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“Tsunami” du cancer: l’alerte sanitaire se durcit, tabac et générateurs au banc des accusés

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Une hausse des cas qui s’inscrit dans un ordre de grandeur national

Le signal d’alarme s’appuie désormais sur des volumes. Pour l’année 2022, les estimations disponibles attribuent au Liban 13 034 nouveaux cas de cancer, tous âges et sexes confondus. La même source d’estimation retient 7 307 décèsliés au cancer sur la même année, ainsi qu’environ 33 576 personnes vivant avec un cancer diagnostiqué au cours des cinq dernières années. L’incidence standardisée est présentée à 168,8 cas pour 100 000 habitants, et le risque cumulé de développer un cancer avant 75 ans à 17,3%. Le risque cumulé d’en mourir avant 75 ans est donné à 9,7%. Dans ce cadre, la formule de « tsunami » traduit un double phénomène: un niveau élevé de nouveaux diagnostics et un poids durable sur les soins, car la prévalence à cinq ans implique une prise en charge longue, coûteuse, et souvent discontinue dans un pays sous contraintes.

L’ordre de grandeur ne se comprend qu’en regardant la structure des cancers les plus fréquents. Pour 2022, les cancers les plus diagnostiqués sont le sein (2 161 cas, 16,6%)le poumon (1 566 cas, 12,0%)la prostate (1 083 cas, 8,3%)le côlon-rectum (1 005 cas, 7,7%) et la vessie (703 cas, 5,4%). Côté mortalité, le poumon arrive en tête avec 1 408 décès (19,3%), devant le sein 781 (10,7%), le côlon-rectum 572 (7,8%), la leucémie 376 (5,1%) et la prostate 370 (5,1%). La photographie est implacable: les cancers liés aux expositions environnementales et au tabac occupent une place centrale, tandis que la charge sur le système de santé s’étale sur plusieurs années.

Tabac: une consommation élevée, une mortalité annuelle mise en avant

L’alerte politique insiste sur le tabac comme facteur majeur. Le pays est décrit comme l’un des plus consommateurs, et plusieurs séries publiques convergent vers une prévalence élevée. Une estimation largement reprise indique qu’environ 38% des adultes utilisent un produit du tabac, avec un écart entre hommes (48%) et femmes (29%). Dans cette même approche, la consommation de tabac est associée à près de 9 200 décès par an, dont environ 43% considérés comme prématurés, survenant avant 70 ans. Au-delà de la formule choc, ces chiffres donnent une grille de lecture: le tabac n’est pas un simple comportement individuel, il pèse comme déterminant collectif sur la mortalité et sur la demande de soins, y compris dans des pathologies où la prise en charge est lourde et répétée.

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L’enjeu sanitaire se double d’un enjeu économique, car le tabac est présenté comme générant des coûts directs et indirects. Dans un chiffrage public repris dans le débat, les pertes sociales et économiques attribuées au tabac sont évaluées à l’équivalent de 1,9% du PIB, avec des coûts en dépenses de santé et en pertes de productivité. Le même dossier relève une faiblesse structurelle des outils fiscaux: il est avancé que la taxation totale sur les cigarettes représente 9,9% du prix de vente au détail de la marque la plus vendue, essentiellement via la TVA, et qu’il n’existe pas d’accise spécifique dans ce schéma. Cette combinaison — forte prévalence, mortalité associée, fiscalité jugée peu dissuasive — alimente la thèse d’un risque durable, donc d’un flux continu de cancers et de complications.

Générateurs: une pollution de proximité décrite comme omniprésente

L’autre axe de l’alerte vise la pollution issue des générateurs électriques. Le sujet n’est pas traité comme une gêne locale, mais comme une exposition chronique. Les générateurs sont décrits comme omniprésents dans les quartiers, faute de service public stable, ce qui transforme une solution de secours en source permanente d’émissions. La mise en cause porte sur la répétition: une exposition quotidienne, dans des rues étroites, au pied des immeubles, au voisinage des commerces et parfois des écoles. L’idée avancée est que l’absence de contrôle et de normes appliquées aggrave l’exposition, rendant la pollution plus dense et plus difficile à réduire au niveau des ménages.

Le débat public lie cette pollution à une inquiétude sur l’évolution des cancers, notamment des cancers respiratoires. Les chiffres de mortalité et d’incidence cités plus haut donnent une assise au raisonnement: le poumon figure parmi les cancers les plus diagnostiqués (1 566 cas) et il domine la mortalité (1 408 décès) sur l’année de référence. L’alerte ne prétend pas, à ce stade, attribuer une part chiffrée des cancers à une seule source de pollution. Elle insiste plutôt sur la combinaison des facteurs: tabac élevé, pollution de l’air, et faible contrôle. C’est cette combinaison qui installe le thème d’un “tsunami”, au sens d’une vague alimentée par des expositions multiples et difficiles à contenir.

Le talon d’Achille: contrôle insuffisant et institutions de prévention à réactiver

Le cœur de la critique porte sur la surveillance: normes peu appliquées, contrôles irréguliers, sanctions rares. Dans cette lecture, la prévention échoue parce que l’État n’a pas les outils, ou ne les utilise pas. L’alerte transforme alors un sujet médical en sujet d’administration publique. Elle ne se contente pas de décrire l’augmentation des cas; elle réclame une remise en marche d’organes de contrôle capables de réduire les risques en amont. L’enjeu est de sortir d’une politique de réaction, où l’on ne parle du cancer qu’à l’hôpital, pour aller vers une politique de prévention, où l’on agit sur les sources d’exposition.

Deux leviers sont explicitement mis en avant comme priorités institutionnelles. Le premier est la réactivation de l’Autorité de sécurité alimentaire, présentée comme nécessaire pour contrôler ce qui circule sur le marché et réduire les risques sanitaires dans la chaîne de consommation. Le second est le renforcement de l’Agence nationale du médicament, pour sécuriser l’accès, la qualité et la régulation des produits de santé. Ces outils ne sont pas annoncés comme des réformes de papier. Ils sont présentés comme des conditions minimales pour restaurer la prévention, éviter que la maladie ne devienne l’unique point d’entrée, et protéger des ménages déjà fragilisés par le coût des soins.

Les cancers dominants: une lecture par “profils” plutôt que par slogans

Les chiffres disponibles sur les cancers les plus fréquents dessinent des profils. Chez les femmes, le cancer du sein domine avec 2 161 cas, soit 33,6% des nouveaux diagnostics féminins. Viennent ensuite le poumon (562 cas), le côlon-rectum (384), les lymphomes non hodgkiniens (297) et le corps de l’utérus (295). Chez les hommes, la prostate arrive en tête (1 083 cas), puis le poumon (1 004), le côlon-rectum (621), la vessie (525) et les lymphomes non hodgkiniens (347). Ces répartitions ne sont pas des abstractions. Elles orientent les besoins: dépistage, chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, suivi à long terme, et prise en charge des complications.

Sur la mortalité, le classement rappelle la brutalité de certains cancers. Le poumon domine les décès, devant le sein et le côlon-rectum. Cette hiérarchie renforce le poids des expositions respiratoires et du tabac dans le débat public. Elle éclaire aussi la tension entre prévention et traitement. Les cancers du sein se diagnostiquent plus souvent, mais la mortalité du poumon reste plus lourde, ce qui renvoie à des diagnostics souvent tardifs et à des parcours thérapeutiques difficiles. Dans un pays en crise budgétaire, cette lecture impose une question pratique: quelles priorités de prévention et de dépistage peuvent réellement réduire la mortalité, et pas seulement augmenter le nombre de diagnostics.

L’obstacle décisif: financer la prévention, pas seulement les soins

L’alerte insiste sur une condition qui rend tout le reste possible ou impossible: le financement effectif. Réactiver une autorité de sécurité alimentaire, renforcer une agence du médicament, contrôler les générateurs, lancer des campagnes anti-tabac, exiger des normes, tout cela suppose des budgets, des équipes, des laboratoires, des inspections, et des suites administratives. Le message n’est pas théorique. Il est formulé comme un constat: sans financement, la prévention reste un slogan, et la maladie continue d’avancer. Le cancer devient alors la facture la plus lourde d’un État qui n’investit pas assez tôt.

Dans la même logique, la dimension économique du tabac est utilisée comme argument de politique publique. Les pertes attribuées au tabac — mortalité, dépenses de santé, productivité — sont présentées comme supérieures aux coûts d’application de mesures de contrôle, sur un horizon de plusieurs années. La logique est celle d’un investissement: payer maintenant pour réduire plus tard les décès et les coûts. Dans ce cadre, l’alerte “tsunami” prend une valeur précise: elle signifie qu’un volume de cas et de décès est déjà là, et que la seule manière de ralentir la vague passe par une prévention financée, contrôlée et appliquée, plutôt que par une réaction fragmentée au moment où la maladie devient irréversible.

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Newsdesk Libnanews
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