les informations publiées dans Al Joumhouriyat le 30 août 2025, les États-Unis ont accentué leur offensive diplomatique à Beyrouth. Le journal affirme que l’émissaire américain Tom Barak, en visite dans la capitale libanaise, a porté un message explicite : Washington souhaite voir le Liban engager, sans délai, un processus de désarmement du Hezbollah. Cette demande, formulée sans équivoque, est présentée comme un préalable à toute évolution politique ou économique durable dans le pays.
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La tonalité du message a surpris par sa fermeté. L’article souligne que les représentants américains ont utilisé des termes clairs, refusant de lier cette exigence à un geste symétrique d’Israël. Pas de retrait, pas d’échange de prisonniers, pas même un cessez-le-feu symbolique à la frontière sud. Cette position, jugée intransigeante par plusieurs responsables libanais, alimente les inquiétudes d’une partie de la classe politique, qui redoute que le pays ne soit instrumentalisé dans une stratégie régionale plus vaste.
Joseph Aoun à la manœuvre, Nawaf Salam en équilibriste
Face à cette pression, le président de la République Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam affichent une ligne de prudence. D’après Al Akhbar, les deux hommes ont réaffirmé leur attachement à la stabilité institutionnelle et à la préservation du rôle de l’armée. Le chef de l’État cherche manifestement à éviter une confrontation directe entre l’institution militaire et le Hezbollah, tout en maintenant le dialogue ouvert avec les partenaires occidentaux.
Ce positionnement se heurte néanmoins aux lignes rouges posées par le Hezbollah. Al Bina’ rapporte que le nouveau secrétaire général du mouvement, Naim Kassem, a exprimé publiquement son opposition à toute tentative de désarmement. Selon le journal, le Hezbollah considère cette exigence comme une atteinte directe à son existence. La formation chiite, qui se perçoit toujours comme une force de résistance, voit dans cette campagne diplomatique une tentative de la neutraliser politiquement avant de la marginaliser militairement.
Un équilibre interne fragile, menacé par des alliances mouvantes
Dans cette atmosphère électrique, plusieurs journaux évoquent la persistance d’un consensus implicite entre les principales forces politiques pour éviter une explosion interne. Al Diyar fait état d’un accord tripartite, implicite mais structurant, entre la présidence, le tandem Amal-Hezbollah, et le commandement militaire. Ce pacte reposerait sur trois piliers : le maintien du canal de communication entre le pouvoir et le Hezbollah, l’exclusion de toute confrontation directe entre l’armée et le parti, et l’engagement à privilégier la voie diplomatique.
Ces garanties sont jugées indispensables pour contenir la tension au sud du pays. Dans ses colonnes, Al Joumhouriyat insiste sur l’importance accordée par les États-Unis à la coopération de l’armée. Tom Barak aurait réaffirmé que Washington « se tient aux côtés de l’armée libanaise ». Mais cette promesse de soutien suscite des interrogations, notamment quant à l’ampleur de l’implication américaine et au risque de militarisation d’un processus politique.
Une ligne de front au sud, un front diplomatique au nord
À l’échelle régionale, la situation à Gaza agit comme un catalyseur. Al 3arabi Al Jadid titre sur le déclenchement des « phases préparatoires » d’une offensive israélienne de grande envergure. L’armée de l’État hébreu a officiellement désigné la ville de Gaza comme « zone de combat dangereuse ». Une formulation qui annonce une opération au sol à grande échelle. La tactique israélienne, selon plusieurs sources militaires citées par le journal, consisterait à couper la ville en plusieurs secteurs avant de procéder à un nettoyage méthodique.
Sur le terrain, les conséquences humanitaires sont déjà catastrophiques. Al Quds rapporte que plus d’un million de civils sont désormais sans abri, privés d’eau, de nourriture et de soins. Les hôpitaux, submergés, peinent à assurer les soins de base. Le directeur de l’hôpital Al-Shifa confie à la presse ne plus avoir les moyens de répondre aux urgences. La pénurie d’oxygène, de carburant et de matériel médical est décrite comme totale. Selon le même journal, cinq décès liés à la famine ont été enregistrés, dont deux enfants.
La diplomatie turque durcit le ton, les Européens tergiversent
Face à cette situation, les réactions diplomatiques se multiplient, sans pour autant provoquer de changement concret sur le terrain. Al Sharq Al Awsat annonce que la Turquie a fermé ses ports et son espace aérien aux navires et avions israéliens. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a présenté cette décision comme une réponse directe à la campagne militaire en cours à Gaza. Ankara souhaite ainsi marquer sa rupture avec Tel-Aviv, tout en réaffirmant son soutien à la cause palestinienne.
D’autres capitales, notamment européennes, adoptent une posture plus prudente. Si les condamnations verbales se succèdent, les leviers d’action restent limités. Le même journal indique que Bruxelles a évoqué l’éventualité de sanctions, mais que les États membres sont divisés sur leur nature et leur portée. Washington, de son côté, continue de soutenir son allié israélien sans restriction.
La résistance, entre symbolique et stratégie
Dans ce contexte, la posture du Hezbollah se veut à la fois défensive et dissuasive. Al Akhbar analyse le discours de Naim Kassem comme un signal destiné à ses adversaires internes, mais aussi à ses soutiens régionaux. Le mouvement chiite entend démontrer qu’il reste une force incontournable dans l’équation libanaise, mais aussi un acteur structurant de l’axe de la résistance face à Israël. Ce positionnement s’inscrit dans une logique régionale plus large, qui inclut l’Iran, la Syrie et certains courants palestiniens.
Al Bina’ observe que cette stratégie de résistance repose sur une logique de dissuasion symétrique. En d’autres termes, le Hezbollah cherche à imposer un coût politique et militaire à toute tentative de marginalisation. Cette ligne de défense repose sur l’idée que l’arsenal du parti constitue une garantie de survie face aux ambitions israéliennes et aux pressions occidentales.
Un Liban à la croisée des chemins
Plusieurs éditorialistes s’interrogent désormais sur la capacité du Liban à maintenir cet équilibre instable. Al Sharq publie une tribune critique soulignant la difficulté pour le Hezbollah de continuer à se positionner à la fois comme un parti de gouvernement et une milice armée. La tribune pointe un paradoxe devenu structurel : un acteur qui participe à la vie politique nationale tout en conservant une autonomie militaire. Cette dualité, acceptable en temps de paix relative, devient intenable en période de crise régionale.
La question, désormais, n’est plus seulement celle du désarmement. C’est celle du rôle du Liban dans l’échiquier régional. La guerre à Gaza, la pression américaine, les tensions avec Israël et les fractures internes convergent vers un point de rupture. Le pays, pris en étau entre ses équilibres internes et les réalités géopolitiques, semble plus que jamais au bord d’un basculement.
Politique locale : Pressions croisées et manœuvres de stabilisation
Dans un Liban sous haute tension, la classe politique tente de préserver un équilibre précaire entre les exigences de la communauté internationale et les lignes rouges imposées par les forces locales. Tandis que le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam avancent prudemment sur le dossier épineux du désarmement du Hezbollah, plusieurs figures politiques s’affichent en défenseurs de la souveraineté nationale, redoutant une perte de contrôle au profit d’agendas extérieurs. La dynamique parlementaire reste dominée par une série de consultations, négociations informelles et jeux d’alliances mouvants.
Le président Aoun cherche une voie médiane
Selon Al Diyar (30 août 2025), le chef de l’État, Joseph Aoun, élu sur la promesse de restaurer l’autorité de l’État, concentre ses efforts sur la relance du dialogue national. Son entourage affirme qu’il veut éviter toute décision précipitée susceptible de provoquer un affrontement direct avec le Hezbollah. Les entretiens qu’il mène depuis plusieurs semaines avec des représentants de l’armée et des chefs de partis visent à établir une « feuille de route sécuritaire » qui permettrait de désamorcer les tensions sans rompre l’équilibre communautaire.
Dans cette optique, la présidence mise sur le rôle pivot de l’armée, perçue comme la seule institution à même d’arbitrer entre les camps rivaux sans déclencher de confrontation ouverte. Al Joumhouriyat (30 août 2025) évoque à ce sujet l’existence d’un plan technique, préparé par l’état-major, visant à organiser le redéploiement des forces sur certaines zones sensibles, notamment dans la région frontalière sud. L’objectif affiché : garantir la sécurité du territoire tout en évitant toute provocation directe envers les groupes armés présents sur le terrain.
Nawaf Salam entre volontarisme réformateur et prudence tactique
Le Premier ministre Nawaf Salam, dont la nomination avait suscité un espoir mesuré dans les milieux diplomatiques, adopte une posture de médiateur. D’après Al Akhbar (30 août 2025), le chef du gouvernement refuse de s’aligner sur les injonctions américaines en bloc, tout en reconnaissant la nécessité de traiter « la question de l’armement hors cadre étatique ». Il insiste sur l’urgence d’un dialogue élargi impliquant toutes les composantes politiques et communautaires.
Les propositions formulées en conseil des ministres ces dernières semaines porteraient sur la création d’un comité intergouvernemental chargé de formuler une stratégie nationale de défense, intégrant les préoccupations des acteurs communautaires. Le chef du gouvernement souhaite également renforcer la coopération avec les Nations unies, notamment par le biais de la FINUL, dont le mandat pourrait être redéfini à la lumière des nouvelles réalités géopolitiques.
Des voix discordantes au Parlement
Alors que le tandem exécutif tente de naviguer entre les écueils, l’hémicycle reste le théâtre de confrontations ouvertes. Al Sharq (30 août 2025) rapporte que plusieurs députés issus des formations chrétiennes ont exprimé leurs craintes face à ce qu’ils considèrent comme une tentative de « normalisation de la présence armée du Hezbollah ». Ils exigent que toute négociation sur ce sujet soit soumise au vote du Parlement et accompagnée de garanties internationales.
À l’opposé, les représentants du courant chiite – notamment ceux affiliés au mouvement Amal – mettent en garde contre toute décision unilatérale. Selon Al Akhbar, ils rappellent que le Hezbollah représente une composante historique du tissu politique libanais et que toute atteinte à son autonomie militaire serait perçue comme une déclaration d’hostilité.
L’ombre de Walid Joumblatt et les équilibres druzes
Sur les hauteurs du Chouf, le leader druze Walid Joumblatt n’a pas tardé à faire entendre sa voix. Dans des propos relayés par Al Akhbar (30 août 2025), il met en garde contre une « course à l’affrontement dictée de l’extérieur » et appelle à une solution interne respectueuse du consensus libanais. Bien que désormais en retrait, l’ancien chef du Parti socialiste progressiste conserve une influence considérable sur la scène politique, notamment à travers son fils Taymour, qui assure la continuité du clan dans les institutions.
Le soutien prudent mais ferme des Joumblatt à la position de modération présidentielle semble constituer un facteur stabilisateur, en particulier dans le contexte communautaire complexe du Liban central.
Des négociations sous surveillance étrangère
Al Diyar rapporte que les chancelleries étrangères, notamment l’ambassade des États-Unis et la mission française à Beyrouth, suivent avec attention les débats internes. Plusieurs diplomates auraient participé à des réunions officieuses avec des responsables libanais pour s’assurer que le processus engagé reste conforme aux attentes occidentales, notamment en matière de sécurité frontalière et de réforme du secteur de la défense.
Cette présence étrangère, bien que justifiée par les risques de déstabilisation régionale, suscite des réserves dans certains cercles souverainistes, qui y voient une tentative de reprise en main du dossier libanais. Al Bina’, dans un éditorial critique, évoque même un « retour du mandat par d’autres moyens », accusant les puissances occidentales de chercher à imposer leur agenda sans tenir compte des spécificités locales.
L’inconnue du Hezbollah
Dans ce climat de tension maîtrisée, la position du Hezbollah demeure ambivalente. S’il rejette toute discussion sur son désarmement, il ne ferme pas totalement la porte à un dialogue sur l’avenir de la stratégie de défense nationale. D’après Al Joumhouriyat, certains émissaires du parti auraient laissé entendre qu’une « harmonisation progressive » entre la doctrine de l’armée et celle de la résistance pourrait être envisageable, à condition que le Liban ne soit pas sommé de choisir entre sa sécurité et sa souveraineté.
Mais cette ouverture reste conditionnelle. Le Hezbollah réclame en retour des garanties sur la non-ingérence d’Israël dans les affaires libanaises, et un engagement clair de l’État à défendre l’intégrité territoriale, notamment au sud. La position du parti reste donc axée sur une logique de réciprocité et de dissuasion, plutôt que sur un compromis immédiat.
Un automne politique sous surveillance
Les prochaines semaines seront décisives. Une séance parlementaire consacrée à la réforme du secteur de la défense est prévue à la mi-septembre. Dans les cercles du pouvoir, on espère parvenir d’ici là à une ébauche de compromis susceptible d’être soumise aux différentes composantes du pays. Les risques d’échec sont élevés, mais l’urgence de stabiliser le pays, alors que Gaza brûle et que la Syrie reste sous tension, pourrait servir de levier pour mobiliser les forces politiques autour d’un minimum commun.
La classe politique libanaise, longtemps critiquée pour son immobilisme, se trouve face à un tournant. La gestion de cette crise pourrait déterminer non seulement l’avenir du Hezbollah dans l’équation nationale, mais aussi celui de l’État libanais dans son ensemble, confronté à l’obligation de choisir entre résistance, réforme et préservation de son fragile équilibre communautaire.
Citation et discours des personnalités politiques : lignes rouges et avertissements publics
Le paysage politique libanais s’est animé ces derniers jours d’une série de déclarations incisives, exprimées par les principales figures de l’échiquier national. À l’heure où le pays tente d’éviter une nouvelle spirale d’instabilité, les paroles des responsables politiques résonnent comme autant de balises dressées dans une mer houleuse. Si certaines prises de parole se veulent conciliatrices, d’autres relèvent d’une stratégie assumée de confrontation verbale. En filigrane, un double objectif transparaît : contenir les pressions étrangères tout en réaffirmant des positions de pouvoir internes.
Joseph Aoun interpellé sur ses devoirs constitutionnels
Dans les colonnes d’Ad Diyar (30 août 2025), un appel direct est adressé au président de la République, Joseph Aoun. Un responsable politique – non nommé mais cité explicitement – affirme que le chef de l’État est désormais « tenu d’assumer ses devoirs nationaux face à la menace politique qui pèse sur l’ensemble du Liban ». Ce même interlocuteur insiste sur le fait que « le rôle de l’armée doit être de défendre les frontières, non de participer à des conflits internes ». Cette distinction, martelée avec insistance, marque une tentative de préserver l’institution militaire d’une instrumentalisation politique croissante, alors que son chef est lui-même devenu chef de l’État.
La formule employée – « défendre l’idéologie nationale de l’armée est un devoir » – résonne comme une mise en garde à ceux qui chercheraient à utiliser la légitimité militaire à des fins partisanes. Elle renvoie également à une inquiétude latente : celle de voir l’institution glisser vers un rôle d’arbitre dans un contexte de divisions politiques exacerbées.
Nawaf Salam plaide pour un soutien externe structurant
Le Premier ministre Nawaf Salam, quant à lui, s’est exprimé dans un entretien rapporté par Al Bina’ (30 août 2025), dans lequel il réaffirme le besoin pressant d’un appui arabe et international. « Nous avons fait ce que nous devions faire pour avancer. Nous avons désormais besoin d’un soutien financier et logistique clair pour l’armée, ainsi que pour la reconstruction du pays », affirme-t-il. Il précise que le gouvernement a soumis à l’émissaire américain Tom Barrack une demande explicite concernant « un retrait israélien partiel des territoires libanais, la fin des raids aériens ou la libération de prisonniers ».
La déclaration du chef du gouvernement, d’un ton pragmatique, met en évidence une ligne de conduite diplomatique axée sur des échanges conditionnels. Tout en reconnaissant les attentes de la communauté internationale, Nawaf Salam pose en retour des exigences concrètes, soulignant que « rien de tout cela n’a encore été obtenu ». Cette posture traduit une volonté de ne pas apparaître comme un simple exécutant, tout en affichant une disposition à négocier.
Naim Kassem défend la résistance et salue Nabih Berri
Dans un discours relayé par Ad Diyar, Naim Kassem, secrétaire général du Hezbollah, s’est livré à une vibrante défense du triptyque « peuple, armée, résistance ». Il y déclare que « le président de la Chambre, Nabih Berri, est la plus haute autorité de ce pays, le symbole de sa valeur souveraine et de son histoire résistante ». Il ajoute que « nul gouvernement ni aucune légitimité politique ne peuvent exister sans s’appuyer sur lui ». Par cette formule, Naim Kassem rappelle implicitement l’importance du tandem chiite dans les équilibres institutionnels du pays, à un moment où les discussions sur le désarmement de la résistance se multiplient.
Mais il va plus loin encore. Évoquant la situation actuelle, il avertit contre « le jeu politique qui cherche à fragmenter le pays et à l’embraser ». La métaphore de la maladie – qualifiée de « peste politique » – est utilisée pour désigner la situation actuelle. Dans ce contexte, il affirme que l’armée ne doit en aucun cas être utilisée pour « allumer le feu intérieur ». Cette mise en garde vise clairement les propositions visant à impliquer davantage les forces armées dans les questions de sécurité intérieure, notamment face au Hezbollah.
Walid Joumblatt fustige l’« ordre israélien »
De son côté, l’ancien leader druze Walid Joumblatt, cité par Ad Diyar (30 août 2025), a vivement dénoncé ce qu’il appelle « les diktats israéliens ». Selon lui, « ce qui nous est proposé est un ordre imposé par Israël, et il est hors de question de se soumettre ». Fidèle à son discours d’équilibre, il souligne néanmoins que « la solution passe par le dialogue pour convaincre le Hezbollah », fermant ainsi la porte à toute solution militaire ou unilatérale.
Au sujet de la Syrie, il évoque également les violences dans la région de Soueïda, qu’il qualifie de « crimes contre les Druzes et actes de violence contre les Bédouins ». Il réclame l’ouverture d’une enquête internationale et appelle à la réouverture des routes entre Damas et la région, estimant que l’État syrien doit « aussi accepter ses responsabilités ».
Ces déclarations, bien qu’ancrées dans un contexte syrien, s’inscrivent dans une logique plus large de défense des minorités et de rejet des logiques de confrontation frontale. Elles permettent à Walid Joumblatt de réaffirmer sa posture traditionnelle de médiateur tout en s’inscrivant dans la défense d’un axe régional en mutation.
Wadih Khazen appelle à une « prise de conscience nationale »
Dans un registre plus institutionnel, l’ancien ministre Wadih Khazen a, selon Al Bina’, lancé un appel à toutes les forces politiques « pour qu’elles prennent conscience de la gravité de la phase actuelle ». Il prévient que « les divergences internes ne sont plus de simples désaccords politiques, mais des signes avant-coureurs d’un effondrement national ». Il évoque même le risque d’une « guerre civile larvée » nourrie par l’instrumentalisation externe des fractures internes.
Pour lui, « l’État s’effondre sous le poids des crises économiques, sociales et sécuritaires, tandis que certains dirigeants restent enfermés dans des calculs partisans ». Il dénonce une « complicité tacite avec des plans extérieurs qui cherchent à fragmenter le pays », en visant implicitement ceux qui prônent un alignement automatique sur les injonctions américaines ou israéliennes.
Le général Abbas Ibrahim, voix de la stabilité
Enfin, le général Abbas Ibrahim, ancien directeur de la Sûreté générale, s’est également exprimé dans les colonnes d’Al Sharq (30 août 2025), soulignant que « le commandement de l’armée est parfaitement conscient de la gravité de la situation ». Il assure que les militaires sont prêts à « prendre toutes les mesures nécessaires pour contenir les tensions », mais insiste sur le fait que « l’armée ne prendra jamais parti et restera à équidistance de tous ».
Il met en garde contre toute tentative de déstabilisation, affirmant que « les forces armées n’accepteront pas le chaos ». Cette déclaration, d’apparence technique, s’inscrit dans une stratégie de communication bien huilée visant à rassurer la population et les partenaires étrangers sur la neutralité de l’institution militaire.
Diplomatie : pressions croisées et réalignements régionaux
Au cœur d’une conjoncture internationale tendue, la diplomatie libanaise tente de préserver ses fragiles équilibres tout en négociant un appui externe pour contenir les multiples crises. Les entretiens avec les partenaires arabes se multiplient, tandis que les discussions avec les États-Unis avancent difficilement. Dans ce contexte, le Liban se retrouve au centre d’un jeu d’influences régionales où se croisent enjeux sécuritaires, exigences économiques et luttes d’alignements stratégiques.
Nawaf Salam et l’émissaire qatari : un appui conditionnel
Le Premier ministre Nawaf Salam a rencontré à Beyrouth l’ambassadeur du Qatar, Saud bin Abdulrahman Al Thani, dans un climat marqué par l’urgence économique. Selon Al Liwa’ (30 août 2025), l’émissaire qatari a réaffirmé le « soutien total de Doha au Liban », notamment à travers le financement de projets de développement et de soutien humanitaire. L’entretien a porté sur les relations bilatérales, les investissements en cours, et surtout sur les mécanismes d’assistance ciblée dans les domaines de la santé et de l’éducation.
L’ambassadeur qatari a souligné que son pays reste « engagé au côté du Liban pour soutenir sa stabilité », tout en insistant sur l’importance des réformes structurelles. Cette position traduit une ligne désormais classique dans les cercles du Golfe : une aide financière conditionnée à des efforts de bonne gouvernance. La rencontre s’est tenue au Grand Sérail, siège du gouvernement libanais, dans une atmosphère que les médias décrivent comme « constructive mais exigeante ».
Pressions américaines sur la question du désarmement
En parallèle, les relations avec les États-Unis restent tendues. Al Akhbar (30 août 2025) rapporte que Washington continue de conditionner son soutien au désarmement progressif du Hezbollah. L’administration américaine aurait réitéré sa « volonté de voir le Liban respecter ses engagements de souveraineté » et considère que le maintien de milices armées constitue un obstacle majeur à toute assistance structurante.
Le journal précise que l’envoyé spécial américain Thomas Barrack a transmis une liste de conditions, parmi lesquelles figure la mise en place d’un calendrier de désarmement, la consolidation du rôle de l’armée libanaise et la garantie de sécurité à la frontière sud. Ces exigences ne sont pas nouvelles, mais elles reviennent dans un contexte de forte mobilisation israélienne autour de la frontière nord, ce qui confère à la pression diplomatique américaine un poids renouvelé.
Stratégie diplomatique du Hezbollah : axe régional renforcé
Face à ces injonctions, le Hezbollah semble opter pour une redéfinition de ses alliances diplomatiques. Dans son édition du 30 août 2025, Al Sharq évoque une inquiétude croissante à Téhéran concernant « la faiblesse militaire de ses relais régionaux », notamment au Liban. Le quotidien avance que l’Iran cherche à renforcer son soutien logistique et diplomatique au Hezbollah via une série d’initiatives discrètes, dont une tournée d’Ali Larijani, chargé par le Guide suprême de relancer les alliances stratégiques.
La même source souligne que l’Iran redoute un effritement progressif de l’axe de la résistance, surtout depuis que plusieurs figures libanaises – naguère alliées – se distancient de plus en plus ouvertement du Hezbollah. Le dossier diplomatique se complexifie ainsi à mesure que les alliances internes perdent en homogénéité, sous l’effet d’une recomposition des intérêts locaux et régionaux.
Réflexions libanaises sur le cadre diplomatique multilatéral
Sur le plan conceptuel, Al Akhbar plaide pour une politique étrangère fondée sur « une vision stratégique ancrée dans les impératifs de sécurité nationale ». Le journal appelle à structurer les relations internationales du Liban selon une logique défensive, axée prioritairement sur la menace israélienne. Il s’agit, selon cet axe, de repenser les partenariats diplomatiques non pas selon leur capacité économique, mais selon leur compatibilité avec « la souveraineté nationale et la sécurité du territoire ».
La diplomatie libanaise serait ainsi appelée à se départir d’un tropisme occidental systématique pour privilégier des partenariats « dans l’intérêt de la résistance et de l’unité nationale ». Cette ligne éditoriale, émanant de cercles proches du Hezbollah, révèle une volonté de repositionnement stratégique face à ce qui est perçu comme un isolement croissant du Liban sur la scène internationale.
Gaza, révélateur de fractures diplomatiques
La situation à Gaza a agi comme un catalyseur des lignes de fracture diplomatiques. Al Quds (30 août 2025) publie un communiqué dénonçant les « crimes de guerre israéliens » à l’encontre de la population civile, appelant la communauté internationale à « isoler Israël diplomatiquement et à intensifier les sanctions ». Le ton employé est virulent et vise directement les États-Unis, accusés d’être « complices de cette guerre génocidaire ».
Ce positionnement contraste avec la prudence affichée par les autorités libanaises officielles. Le président Aoun et le Premier ministre Salam ont, selon Ad Diyar (30 août 2025), évité toute déclaration publique susceptible de compromettre les canaux de discussion avec Washington. Cette dichotomie entre la diplomatie partisane et la diplomatie étatique illustre l’ambiguïté permanente qui entoure la voix officielle du Liban sur les grandes questions régionales.
Un repositionnement nécessaire mais semé d’embûches
Dans ce contexte, plusieurs éditorialistes mettent en garde contre un effondrement de la position diplomatique libanaise. Al Sharq (30 août 2025) souligne qu’à force de ménager à la fois les partenaires du Golfe, l’Iran, et les puissances occidentales, le Liban risque de ne plus être perçu comme un interlocuteur fiable par aucun de ces acteurs. Le journal évoque la nécessité de définir une stratégie diplomatique cohérente, structurée autour de quelques axes de partenariat stables, au lieu de réagir en fonction des urgences du moment.
Les enjeux sont multiples : obtenir des aides financières, garantir la sécurité aux frontières, restaurer la légitimité des institutions. Or, sans message clair, ni cohésion entre les différentes branches du pouvoir, les partenaires internationaux peinent à identifier un interlocuteur capable de garantir une politique suivie et durable.
Politique internationale : l’enlisement de Gaza et les fractures diplomatiques
L’embrasement de Gaza ne cesse de susciter des réactions à l’échelle internationale. Alors que l’offensive israélienne se poursuit sans relâche, les capitales régionales et occidentales se divisent entre dénonciations formelles, initiatives diplomatiques avortées et complicités silencieuses. Cette dynamique accélère la recomposition des alliances, fait apparaître de nouveaux clivages et fragilise encore davantage les structures multilatérales. Le 30 août 2025, la presse arabe rend compte d’un théâtre géopolitique fracturé, dominé par le chaos humanitaire et les hésitations diplomatiques.
Gaza, territoire ravagé sous intensification militaire
Le constat le plus alarmant provient de Gaza, décrite par Al Sharq Al Awsat (30 août 2025) comme une « zone de combat dangereuse » déclarée officiellement par l’état-major israélien. Le quotidien détaille l’intensification des opérations militaires avec des bombardements aériens et des tirs d’artillerie visant les quartiers de la ville, dans le cadre de ce que l’armée qualifie de « phase préliminaire de reconquête ». Dans une mise en scène militaire assumée, des unités blindées israéliennes sont entrées dans plusieurs zones urbaines, tandis que le gouvernement ordonnait la mobilisation de dizaines de milliers de réservistes.
La violence des affrontements se traduit par des pertes civiles considérables. Ad Diyar (30 août 2025) fait état de 51 morts en une seule journée, parmi lesquels figurent plusieurs enfants et civils cherchant de la nourriture. Certains auraient été abattus près des points de distribution humanitaire, ciblés, selon le quotidien, par des contractants étrangers liés à une organisation appelée « Gaza Humanitarian Authority ».
Famine, exode, isolement : les indicateurs du drame humanitaire
Les effets humanitaires de la guerre sont tout aussi dévastateurs. Selon Al Sharq Al Awsat, le nombre de morts attribués à la famine et à la malnutrition aurait atteint 322 personnes, dont 121 enfants, depuis la déclaration officielle de famine par le comité IPC des Nations unies le 22 août 2025. Malgré l’entrée de quelques convois d’aide, les rapports font état d’un accès humanitaire encore très limité.
Al Quds souligne que cette situation humanitaire dramatique fait désormais l’objet d’une indignation croissante, non seulement dans les milieux militants mais également au sein de plusieurs chancelleries. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, déclare ainsi que la politique israélienne vise à transformer Gaza en un espace « inhabitable » dans le but de « provoquer un exode massif ». Il accuse Israël de pratiquer une politique de « famine organisée » et appelle à une intervention urgente.
Turquie et pays musulmans : discours de rupture et isolement d’Israël
Dans une tonalité ferme, le ministre turc affirme également que « la communauté internationale observe sans agir » et que les États-Unis, bien que disposant de leviers de pression considérables, « refusent de s’en servir ». Al Quds rapporte que la Turquie a décidé de rompre tous ses liens commerciaux avec Israël, et appelle les autres pays musulmans à en faire de même. Le même ministre, dans des propos relayés par Al Sharq, affirme que l’État hébreu cherche à « anéantir toute perspective de solution à deux États » et que son action représente une menace directe contre le droit international.
Cette condamnation vigoureuse se retrouve dans les réunions ministérielles régionales. Ad Diyar mentionne une conférence à l’ONU, présidée par l’Arabie saoudite, visant à réaffirmer l’attachement au plan de paix fondé sur les frontières de 1967. La déclaration finale insiste sur l’impératif de reconnaître un État palestinien souverain, avec Jérusalem-Est comme capitale, et critique implicitement les actions israéliennes récentes comme étant contraires à cet objectif.
L’axe Tel-Aviv/Washington isolé mais déterminé
Malgré cette désapprobation croissante, Israël poursuit son offensive avec l’appui tacite – sinon actif – des États-Unis. Al Akhbar souligne que l’administration américaine ne montre aucun signe de désengagement, ni de volonté d’imposer un cessez-le-feu. Cette position, largement critiquée dans les médias arabes, commence également à susciter des remous internes à Washington, où certaines voix évoquent déjà une « impasse stratégique ».
La stratégie israélienne semble par ailleurs rencontrer des contestations internes. Al Sharq Al Awsat rapporte que le Premier ministre Netanyahu a publiquement critiqué son propre état-major, l’accusant de « fuites » à la presse et de « sabotage politique ». L’annonce de la récupération de deux corps de soldats israéliens détenus à Gaza est exploitée médiatiquement pour justifier la poursuite de l’opération, présentée comme seule voie possible de rétablissement de l’honneur militaire et de la sécurité nationale.
Échec des médiations internationales : entre rigidité et calculs électoraux
Les tentatives de médiation menées par l’Égypte et le Qatar, déjà fragilisées, se sont heurtées à l’intransigeance des parties. Al Quds révèle que Netanyahu a rejeté tout accord de trêve à moins de libération complète des otages détenus par le Hamas, qualifiant les autres formules de « concessions inacceptables ». Ce refus est perçu par plusieurs diplomates comme une stratégie électorale destinée à renforcer le camp nationaliste avant des élections anticipées.
Dans ce climat de blocage, le Conseil de sécurité des Nations unies reste paralysé. Aucune résolution n’a été adoptée, et les réunions se succèdent sans résultats tangibles. Al 3arabi Al Jadid relate la mobilisation croissante de la société civile, notamment à travers l’organisation d’un « Flottille de la Résistance » rassemblant des militants de 44 pays, dont la militante suédoise Greta Thunberg, appelant à briser le blocus maritime de Gaza.
Incidences régionales : le spectre d’un conflit élargi
La guerre à Gaza provoque également des répercussions au-delà des frontières palestiniennes. Al Quds évoque des raids israéliens en Syrie, notamment dans les provinces de Deraa et Quneitra, où plusieurs civils auraient été arrêtés. Ces opérations, menées selon Tel-Aviv pour contrer les menaces transfrontalières, ravivent les tensions autour du plateau du Golan et suscitent une vive inquiétude à Damas.
Le Liban, de son côté, reste en état d’alerte permanent. Al 3arabi Al Jadid note que les mouvements de troupes à la frontière sud et les déclarations du Hezbollah concernant sa disponibilité à « répondre à toute attaque » accroissent la nervosité. La FINUL, présente dans la région depuis 1978, peine à maintenir un équilibre, tandis que la perspective d’un désengagement progressif de cette force pose la question de la capacité réelle de l’État libanais à contrôler la zone.
Économie : entre embellie conjoncturelle et incertitudes structurelles
L’économie libanaise, bien que toujours plongée dans une crise aiguë, affiche quelques signaux de stabilisation à court terme. Toutefois, cette respiration apparente masque une série de vulnérabilités persistantes. Le 30 août 2025, les journaux soulignent les avancées fragiles dans les réformes, les obstacles à la coopération internationale et la pression croissante sur les entreprises locales.
Une stabilisation relative du taux de change et des paiements locaux
Ad Diyar (30 août 2025) souligne plusieurs éléments jugés positifs par les observateurs économiques, malgré une note globale de prudence. L’économiste Salim Zemmekhel note que le classement du Liban par Standard & Poor’s demeure en catégorie SD (Selective Default) pour les eurobonds. Toutefois, des signes de stabilisation sont observés sur le plan interne. Le taux de change est resté stable autour de 89 500 livres pour un dollar depuis plus de 18 mois, ce qui constitue un ancrage monétaire salué par les milieux d’affaires.
En outre, l’État a pu verser, pour la deuxième année consécutive, les intérêts sur sa dette locale libellée en livres libanaises, un fait considéré comme un progrès par rapport aux années précédentes de cessation de paiement. Cette régularité, combinée à une réduction du poids de la dette domestique de 2 % du PIB, laisse entrevoir un effort timide de consolidation budgétaire. Cependant, les observateurs restent inquiets de la persistance d’un défaut sur la dette externe et d’un cadre fiscal encore flou.
Réformes en cours : avancées et limites
L’amélioration du contexte économique repose aussi sur l’adoption de textes législatifs jugés structurants. Ad Diyar indique que les autorités ont finalisé la réforme de la loi sur le secret bancaire, ainsi que celle relative à la restructuration des banques. Ces textes sont considérés comme des préalables incontournables à toute négociation sérieuse avec le Fonds monétaire international.
Dans le même sens, la stabilisation relative de la monnaie locale pourrait soutenir une stratégie de sortie du système de dualité des taux de change. Toutefois, Zemmekhel prévient que les réformes avancent à un rythme trop lent et que la fenêtre de redressement est étroite. Si le Liban n’accélère pas les changements attendus, il risque d’être relégué sur la liste noire du GAFI (FATF), un classement qui aurait des conséquences dévastatrices sur ses relations bancaires internationales.
La liste grise du GAFI : un couperet suspendu
L’inquiétude est particulièrement forte autour de l’inscription du Liban sur la liste grise de la FATF, intervenue en octobre 2024. Cette décision, selon Ad Diyar, a fortement pénalisé les entreprises exportatrices et les institutions recevant des fonds de l’étranger. La coopération des banques correspondantes internationales s’est réduite, rendant les transferts plus coûteux et incertains.
Les autorités sont désormais sous pression pour faire adopter une série de réformes complémentaires : lutte contre le blanchiment, régulation des mouvements de capitaux, rationalisation des dépenses publiques et amélioration de l’efficacité judiciaire. À défaut d’un engagement clair et rapide, la menace d’une inscription sur la liste noire pèse, ce qui serait assimilé à une « mise en quarantaine économique », avec un isolement financier presque total.
Le FMI et la Banque mondiale : engagement sous conditions
Le soutien de la communauté internationale reste lié à des engagements structurels clairs. Al Sharq (30 août 2025) rapporte que le Premier ministre Nawaf Salam a tenu une série de réunions avec les représentants du FMI et de la Banque mondiale, en présence du ministre des Finances Georges Maarawi et du représentant résident du FMI, Federico Lima. Le programme de réformes, discuté avec ces institutions, repose sur l’assainissement du secteur public, la réforme du système de retraite, et la refonte des subventions.
La Banque mondiale a, de son côté, validé de nouveaux financements pour la réhabilitation des infrastructures endommagées lors des récents conflits avec Israël. Le directeur exécutif du groupe, Abdel Aziz Al Mulla, a confirmé l’accord sur une mission de terrain prévue à l’automne pour évaluer les besoins sur place. Cette mission vise à activer les lignes de crédit déjà allouées, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation et des transports.
Le secteur privé tente de se relancer malgré les incertitudes
Malgré un climat général de fragilité, certaines entreprises enregistrent une reprise partielle. Ad Diyar rapporte une réunion du regroupement des entreprises libanaises présidé par Bassem Bou Abed à la Chambre de commerce de Beyrouth et du Mont Liban. Les participants se sont félicités des résultats encourageants de la saison estivale, bien qu’elle ait commencé tardivement. L’activité dans l’hôtellerie, la restauration, et certains services liés au tourisme a permis d’injecter un souffle de liquidité dans des entreprises exsangues.
Cependant, les représentants du secteur dénoncent les lenteurs administratives, l’instabilité réglementaire et l’absence de mesures de soutien ciblées. Ils appellent à des facilités pour le règlement des indemnités de fin de service, la simplification des démarches fiscales et la lutte contre l’économie parallèle. Le président du regroupement insiste sur l’urgence de « rétablir la confiance par l’action concrète et rapide », en soulignant le rôle central que devrait jouer l’État dans la restauration d’un climat d’affaires propice.
Justice : remous judiciaires et relance de dossiers sensibles
Le paysage judiciaire libanais traverse une séquence d’intense activité, où se mêlent nominations à haute portée symbolique, relance de dossiers sensibles, et pressions politiques manifestes. Le 30 août 2025, les journaux relaient une série de développements illustrant les tensions croissantes entre une volonté affirmée de faire avancer les enquêtes et les résistances multiples d’un système traversé par des intérêts divergents.
Un sommet judiciaire réuni autour du président Aoun
Ad Diyar (30 août 2025) rapporte la tenue d’une réunion stratégique au palais de Baabda sous la présidence de Joseph Aoun. Étaient présents les principaux responsables judiciaires du pays : le président du Conseil supérieur de la magistrature, le juge Souheil Abboud, le procureur général de la République, le juge Jamal Hajjjar, le président du Conseil d’État, le juge Youssef Jamil, ainsi que le président de la Cour des comptes, le juge Mohammad Badran. La rencontre a porté sur les réformes judiciaires attendues à la veille de la rentrée judiciaire prévue à la mi-septembre.
Cette initiative intervient alors que l’indépendance de la justice est au cœur d’un débat relancé par l’adoption d’une nouvelle loi sur l’autonomie du pouvoir judiciaire. Al Sharq Al Awsat souligne que ce texte, bien que salué par une partie de la magistrature, a suscité les réserves du Club des juges libanais, fort de plus de 200 membres, qui dénoncent la persistance de pressions politiques dans les nominations et les décisions clés.
La désignation du juge Hajjjar : une figure consensuelle au sommet
L’ascension du juge Jamal Hajjjar à la tête du parquet de cassation est analysée par Al Sharq Al Awsat comme le résultat d’un subtil équilibre entre compétences techniques, ancienneté hiérarchique et neutralité politique. Ancien président de la chambre pénale de la Cour de cassation et membre du Conseil supérieur de la magistrature, il cumule les fonctions les plus sensibles du système judiciaire. Contrairement à nombre de ses confrères, il n’est pas issu d’un courant politique ou religieux, un fait rare souligné dans la presse.
Selon le quotidien, cette nomination vise à renforcer la légitimité du pouvoir judiciaire dans une période de défiance croissante. Toutefois, elle est aussi perçue comme une tentative de recentrer l’action du ministère public sur les grands dossiers de corruption et de criminalité économique.
Les grands procès relancés : corruption et blanchiment de fonds
Le dossier du blanchiment d’argent et de fraude fiscale sous couverture de jeux en ligne, évoqué par Ad Diyar, illustre les nouvelles priorités. Une vaste opération a été menée par la Sûreté d’État sous l’autorité du général Édgar Lawandès. L’affaire, documentée dans plus de deux mille pages, implique une entreprise spécialisée dans les jeux électroniques et des salles de casino en ligne. Le parquet financier, dirigé par la juge Dora El Khazen, a ordonné une série de perquisitions et de saisies d’équipements numériques.
Le dossier a été transféré au juge d’instruction Tarek Bou Nassar, qui devra déterminer les qualifications pénales, entre délits et crimes. La presse souligne que les inculpations pourraient inclure des infractions au code des finances publiques, à la législation bancaire et à la loi sur le blanchiment d’argent.
En parallèle, Al Sharq Al Awsat rapporte l’avancée d’un autre dossier emblématique : celui impliquant Riad Salamé, ancien gouverneur de la Banque du Liban, arrêté pour détournement de fonds publics, enrichissement illicite et complicité de blanchiment. L’affaire, étendue à plusieurs ministres et banquiers de premier plan, est qualifiée par la presse de tournant dans la lutte contre la corruption systémique.
L’enquête sur le port de Beyrouth : une justice en sursis
Le procès de l’explosion du port de Beyrouth en août 2020 reste un marqueur de la crédibilité du système judiciaire. Al Sharq Al Awsat relève que les familles des victimes dénoncent les tentatives de blocage de l’instruction. Le juge Tarek Bitar, initialement en charge du dossier, fait l’objet de multiples procédures de récusation qui ralentissent l’échéancier judiciaire. La crainte d’un effondrement du dossier, avant même la publication de l’acte d’accusation prévu d’ici la fin de l’année, demeure vive.
La Cour de cassation est appelée à statuer sur la validité des procédures, dans un contexte de polarisation accrue. L’impunité perçue des anciens ministres et des hauts responsables portuaires attise la colère des proches des victimes, qui réclament un jugement avant le cinquième anniversaire du drame.
Les blocages institutionnels et la rareté des ressources
La justice libanaise souffre également d’un manque criant de moyens. Selon Al Sharq Al Awsat, les juridictions manquent de greffiers, de locaux fonctionnels et de matériel informatique. Plusieurs cours opèrent avec des effectifs réduits, ce qui ralentit l’examen des affaires en cours. Le budget de fonctionnement du ministère de la Justice a été réduit de moitié depuis 2019, rendant difficile toute ambition de modernisation.
Dans ce contexte, les magistrats appellent à la création d’un fonds spécial d’appui au pouvoir judiciaire, alimenté par des contributions des institutions internationales. Une proposition soutenue en coulisse par la Banque mondiale dans le cadre de son programme de renforcement de l’état de droit.
Réformes judiciaires : indépendance formelle, contraintes politiques persistantes
Enfin, Al Sharq Al Awsat met en lumière le débat autour de la loi sur l’indépendance judiciaire adoptée récemment. Si le texte prévoit la nomination des juges par un conseil indépendant et non par le gouvernement, les critiques dénoncent le maintien de la mainmise politique sur les affectations, les promotions et les budgets.
Le Conseil supérieur de la magistrature, dirigé par le juge Souheil Abboud, est désormais tenu de publier un rapport annuel sur son activité. Cette transparence accrue est censée limiter les interférences. Mais plusieurs ONG, dont Legal Agenda, estiment que l’absence de réforme du Conseil constitutionnel et du Conseil d’État réduit la portée réelle de ces évolutions.
Société : malaise social, revendications citoyennes et précarité persistante
Le Liban continue de subir les secousses d’une crise sociale endémique, marquée par une détérioration durable des conditions de vie, des revendications syndicales en hausse et une frustration croissante des couches populaires. Le 30 août 2025, la presse témoigne d’un pays en proie à un essoufflement généralisé du tissu social, fragilisé par l’effondrement des services publics, les inégalités criantes et l’absence d’une réponse politique structurée.
Tensions autour de la rentrée scolaire : entre désorganisation et inégalités
Ad Diyar (30 août 2025) consacre un large espace à la problématique de l’enseignement, dans un contexte marqué par une précarité extrême dans les écoles publiques et une hausse incontrôlée des frais dans les établissements privés. Plusieurs familles dénoncent des augmentations de plus de 40 % sur les frais de scolarité, les uniformes et les fournitures. Le journal rapporte que dans les régions rurales du nord et de la Békaa, certaines écoles ont repoussé leur rentrée à la mi-octobre, faute de moyens et de professeurs.
Selon un rapport du ministère de l’Éducation relayé par le journal, plus de 110 établissements publics n’ont pas encore assuré leur approvisionnement en carburant pour le fonctionnement des générateurs électriques. L’absence de climatisation, d’accès à l’eau potable et de sécurité de base expose des milliers d’élèves à une rentrée compromise. Plusieurs ONG internationales, comme Save the Children et l’Unicef, tirent la sonnette d’alarme sur la déscolarisation massive et les risques de décrochage scolaire.
Mobilisations syndicales : les travailleurs du secteur artisanal en alerte
Les éditions de Al Bina’ (30 août 2025) et Al Liwa’ (30 août 2025) mettent en avant l’organisation simultanée de plusieurs scrutins syndicaux dans le sud du pays. La Fédération des travailleurs du métal, des menuisiers et des peintres a lancé un appel à renouveler ses conseils exécutifs, signe d’une volonté de réorganisation à la base. Ces initiatives interviennent dans un climat de tensions sociales alimenté par l’absence de couverture sociale, la stagnation des salaires et la précarité de l’emploi informel.
Ces mouvements sont aussi une réponse à l’inaction des institutions publiques. Le président de la Fédération des ouvriers du sud, Hadi Maki, appelle à un plan d’urgence pour relancer l’apprentissage professionnel, restaurer les allocations de transport et protéger les travailleurs indépendants, qui représentent plus de 42 % de la main-d’œuvre selon les chiffres de la Banque mondiale.
L’urbanisme à l’arrêt et la gestion des déchets : un retour des problématiques chroniques
Ad Diyar mentionne que plusieurs municipalités, notamment dans les districts de Baabda et de Jbeil, ont interrompu leurs opérations de ramassage des ordures. Les raisons invoquées incluent l’absence de paiement de leurs subventions par le ministère de l’Intérieur et la défaillance des entreprises contractantes. Cette situation provoque une accumulation massive de déchets dans les rues, ravivant les souvenirs de la crise sanitaire de 2015. Les habitants signalent également l’apparition de rats et d’insectes nuisibles dans les zones les plus touchées.
L’effondrement du système de traitement des déchets s’accompagne d’un ralentissement des chantiers de construction et d’infrastructure. Les permis de construire délivrés par les autorités locales ont chuté de 65 % par rapport à 2018, selon les données du Conseil de développement et de reconstruction. Plusieurs projets de rénovation urbaine sont à l’arrêt, notamment à Tripoli et à Nabatieh, faute de financements et de coordination interinstitutionnelle.
La précarité alimentaire : une situation critique pour les foyers les plus vulnérables
Al Akhbar (30 août 2025) évoque une enquête menée par le Réseau libanais pour la sécurité alimentaire (LINFS), qui révèle que plus de 54 % des ménages interrogés déclarent ne pas disposer d’un accès régulier à des repas équilibrés. Dans les régions périphériques comme Akkar, les femmes interrogées décrivent une situation alarmante : les repas sont désormais réduits à deux par jour, souvent composés de pain, de légumineuses bon marché et de légumes cultivés localement.
Les aides humanitaires, distribuées par le biais de programmes internationaux comme le PAM (Programme alimentaire mondial), sont limitées à des groupes spécifiques : réfugiés syriens, enfants non scolarisés et personnes âgées. Cette sélectivité provoque des tensions au sein de communautés déjà fragilisées, où le sentiment d’abandon par l’État est palpable.
Santé publique : un système hospitalier au bord du point de rupture
La situation dans les hôpitaux publics reste alarmante. Ad Diyar signale que l’Hôpital gouvernemental de Saïda fonctionne avec seulement 43 % de son personnel, en raison de retards dans le versement des salaires et de départs massifs vers le secteur privé ou l’étranger. Des services essentiels, comme les soins intensifs ou la maternité, sont menacés de fermeture partielle. L’établissement a récemment suspendu ses interventions chirurgicales programmées, faute d’anesthésistes.
Le ministère de la Santé n’a pas encore confirmé le renouvellement de ses contrats avec les fournisseurs de médicaments. Les ruptures d’approvisionnement concernent particulièrement les traitements pour les maladies chroniques – diabète, hypertension, cancer. Les pharmaciens témoignent d’un marché noir en expansion, où les prix des médicaments importés dépassent parfois dix fois leur valeur réglementaire.
Des dynamiques communautaires fragmentées mais réactives
En dépit de cette dégradation globale, plusieurs formes de solidarité locale émergent. Des comités de quartier se sont constitués à Bourj Hammoud, Tyr et Zahlé pour organiser la distribution de repas, de vêtements et de matériel scolaire. Dans certains cas, ces initiatives sont soutenues par les Églises et les associations religieuses, mais dans la plupart, elles reposent sur des fonds collectés via les réseaux sociaux ou par la diaspora.
Ces dynamiques confirment une réalité paradoxale : si l’État libanais semble en retrait, la société civile continue de jouer un rôle central dans l’atténuation des effets de la crise. Toutefois, l’absence de coordination nationale rend ces efforts disparates et souvent inefficaces à grande échelle.
Culture : scènes libanaises, hommages artistiques et dynamiques patrimoniales
La presse du 30 août 2025 rend compte d’une actualité culturelle libanaise riche en contrastes, portée par une effervescence artistique notable, mais aussi marquée par des initiatives fragiles, souvent tenues à bout de bras par des institutions indépendantes. Entre hommages littéraires, rayonnement musical international et expositions plurielles, le Liban tente de maintenir son rôle de pôle culturel régional, en dépit d’un environnement économique instable.
“Mahragan Ayloul” : un hommage sensoriel à l’œuvre d’Elias Khoury
Al Quds (30 août 2025) consacre un large reportage à l’exposition immersive organisée dans le cadre du “Mahragan Ayloul”, événement qui signe le retour du festival culturel après vingt-cinq années d’interruption. À Beyrouth, le bâtiment patrimonial “Zico House”, érigé dans les années 1930, a ouvert ses portes à une installation dédiée à l’écrivain Elias Khoury, un an après sa disparition.
L’exposition, intitulée “Ka’annah Na’ima” (titre inspiré de son roman “Comme si elle dormait”), mêle dispositifs sonores et visuels dans un espace conçu comme un “labyrinthe de mémoire”, selon les termes des organisateurs. Les personnages issus de ses romans se projettent dans un univers funèbre et poétique, soulignant la place singulière de Khoury dans la littérature libanaise contemporaine. Des phrases extraites de ses ouvrages ont été disséminées dans la ville : cafés, maisons d’édition, lieux culturels du quartier Hamra et jusqu’au front de mer, créant une forme de parcours littéraire dans l’espace urbain.
La National Youth Orchestra en représentation à Moscou
Al Bina’ (30 août 2025) annonce la participation officielle de la National Youth Orchestra of Lebanon (NYO) à la troisième édition du Festival mondial des orchestres de jeunesse à Moscou. Sous la direction du chef d’orchestre Yuri Bashmet, l’événement s’est déroulé du 22 au 24 août. L’ensemble libanais a interprété un programme associant des œuvres classiques européennes (Schubert, Tchaïkovski, Grieg) à des compositions du répertoire oriental, incarnant une volonté de dialogue interculturel.
Pour la directrice du NYO, Reem Kawas, citée par le quotidien, cette participation symbolise “une renaissance culturelle” et répond à une question fondamentale : “Comment reconstruire une nation par l’harmonie ?”. Au-delà de la performance musicale, l’événement est perçu comme une réponse à la crise identitaire et sociale du pays, en mobilisant la jeunesse autour d’un projet artistique collectif.
Exposition photographique sur l’“Intifada d’octobre” : mémoire militante à Gemmayzé
Al 3arabi Al Jadid (30 août 2025) rend compte de l’exposition organisée à la galerie “56th Art On” dans le quartier de Gemmayzé à Beyrouth, retraçant les événements de l’“Intifada d’octobre” de 2019. Les images présentées mêlent scènes de confrontation entre manifestants et forces de l’ordre, instants de solidarité citoyenne, et portraits de figures de la contestation.
Le commissariat de l’exposition insiste sur la nécessité de préserver une mémoire visuelle des luttes sociales, alors que les mouvements populaires ont perdu leur dynamique initiale. Certaines photographies montrent des militants blessés, des slogans inscrits sur les murs, et des femmes au premier plan des manifestations. L’événement se tient jusqu’au 6 septembre, excepté les dimanches et lundis.
Art et engagement : exposition en soutien aux orphelinats de Jérusalem-Est
Selon Al Bina’ (30 août 2025), une exposition de peinture a été organisée dans la localité d’al-Eizariya (sud-est de Jérusalem) par l’artiste Taleb Dweik en collaboration avec la Dar al-Aytam al-Islamiyya. L’exposition, intitulée “Quds : Ayqouna wa Jidariyya”, met en avant des représentations visuelles du patrimoine architectural et spirituel de la ville sainte. Les toiles exposées abordent la coexistence des cultures islamique et chrétienne à travers des scènes de vie, des dômes, des portails et des façades historiques.
Le ministre palestinien de la Culture, Imad Hamdan, a salué l’initiative comme une “boussole visuelle pour les générations futures”, rappelant que “les œuvres exposées incarnent la mémoire vivante de la ville et traduisent les aspirations à une paix juste”. L’objectif affiché est de sensibiliser la jeunesse à l’histoire visuelle de Jérusalem, tout en soutenant les institutions éducatives locales.
Une scène littéraire introspective : poésie et réflexions métaphysiques
Dans sa page “Culture et Littérature”, Al Joumhouriyat (30 août 2025) publie un poème d’Abir Hamdan évoquant l’angoisse existentielle dans le Liban contemporain. Dans un registre introspectif, le texte s’articule autour de la perte de repères, de la solitude urbaine, et de la fragilité du rêve face à l’opacité du réel. L’auteur y exprime l’usure de l’attente, les dérives de la mémoire, et la rareté de la lumière dans un monde saturé de silence.
Le poème se distingue par une structure fragmentaire, une syntaxe resserrée et une imagerie dense. La critique évoque une influence conjointe de Gibran Khalil Gibran et d’Adonis, dans une esthétique de la perte et de la reconquête. Ce type de production poétique, de plus en plus présent dans la presse libanaise, reflète un besoin d’intériorité et de langage symbolique dans un environnement de crise.



