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Secteur privé à bout de souffle : entre faillites silencieuses et absence de crédit

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Un tissu économique en état de suffocation

La situation du secteur privé au Liban s’aggrave de jour en jour. Al Akhbar (11 juin 2025) décrit une dynamique alarmante de faillites dans les petites entreprises, les commerces et l’artisanat, particulièrement dans les secteurs de la restauration, du textile et du transport local. Faute de trésorerie et sans accès au crédit, ces structures, souvent familiales ou indépendantes, ferment discrètement, laissant des employés sans emploi, ni indemnité.

Les témoignages recueillis dans la presse évoquent des propriétaires contraints de licencier après des mois de ventes en chute libre. À Beyrouth, Zahlé, Saïda ou Tripoli, les rideaux baissés se multiplient. La pénurie de liquidités, alimentée par les restrictions bancaires, empêche le renouvellement des stocks, le paiement des fournisseurs et la couverture des charges fixes.

Face à ce scénario, beaucoup choisissent de passer dans l’informel. Le phénomène prend de l’ampleur, mais en l’absence de cadre légal, il accentue l’érosion de l’assiette fiscale et la précarisation générale du marché de l’emploi.

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Un système bancaire qui n’en est plus un

Le blocage du système bancaire libanais constitue l’un des principaux obstacles à toute relance. Les banques, toujours soumises à des restrictions informelles sur les retraits et les transferts, n’octroient plus de crédits commerciaux classiques. Les prêts à la consommation ou à l’investissement ont pratiquement disparu. Al Akhbar souligne que même les demandes de financement modestes, en livres libanaises, sont rejetées sans justification.

La relation entre banques et entrepreneurs est devenue méfiante. Les banques, désavouées par la crise de 2019 et incapables de restaurer leur crédibilité, se contentent de gérer les retraits quotidiens. Elles ne jouent plus leur rôle traditionnel de soutien à l’économie productive. Cette inertie bancaire condamne les entreprises à l’autofinancement, dans un contexte de contraction généralisée de la demande.

La Banque centrale, dont le conseil de direction reste incomplet, ne fournit aucun plan cohérent de réactivation du crédit. L’instabilité monétaire, les risques de défaut et l’absence de régulation empêchent toute forme de planification. Le crédit est devenu un luxe, réservé aux circuits internationaux ou aux très grandes entreprises bénéficiant d’appuis politiques.

Les aides internationales, toujours en attente de réformes

Les institutions internationales, comme le FMI, la Banque mondiale ou la Banque européenne d’investissement, ont conditionné leurs aides à la mise en œuvre de réformes précises. Ces réformes concernent la transparence des comptes publics, la restructuration du secteur bancaire, et la nomination de responsables crédibles à la Banque centrale et dans les institutions financières de régulation.

Or, ces conditions ne sont toujours pas remplies. Les nominations à la Banque du Liban sont bloquées par des rivalités politiques, les audits des comptes de l’État n’ont jamais été finalisés, et aucune loi de restructuration bancaire n’a été votée. Dans ces circonstances, les lignes de crédit promises depuis 2021 restent suspendues.

Cette absence de décaissement prive le secteur privé de financements stratégiques. Les projets d’appui aux PME, de développement rural ou de transition numérique sont gelés. Les entrepreneurs, même les plus innovants, ne peuvent pas accéder aux subventions ni aux garanties de prêt. L’État, paralysé, laisse ainsi passer des opportunités majeures de relance.

Licenciements, précarisation et fuite vers l’informel

La conséquence directe de cette situation est la montée rapide de la précarité dans le secteur privé. Les entreprises, confrontées à la baisse de leur chiffre d’affaires et à l’absence de soutien, licencient massivement. Beaucoup renoncent à renouveler les contrats ou à payer les cotisations sociales. Le salariat traditionnel, déjà en recul, s’effondre.

De plus en plus de Libanais se tournent vers des activités informelles : vente ambulante, services domestiques, travaux de construction sans contrat. Cette économie de survie, non déclarée, constitue désormais l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois. Mais elle expose les travailleurs à l’absence de couverture santé, à l’instabilité et à des abus fréquents.

Al Akhbar évoque la multiplication des micro-initiatives individuelles : livraison à domicile, réparation mobile, commerce de vêtements importés sans douane. Ces activités, bien que dynamiques, témoignent d’un repli sur des formes économiques précaires, déconnectées de toute stratégie de développement durable.

Une économie duale en train de se cristalliser

Le Liban glisse progressivement vers une économie duale. D’un côté, un secteur formel en voie d’extinction, dominé par quelques grandes entreprises liées au pouvoir, et de l’autre, un secteur informel tentaculaire, sans règles ni protection. Cette fracture mine les fondements de l’économie nationale.

Les recettes fiscales chutent, les cotisations sociales stagnent, et l’État perd tout levier de régulation. Les dispositifs de contrôle, comme la Direction des impôts ou la Sécurité sociale, sont débordés. Le système ne parvient plus à capter la richesse produite, ni à financer les services de base.

Dans ce contexte, les marges de manœuvre pour relancer l’économie sont de plus en plus réduites. Le secteur privé, censé être le moteur de la reprise, est lui-même en panne. Les discours sur la résilience des entrepreneurs masquent une réalité de détresse et de résignation.

L’illusion d’une reprise sans État

À moyen terme, le Liban ne pourra pas compter sur une reprise spontanée. L’absence d’infrastructures, le déficit de confiance, la dégradation du capital humain et la fuite des talents compromettent toute perspective de croissance endogène. Le pays a besoin d’un plan de reconstruction économique cohérent, financé par des aides conditionnées, mais surtout porté par une volonté politique forte.

Mais pour l’heure, les décisions les plus urgentes — restructuration bancaire, nomination des régulateurs, réforme fiscale — restent bloquées. Le secteur privé continue de payer le prix d’un État absent, incapable d’arbitrer les conflits, de réguler les marchés, ou de soutenir les initiatives productives.

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