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Sud-Liban : l’armée libanaise se replie de certains postes sous la pression israélienne

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Au sud du Liban, le mouvement est désormais clair : l’armée libanaise réduit ou réorganise sa présence sur plusieurs positions avancées, tandis qu’Israël ne cache plus son intention d’imposer un contrôle durable sur une large bande de territoire jusqu’au Litani. Ce double mouvement, militaire sur le terrain et politique dans les déclarations, alimente au Liban une même lecture : il ne s’agit plus seulement d’opérations ponctuelles, mais d’une tentative israélienne d’installer un fait accompli dans le Sud.  

Des postes avancés évacués ou redéployés

Le redéploiement de l’armée libanaise n’est pas nouveau, mais il s’est accéléré avec l’intensification des incursions et des frappes. Dès le 3 mars, Reuters rapportait que l’armée avait redéployé des troupes depuis certaines positions frontalières en raison des avancées israéliennes dans le sud du Liban. Le même jour, LBCI indiquait que des positions temporaires installées le long de la Ligne bleue avaient été abandonnées au profit de bases plus solides situées à l’intérieur des villages frontaliers.  

Cette logique s’est poursuivie les jours suivants. Le 22 mars, MTV et la NNA ont rapporté que l’armée libanaise avait évacué son poste de Qasmiyeh après des menaces israéliennes visant l’axe côtier dans ce secteur. Ce retrait n’a pas été présenté comme un abandon stratégique global, mais comme une mesure imposée par le risque direct de frappe. Il illustre néanmoins une réalité lourde : dans plusieurs zones, l’armée libanaise n’opère plus dans des conditions normales de déploiement, mais sous la menace immédiate d’Israël.  

Rmeish, symbole d’une pression croissante sur les villages frontaliers

Rmeish occupe une place particulière dans cette séquence. LBCI rapportait le 10 mars que le maire de la localité avait reçu des appels israéliens exigeant le départ de déplacés venus de villages voisins, sous peine de voir toute la ville menacée d’évacuation. Même si les sources ouvertes consultées ne documentent pas, à elles seules, un communiqué officiel détaillant poste par poste un retrait militaire à Rmeish, elles montrent que cette zone fait partie des secteurs soumis à une pression directe et répétée.  

Ce point compte politiquement. Rmeish, village chrétien du Sud, a souvent été présenté comme un espace civil fragile, pris entre la proximité de la frontière, les déplacements de population et les injonctions israéliennes. Lorsque des localités comme Rmeish sont soumises à des appels d’intimidation, à des menaces d’évacuation ou à un environnement militaire devenu intenable, le message dépasse la seule dimension tactique. Il touche à la capacité même de l’État libanais à maintenir une présence régulière au plus près de la frontière.  

Israël assume désormais un projet territorial

La nouveauté la plus grave vient peut-être de Tel-Aviv. Le 24 mars, puis de nouveau le 31 mars, Reuters a rapporté les déclarations du ministre israélien de la Défense, Israel Katz, affirmant qu’Israël entendait contrôler tout le secteur au sud du Litani comme « zone de sécurité ». Le 31 mars, il a précisé que l’armée israélienne maintiendrait ce contrôle, qu’elle empêcherait le retour de plus de 600 000 habitants libanais au sud du fleuve et que toutes les maisons des villages proches de la frontière seraient détruites selon un modèle inspiré de Rafah et Beit Hanoun à Gaza.  

Ces propos ne relèvent plus d’une ambiguïté militaire. Ils décrivent un objectif territorial assumé. Le ministre israélien ne parle pas seulement de neutraliser une menace immédiate. Il évoque un contrôle durable de l’espace, la destruction systématique de villages frontaliers et l’empêchement du retour des habitants déplacés. Pour Beyrouth, une telle doctrine correspond à une tentative de remodeler de force le Sud-Liban, et donc à une logique d’occupation de fait.  

Le recul de l’armée libanaise ne signifie pas la disparition de l’État

Il faut toutefois distinguer repli, redéploiement et effondrement. Les éléments disponibles montrent que l’armée libanaise se repositionne depuis des postes trop exposés vers des bases jugées plus tenables, plutôt qu’un retrait total du Sud. LBCI évoquait ainsi un mouvement depuis des points récemment établis sur la Ligne bleue vers des installations militaires plus stables à l’intérieur des villages de première ligne. Reuters parlait aussi d’un redéploiement face aux incursions israéliennes, non d’une disparition complète du dispositif libanais.  

Mais ce redéploiement reste politiquement préoccupant. Car sur le terrain, le résultat est visible : à mesure qu’Israël bombarde, menace et avance, l’armée libanaise perd de la latitude pour tenir certaines positions exposées. Or, dans le même temps, Israël affirme vouloir s’installer durablement jusqu’au Litani. Même si les mots employés diffèrent d’un camp à l’autre, l’asymétrie est brutale : d’un côté, une armée nationale contrainte d’ajuster ses positions pour éviter des frappes ; de l’autre, une puissance militaire qui annonce vouloir contrôler près d’un dixième du territoire libanais.  

Une pression qui dépasse le seul front militaire

Cette dynamique ne concerne pas seulement les soldats. Reuters rapportait le 13 mars qu’environ 14 % du territoire libanais était alors concerné par des ordres israéliens d’évacuation, tandis que la FINUL signalait des incursions terrestres israéliennes et l’installation de barrages. Selon la même dépêche, plus de 800 000 personnes avaient déjà été déplacées à cette date. Depuis, la situation s’est encore aggravée avec de nouveaux avertissements, de nouvelles frappes et une intensification des combats.  

Autrement dit, le recul ou la réorganisation de certaines positions de l’armée s’inscrit dans un environnement plus large de pression généralisée sur le Sud-Liban. Les villages se vident, les routes deviennent des cibles ou des axes menacés, les ponts sont détruits, et les habitants comprennent que la bataille n’oppose plus seulement Israël au Hezbollah : elle redessine concrètement la carte humaine et militaire du Sud.  

Le risque d’un fait accompli au sud du Litani

C’est là que se situe l’enjeu central. Quand Israël annonce vouloir contrôler le territoire jusqu’au Litani, détruire les habitations frontalières et empêcher le retour des civils, il ne parle pas d’une opération éclair. Il parle d’un nouvel ordre imposé par la force. Et quand, au même moment, l’armée libanaise évacue ou redéploie certaines positions trop exposées, notamment dans des secteurs sensibles du Sud, beaucoup au Liban y voient le risque d’un vide relatif que l’armée israélienne cherche précisément à exploiter.  

Dans ce contexte, Rmeish, Qasmiyeh et d’autres points du Sud ne sont plus de simples noms sur une carte militaire. Ils deviennent les marqueurs d’un basculement plus large : celui d’un territoire libanais sous pression, où l’État tente de préserver ce qu’il peut encore tenir, pendant qu’Israël affiche de plus en plus ouvertement son ambition de remodeler la frontière par les armes.  

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