Le lundi 15 septembre 2025, le ministre libanais de l’Intérieur et des Municipalités, Ahmad Al-Hajjar, a révélé lors d’une conférence de presse à Beyrouth la frustration d’une opération de trafic de drogue d’envergure, impliquant la saisie de 6,5 millions de pilules de Captagon et de 700 kilogrammes de haschich. Cette intervention, orchestrée par la branche des renseignements de la Sûreté générale, a permis de démanteler un réseau criminel aux ramifications internationales, reliant le Liban à la Turquie, à l’Australie et à la Jordanie. L’opération, menée avec une discrétion absolue sur plusieurs mois, souligne l’intensification des efforts sécuritaires du gouvernement de Nawaf Salam pour éradiquer le narcotrafic, dans un pays où l’économie en crise et les frontières poreuses en font une plaque tournante régionale pour les stupéfiants. Cet événement, survenu dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient, met en lumière les défis sécuritaires du Liban post-cessez-le-feu de novembre 2024.
Une intervention décisive sous la supervision des renseignements
L’annonce du ministre Al-Hajjar, prononcée au siège de la Sûreté générale dans le quartier de Sahyet al-Abd à Beyrouth, fait suite à une visite d’inspection qu’il a effectuée le même jour dans les locaux de la section des renseignements chargée de la protection et de l’intervention. Lors de cette visite, il a présidé une réunion sécuritaire avant de dévoiler les détails de l’opération lors d’une conférence de presse. Les forces de sécurité ont procédé à l’arrestation du chef présumé du réseau, un individu originaire du nord du Liban, ainsi que de plusieurs complices, dont des logisticiens et des intermédiaires impliqués dans la production et le transport des substances illicites. La saisie a eu lieu avant que la cargaison ne puisse atteindre le port de Beyrouth pour un embarquement vers l’Arabie saoudite, principal marché de destination pour le Captagon dans la région du Golfe.
Le Captagon, un psychostimulant synthétique à base d’amphétamines, est particulièrement prisé pour ses effets euphorisants et son rôle dans la suppression de la fatigue, souvent associé à des contextes militaires ou criminels. Les 6,5 millions de pilules confisquées étaient conditionnées dans des emballages discrets, dissimulés parmi des marchandises légales telles que des produits agricoles ou industriels, une technique routinière pour éviter les contrôles douaniers. Quant aux 700 kilogrammes de haschich, ils provenaient de plantations illicites dans la vallée de la Bekaa, une région historiquement liée à la production de cannabis, où la pauvreté et le chômage poussent de nombreux agriculteurs à recourir à cette économie parallèle. Selon les déclarations du ministre, l’opération a été rendue possible grâce à une surveillance minutieuse menée par la section des renseignements, qui a collecté des preuves via des écoutes, des filatures et des échanges d’informations avec des partenaires étrangers.
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Cette saisie s’inscrit dans une série d’actions récentes. En août 2025, une opération similaire dans la Bekaa avait permis la destruction d’un laboratoire clandestin produisant du Captagon, saisissant plus de 4 millions de pilules et des tonnes de précurseurs chimiques. Le ministre Al-Hajjar a souligné l’efficacité de ces interventions : « La section des renseignements a exécuté un certain nombre d’opérations sécuritaires avec une grande efficacité et dans le silence absolu, entraînant des arrestations liées au terrorisme, à l’espionnage et à des crimes organisés. » Ces efforts visent non seulement à intercepter les flux, mais aussi à prévenir les répercussions sur la société libanaise, où la consommation de drogues a augmenté de 30 % depuis le début de la crise économique en 2019, selon des estimations des autorités sanitaires.
Ramifications transnationales d’un réseau criminel sophistiqué
Le réseau démantelé opérait sur une échelle qui dépasse les frontières libanaises, impliquant des cellules en Turquie pour le transit de précurseurs chimiques, en Jordanie pour la distribution vers le Golfe, et en Australie pour le blanchiment des fonds via des circuits financiers informels comme les hawala. Le chef arrêté, un homme d’affaires de Tripoli âgé d’une quarantaine d’années, coordonnait les opérations depuis le nord du Liban, où les ports comme celui de Tripoli servent de points de sortie discrets. Ses associés incluaient des chimistes spécialisés dans la synthèse du Captagon, utilisant des formules importées de Syrie, et des transporteurs jordaniens chargés de l’acheminement final vers l’Arabie saoudite et d’autres marchés du Golfe.
La surveillance, qui s’est étendue sur plusieurs mois, a impliqué une coordination étroite avec Interpol et des services de renseignement régionaux. « Cette bande était sous observation constante depuis des mois, jusqu’à ce que nous puissions la neutraliser complètement », a expliqué le ministre Al-Hajjar. Les arrestations ont été menées de manière simultanée dans plusieurs localités, incluant Beyrouth, la Bekaa et Tripoli, avec des perquisitions dans des entrepôts et des laboratoires improvisés. Les interrogatoires en cours révèlent des liens financiers complexes, avec des transferts estimés à plusieurs millions de dollars, alimentant non seulement le crime organisé mais potentiellement des activités extrémistes dans la région.
Ce n’est pas la première fois que le Liban est impliqué dans des réseaux de cette envergure. Depuis la chute du régime Assad en décembre 2024, les flux de Captagon en provenance de Syrie ont diminué, mais des résidus persistent, traversant la frontière via des routes clandestines dans la Bekaa. En mai 2025, une saisie conjointe avec la Jordanie avait intercepté 8 millions de pilules en transit, dissimulées dans des conteneurs de fruits. Les autorités libanaises estiment que le trafic de Captagon génère annuellement jusqu’à 5 milliards de dollars dans la région, dont une part significative transite par le Liban, dont les ports comme Beyrouth et Tripoli sont vulnérables en raison de contrôles limités par la crise économique.
Démantèlement d’un laboratoire et liens avec la Syrie post-Assad
Parallèlement à la saisie principale, le ministre a évoqué une opération menée par l’armée libanaise il y a quelques jours, qui a permis de démanteler un laboratoire de production de stupéfiants dans une région non précisée, probablement dans la Bekaa orientale. « L’armée libanaise a démonté un laboratoire de drogue, et il y a une quantité de stupéfiants qui pourrait provenir des restes du régime précédent en Syrie », a-t-il indiqué. Ce site contenait des équipements de synthèse, des résidus chimiques et des stocks de Captagon, suggérant des connexions avec les réseaux syriens hérités de l’ère Assad, qui avait transformé la Syrie en un narco-État producteur de milliards de pilules annuelles.
Depuis décembre 2024, les nouvelles autorités syriennes ont intensifié la destruction des usines de Captagon, en détruisant plus de 50 laboratoires près de la frontière libanaise. Cependant, des flux résiduels persistent, alimentés par des milices dissoutes ou des trafiquants opportunistes. En juin 2025, une opération conjointe libano-syrienne avait saisi 10 tonnes de précurseurs chimiques à la frontière de Arsal, une zone montagneuse contrôlée par des groupes armés. Au Liban, l’armée a multiplié les raids : en avril 2025, un laboratoire à Hermel a été démoli, saisissant 3 millions de pilules et arrêtant sept suspects, dont deux de nationalité syrienne.
Le ministre Al-Hajjar a réaffirmé l’engagement des forces sécuritaires : « Les appareils sécuritaires veillent jour et nuit à la protection de la société, et il n’y a pas de place pour les agents au Liban ; quiconque enfreint la loi sera poursuivi et déféré devant la justice compétente. » Ces efforts s’alignent sur le programme du gouvernement Salam, formé en février 2025, qui alloue 15 % du budget sécuritaire à la lutte contre le crime organisé, malgré une dette publique dépassant 150 % du PIB selon le dernier rapport du ministère des Finances en juillet 2025.
Coopération régionale : un maillage contre le narcotrafic
L’opération du 15 septembre repose sur une collaboration renforcée avec les services syriens, saoudiens, turcs et jordaniens. « Il y a un contact permanent entre les appareils libanais et ceux en Syrie, en Arabie saoudite, en Turquie et en Jordanie ; l’opération s’est déroulée de manière professionnelle, avec saisie des drogues avant leur arrivée au port pour embarquement », a précisé le ministre. Cette coordination a été formalisée lors d’une réunion des ministres de l’Intérieur à Amman en février 2025, créant une cellule d’échange d’informations en temps réel.
L’Arabie saoudite, touchée par l’afflux de Captagon, a fourni des renseignements cruciaux, comme en septembre 2025 avec une saisie de 12 millions de pilules en provenance du Liban. La Turquie, par laquelle transitent 70 % des précurseurs chimiques selon des estimations onusiennes, a partagé des données sur les routes d’Istanbul à Beyrouth. La Jordanie, confrontée à 500 infiltrations mensuelles à sa frontière syrienne, a collaboré pour intercepter des cargaisons en route vers Riyad. Ces partenariats ont permis une réduction de 25 % des saisies au Golfe en 2025, comparé à 2024, bien que le volume global reste alarmant.
Malgré ces avancées, le Liban reste vulnérable. Avec 222 000 réfugiés palestiniens gérés par l’UNRWA et une inflation à 200 % en août 2025 d’après la Banque mondiale, les zones comme la Bekaa sunnite ou le sud chiite sont des foyers de recrutement pour les trafiquants. Le ministre a insisté sur l’universalité de la lutte : « La réseau que nous avons neutralisé a des dimensions internationales réelles, et il n’y a pas de couverture au-dessus de la tête de quiconque ; l’autorité politique fournit tout le soutien aux appareils sécuritaires. »
Suites judiciaires et opérations en cours
La saisie du 15 septembre a déclenché une série d’interrogatoires au parquet général, où les suspects risquent des peines allant jusqu’à la perpétuité sous la loi libanaise sur les stupéfiants de 1998, amendée en 2023 pour durcir les sanctions. Les analyses chimiques des pilules, menées par le laboratoire forensique de la Sûreté générale, confirment une pureté élevée, typique des productions syro-libanaise. Les 700 kilogrammes de haschich, testés pour tracer leurs origines, proviennent de variétés locales cultivées illégalement dans la Bekaa, où l’armée a éradiqué 500 hectares en 2025.
Immédiatement après l’annonce, les autorités ont renforcé les patrouilles aux ports de Beyrouth et Tripoli, déployant des scanners mobiles financés par une aide américaine de 20 millions de dollars en mars 2025. Le 16 septembre, un raid complémentaire dans la Bekaa a visé un entrepôt lié au réseau, saisissant 200 kilogrammes supplémentaires de haschich et des documents comptables révélant des transactions avec des contacts turcs. Les enquêtes se poursuivent pour identifier d’éventuels complices politiques ou militaires, tandis que la coopération avec la Syrie inclut des échanges sur des laboratoires frontaliers. Le ministre Al-Hajjar a indiqué que des opérations similaires sont en préparation, avec un focus sur les routes vers l’Europe via la Turquie.



