lundi, février 23, 2026

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Tourisme libanais : regain de fréquentation mais dynamique encore fragile

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Le secteur touristique libanais, durement frappé par les crises économiques, politiques et sanitaires de la dernière décennie, montre depuis plusieurs mois des signes timides de redémarrage. Une enquête menée en mai 2025 auprès d’acteurs économiques à Beyrouth et Zahlé révèle une reprise modérée de la consommation, principalement portée par le retour progressif des expatriés. Si cette dynamique est perçue comme encourageante, elle reste freinée par des obstacles structurels persistants, allant de l’insécurité perçue à l’absence de stratégie touristique consolidée. En toile de fond, le Plan national du tourisme 2025–2030, encore en phase exploratoire, peine à convaincre les professionnels du secteur.

Le retour des expatriés comme levier conjoncturel

Dans les artères commerçantes de Beyrouth, dans les souks de Zahlé ou sur la corniche de Tyr, les commerçants constatent une hausse mesurable de la fréquentation depuis le début du printemps. La clientèle locale, toujours frappée par l’érosion du pouvoir d’achat, est désormais partiellement remplacée par des visiteurs issus de la diaspora, venus passer quelques semaines en famille ou participer à des événements familiaux.

Ces retours saisonniers, bien que limités, génèrent un effet multiplicateur sur la consommation. Les restaurants de Gemmayzé, les hôtels de Byblos et les cafés de Zahlé enregistrent des hausses de revenus estimées entre 15 % et 25 % par rapport à mai 2024. Certains établissements, qui fonctionnaient à flux tendu depuis des mois, voient pour la première fois leurs réservations stabilisées à des niveaux jugés « acceptables » par leurs gérants.

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Cette reprise est cependant qualifiée de conjoncturelle : elle dépend des congés scolaires à l’étranger, du calendrier des mariages communautaires et de la disponibilité aérienne. Les professionnels du secteur redoutent un essoufflement si les conditions structurelles du pays ne s’améliorent pas rapidement.

Reprise partielle dans l’hôtellerie

Les hôtels des régions côtières, en particulier ceux de Beyrouth, Batroun et Tyr, rapportent un taux d’occupation de l’ordre de 50 % au mois de mai 2025. Cette performance représente une amélioration significative par rapport à la même période en 2024, où la fréquentation dépassait rarement les 30 %. Cette tendance est attribuée à la réactivation du tourisme familial et aux événements communautaires organisés par la diaspora.

Ce sont les établissements de taille moyenne qui bénéficient le plus de cette reprise. Les grandes chaînes, pénalisées par leurs coûts fixes élevés, peinent encore à retrouver un équilibre, tandis que les hôtels-boutiques affichent souvent complet les week-ends.

La clientèle est essentiellement libanaise expatriée, avec quelques poches de visiteurs arabes du Golfe. Les touristes européens, historiquement présents dans les circuits culturels ou balnéaires, restent rares, notamment en raison des alertes sécuritaires et de l’image d’instabilité politique toujours associée au pays.

Des freins persistants au développement touristique

Malgré ces signes encourageants, les freins à une relance pérenne restent nombreux. La perception d’insécurité, alimentée par des faits divers médiatisés et une instabilité géopolitique persistante, continue de dissuader une partie des voyageurs potentiels. Dans certaines zones, notamment dans la périphérie de Beyrouth ou le Nord du pays, des incidents ponctuels ont renforcé l’image d’un territoire difficilement contrôlé.

À cela s’ajoutent des coûts jugés prohibitifs pour une destination à faible attractivité internationale : le prix des nuitées, des repas, du transport intérieur, et même de l’accès à certains sites naturels s’est envolé. Cette inflation rend le Liban moins compétitif que des destinations voisines comme la Jordanie ou la Turquie.

Le réseau de transports touristiques est quasi inexistant, les routes secondaires sont dégradées, et l’offre de guides ou d’infrastructures de signalisation est lacunaire. À Zahlé, les autorités locales ont dû annuler une visite guidée patrimoniale faute de personnel qualifié. À Deir el Qamar, des touristes se sont perdus sur un site historique non balisé.

L’absence d’un cadre légal stable pour les opérateurs du secteur, combinée à une fiscalité floue et à une bureaucratie complexe, décourage les investissements. De nombreux hôtels familiaux sont à vendre, faute de rentabilité suffisante et d’héritiers disposés à en reprendre la gestion.

Le Plan national du tourisme 2025–2030 : une ambition en gestation

Face à ces défis, le ministère du Tourisme a lancé un projet ambitieux intitulé « Plan national du tourisme 2025–2030 », dont l’un des volets concerne la création d’un réseau d’hôtels municipaux. L’objectif affiché est de dynamiser l’hébergement à coût modéré dans les régions rurales ou secondaires, en s’appuyant sur des partenariats entre collectivités locales et promoteurs privés.

En théorie, ces hôtels municipaux devraient permettre à des familles modestes de voyager à l’intérieur du pays, de soutenir les économies locales, et de valoriser le patrimoine naturel et culturel de régions peu desservies. Le projet prévoit également la formation de guides locaux, la rénovation de maisons traditionnelles et la création de circuits écotouristiques.

En pratique, l’initiative en est encore à la phase d’étude. Aucun chantier n’a été lancé, les financements ne sont pas encore bouclés, et la coordination entre les ministères concernés (Intérieur, Tourisme, Développement rural) reste déficiente. À Batroun, une mairie pilote affirme avoir reçu « uniquement des intentions, sans cadre concret ni enveloppe budgétaire ». À Tyr, les associations locales regrettent de ne pas avoir été consultées.

Repenser les priorités du tourisme national

Pour de nombreux acteurs du secteur, la relance du tourisme au Liban nécessite une réorientation stratégique profonde. Il ne s’agit pas seulement de restaurer les infrastructures ou de financer des projets, mais de reconstruire une image de destination accueillante, stable et culturellement attractive.

Cela suppose d’investir dans la sécurité publique, de restaurer la confiance dans les institutions, mais aussi de promouvoir activement le patrimoine libanais auprès de la diaspora et des marchés étrangers. Les campagnes de communication sont quasi inexistantes, les représentations diplomatiques peinent à promouvoir le pays, et les outils numériques sont largement obsolètes.

Par ailleurs, un travail de fond sur l’offre culturelle et écologique est indispensable. Le Liban dispose de ressources uniques : patrimoine gréco-romain, villages de montagne, réserve de biosphère, scènes artistiques vivantes. Mais faute de coordination et de vision, ces atouts restent sous-exploités.

L’appel des professionnels du secteur est clair : il faut articuler urgence économique et stratégie à long terme. Le tourisme pourrait redevenir un moteur de croissance, mais seulement si l’État sort de son rôle passif et assume un leadership structurant, avec le soutien des collectivités, des associations et des entrepreneurs.

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