Le brigadier général Hassan Choucair, directeur de la Direction générale de la Sûreté générale, a donné l’ordre d’ouvrir plusieurs dossiers de corruption visant la municipalité de Beyrouth, selon une révélation publiée vendredi 31 octobre 2025 par le quotidien Al Akhbar. Cette offensive des services de sécurité d’État intervient dans un contexte de rationalisation administrative impulsé par le gouvernement de Nawaf Salam. Au cœur de ces enquêtes préliminaires : des irrégularités dans la commande publique, la gestion des contrats et les flux financiers. L’arrestation, jeudi 30 octobre, du trésorier de la municipalité, Khodr Bou Aram, pour un retrait précipité de 330 000 dollars, marque le premier coup porté dans cette affaire symbolique pour la capitale.
Cette intervention des services de renseignement intérieur, placés sous l’autorité du ministère de l’Intérieur et des Municipalités, vise à restaurer la transparence dans les rouages municipaux. Les investigations, en phase initiale, portent sur l’extraction de documents comptables, le recoupement de factures et la vérification des circuits d’achats publics. Sans détails publics sur les pièces à conviction ou les personnes auditionnées au-delà de Bou Aram, Al Akhbar insiste sur la portée disciplinaire et pénale de ces procédures, associées à un « chantier de remise en ordre » de l’administration beyrouthine.
Khodr Bou Aram, premier visé par l’offensive sécuritaire
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Âgé de 52 ans, Khodr Bou Aram occupait le poste sensible de trésorier au sein de la municipalité depuis juin 2024. Responsable des flux de trésorerie et des paiements, il a été interpellé jeudi matin par une unité de la Sûreté générale au siège de Sanayeh. Selon les premiers éléments, il aurait autorisé un remboursement de 330 000 dollars à un entrepreneur privé, sans validation préalable du conseil municipal ni contrôle de la Cour des comptes. Ce « remboursement précipité », comme le qualifient les enquêteurs, aurait été effectué via un chèque sur un compte en dollars frais, alors que les restrictions bancaires perdurent.
Transféré au palais de justice de Beyrouth, Bou Aram a été placé en détention provisoire à la disposition du juge d’instruction financier. Lors de son interrogatoire initial, il a invoqué une « erreur administrative » liée à un contrat de maintenance des pompiers municipaux. Une équipe de la Cour des comptes a investi les bureaux de la trésorerie vendredi matin pour saisir les registres et disques durs. Ce cas illustre les pratiques récurrentes dénoncées : surfacturation de marchés, paiements fantômes et détournements via des tiers.
Ibrahim Zeidan sous le feu des projecteurs
Élu président de la municipalité de Beyrouth le 27 mai 2025, à l’issue des élections municipales tenues les 18 et 25 mai, Ibrahim Zeidan, 48 ans, proche de l’homme d’affaires Fouad Makhzoumi, dirige un conseil de 24 membres dominé par une coalition indépendant-sunnite. Issu d’une famille de commerçants du Bourj Hammoud, Zeidan avait promis lors de sa campagne une « Beyrouth propre et efficace », avec un focus sur la reconstruction post-explosion du port et la gestion des déchets.
Vendredi, son cabinet a publié un communiqué minimisant l’affaire : « Toute irrégularité sera sanctionnée, la transparence est notre priorité ». Pourtant, les soupçons s’étendent au-delà de Bou Aram. Des audits internes révèlent des écarts dans 17 contrats signés depuis juillet, totalisant 2,1 millions de dollars, notamment pour l’assurance des véhicules de pompiers et la rénovation du marché de Bourj Hammoud. Zeidan, qui présidait le comité des finances, pourrait être auditionné la semaine prochaine.
Son vice-président, Georges Naameh, maronite indépendant, supervise les marchés publics. Âgé de 55 ans, il est pointé pour avoir validé des avenants à des contrats sans appel d’offres. La Sûreté générale a requis ses relevés téléphoniques et bancaires.



