Les autorités libanaises ont rapporté, ce 10 mars, que les habitants d’Alma al-Shaab, village frontalier du district de Tyr, se préparent à quitter leur localité. Selon une dépêche de l’Agence nationale d’information diffusée à 9 h 02, une unité italienne de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a pris position sur la place de l’église pour accompagner les civils dans leur déplacement. Certains résidents ont toutefois manifesté leur refus de partir, affirmant leur attachement à leurs terres et à leurs habitations.
Alma al-Shaab, située à quelques kilomètres seulement de la ligne bleue, compte aujourd’hui environ deux cent cinquante habitants restants après des vagues successives de déplacements depuis l’automne 2024. Le village, majoritairement chrétien, a déjà connu une destruction quasi totale lors des affrontements antérieurs, forçant ses familles à reconstruire à leurs frais sans aide étatique notable. La présence de la force italienne, déployée dans le secteur ouest de la Finul dont le quartier général se trouve à Chamaa, intervient dans un contexte d’ordres d’évacuation massifs émis par l’armée israélienne depuis le début du mois de mars.
Ces ordres, réitérés à plusieurs reprises, concernent des dizaines de villages au sud du Litani. L’Agence nationale d’information a confirmé que les habitants d’Alma al-Shaab ont reçu des mises en garde directes les enjoignant à se diriger vers le nord. Le contingent italien, forte de plusieurs centaines de casques bleus, a répondu à la demande de facilitation humanitaire en se positionnant au cœur du village, près de l’église, point de ralliement traditionnel pour les convois d’évacuation. Les véhicules blindés et les soldats en tenue légère ont été observés par les habitants tandis que des sacs et des valises s’entassaient sur la place.
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Les opérations d’escorte s’inscrivent dans la mission élargie de la Finul qui, selon son communiqué du 4 mars, adapte ses activités pour soutenir, lorsque possible, la protection des civils et l’aide humanitaire tout en maintenant son mandat de surveillance de la résolution 1701. La force italienne, qui commande le secteur ouest couvrant précisément la zone de Tyr et ses environs, a déjà été confrontée à des incidents directs. Le 6 mars, deux roquettes ont touché la base de l’Unp 2-3 à Chamaa, blessant quatre soldats italiens. Malgré ces attaques, les unités italiennes restent déployées sur le terrain.
Le bilan humain dans l’ensemble du sud du Liban continue de s’alourdir. Selon les données actualisées du ministère de la Santé publique, le nombre de morts depuis le regain d’intensité des opérations le 2 mars s’élève à 486, dont beaucoup d’enfants. Parmi les victimes récentes figure un agent municipal de Chebaa, tué par une frappe aérienne alors qu’il exerçait ses fonctions sur le terrain. À Tayr Debba et Jouya, localités voisines d’Alma al-Shaab, neuf et sept personnes respectivement ont perdu la vie lors de raids successifs. Ces chiffres incluent également des secouristes et des membres des forces de sécurité.
Dans la seule journée du 8 mars, les localités de Nabi Chit dans la Békaa ont enregistré quarante et un décès, dont trois soldats de l’armée libanaise et un agent des forces de sécurité intérieure. Quarante autres blessés ont été dénombrés lors des affrontements au sol. À Yohmor, l’usage de munitions au phosphore blanc par l’artillerie israélienne a été documenté, sans confirmation immédiate de victimes directes dans cette frappe précise. Les équipes de la Croix-Rouge libanaise ont multiplié les évacuations sanitaires, notamment onze travailleurs syriens blessés par un drone dans une zone agricole proche.
Alma al-Shaab s’inscrit pleinement dans cette dynamique d’exode. Les habitants qui se préparent à partir ce matin emportent avec eux le strict nécessaire, abandonnant maisons et terres cultivées. La place de l’église, où la force italienne a établi son point de rendez-vous, est devenue le théâtre de séparations déchirantes. Des familles entières, chargées de ballots, attendent les instructions des casques bleus italiens pour former les convois. Les routes secondaires vers Tyr et Nabatiyeh restent sous surveillance constante des drones.
La Finul, par la voix de son commandement, a exprimé sa « sérieuse préoccupation » face aux ordres d’évacuation israéliens couvrant l’intégralité de sa zone d’opérations. Le communiqué du 4 mars note explicitement des mouvements de troupes israéliennes et des activités militaires observés près d’El Khiam, Beit Lif, Yaroun, Houla, Kfar Kila, Kherbeh et Kfar Shouba – localités toutes situées à moins de vingt kilomètres d’Alma al-Shaab. Ces mouvements s’accompagnent de survols aériens continus et de frappes qui ont coupé plusieurs axes, dont celui reliant Alma al-Shaab à Majdal Zoun via Wadi Hassan.
Les casques bleus italiens, forts de leur expérience dans le secteur ouest depuis des années, assurent non seulement l’escorte mais aussi la coordination avec les autorités libanaises locales. Le maire d’Alma al-Shaab et les représentants municipaux ont été vus en discussion avec les officiers italiens sur la place de l’église. Certains villageois, refusant de partir, ont exprimé leur détermination à rester malgré les alertes. Ils invoquent l’attachement viscéral à une terre qu’ils ont reconstruite après la guerre de 2006 et les destructions de 2024.
Le village d’Alma al-Shaab a déjà payé un lourd tribut. Lors de la précédente escalade, près de cinq pour cent de ses structures avaient été endommagées par des frappes aériennes. Aujourd’hui, avec seulement deux cent cinquante âmes restantes, il symbolise la vulnérabilité des communautés frontalières. Les cultures d’oliviers et de tabac, piliers économiques locaux, sont abandonnées aux intempéries et aux risques d’incendie liés aux bombardements voisins.
Parallèlement à l’évacuation d’Alma al-Shaab, d’autres localités du secteur ouest connaissent des mouvements similaires. À Majdal Zoun et Bayada, des raids aériens répétés ont forcé des dizaines de familles à prendre la route. À Chebaa, la mort de l’agent municipal a accéléré le départ des derniers habitants. L’Unicef estime que près de deux cent mille enfants figurent parmi les déplacés du sud, beaucoup ayant déjà vécu plusieurs vagues d’exode depuis octobre 2024.
La force italienne, forte de son contingent d’environ mille soldats au sein de la Finul, joue un rôle central dans ce dispositif. Son quartier général à Chamaa a été directement visé le 6 mars, mais les unités continuent d’opérer. L’Italie a d’ailleurs réaffirmé sa volonté de maintenir une présence militaire au Liban même après l’expiration programmée du mandat de la Finul fin 2026. Cette continuité permet aujourd’hui une coordination fluide avec les forces armées libanaises déployées pour sécuriser les axes d’évacuation.
Les routes menant vers le nord sont encombrées de véhicules chargés. Les convois escortés par les Italiens empruntent des itinéraires secondaires pour éviter les zones les plus exposées. La Défense civile libanaise et la Croix-Rouge coordonnent l’accueil dans les centres d’hébergement de Tyr et de Saïda. Des distributions d’eau, de nourriture et de médicaments sont organisées en urgence.



