Après des années de guerre civile, la Syrie entre dans une nouvelle ère politique marquée par la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 et l’arrivée au pouvoir d’Ahmed Al-Shar’. Ancien commandant militaire ayant coupé ses liens avec les groupes extrémistes, il s’est imposé comme une figure de transition, cherchant à réconcilier les différentes factions et à repositionner la Syrie sur la scène internationale.
Le nouveau président syrien a immédiatement lancé une série d’initiatives diplomatiques et économiques visant à reconstruire un pays ravagé par plus d’une décennie de conflits. Parmi ses premières actions figurent l’organisation d’un dialogue national rassemblant les principales forces politiques du pays et des engagements envers une gouvernance plus transparente et inclusive. Toutefois, les défis restent immenses, entre la nécessité d’un soutien international, la reconstruction des infrastructures et la gestion du retour des réfugiés.
La Russie, l’Iran et la Turquie : vers une redéfinition des alliances
Avec ce changement de régime, les grandes puissances impliquées dans le conflit syrien reconfigurent leurs stratégies. Al Akhbar (26 février 2025) rapporte que des discussions diplomatiques ont eu lieu entre la Russie, l’Iran et la Turquie pour coordonner leurs actions en Syrie et maintenir un certain niveau de stabilité.
La Russie, principal soutien militaire du régime précédent, cherche à préserver son influence tout en garantissant ses intérêts stratégiques, notamment ses bases militaires en Syrie. Selon Al Sharq Al Awsat (26 février 2025), Moscou pousse pour un maintien de la présence militaire russe et une coopération avec le nouveau gouvernement.
L’Iran, allié historique de Damas, adopte une approche plus prudente. Bien que Téhéran ait joué un rôle clé dans le soutien au régime Assad, les dirigeants iraniens évaluent désormais les bénéfices d’un partenariat avec le nouveau pouvoir. La République islamique espère conserver son influence sur le territoire syrien, notamment à travers ses milices et ses réseaux économiques.
Quant à la Turquie, elle voit dans ce bouleversement une opportunité pour redéfinir ses priorités sécuritaires, notamment en ce qui concerne la question des forces kurdes en Syrie. Ankara souhaite renforcer son rôle dans la stabilisation du nord syrien et s’assurer que le gouvernement syrien ne permette pas une autonomie accrue des territoires sous contrôle kurde.
Le défi du retour des réfugiés et de la reconstruction
L’un des principaux dossiers en discussion concerne le retour des réfugiés syriens, en particulier ceux établis en Turquie, au Liban et en Jordanie. La Turquie, qui héberge plus de trois millions de réfugiés syriens, insiste sur la nécessité d’un retour organisé et rapide. Ankara pousse pour des garanties sécuritaires et économiques afin d’assurer la réintégration des déplacés sans provoquer de nouvelles tensions.
De son côté, la communauté internationale reste prudente. Plusieurs organisations humanitaires mettent en garde contre les risques d’un retour précipité dans un pays où la situation politique reste instable. Le nouveau gouvernement syrien a promis des réformes économiques pour faciliter cette transition, mais le manque de financements et les infrastructures détruites compliquent le processus.
L’enjeu de la reconstruction est donc un levier de négociation clé pour le nouveau pouvoir. Ahmed Al-Shar’ cherche à obtenir un soutien financier international, mais les bailleurs de fonds, notamment européens et américains, conditionnent toute aide à des garanties sur les droits humains et une gouvernance plus démocratique.
Quel avenir pour la Syrie sous un nouveau leadership ?
L’accession d’Ahmed Al-Shar’ à la présidence représente un tournant majeur pour la Syrie et pour l’équilibre des forces au Moyen-Orient. Si le nouveau gouvernement parvient à stabiliser le pays et à s’imposer comme un acteur crédible sur la scène internationale, la Syrie pourrait entamer un processus de normalisation après plus de dix ans de guerre.
Toutefois, de nombreuses incertitudes demeurent. Le pays reste un terrain de jeu pour les grandes puissances régionales, et le maintien des intérêts russes, iraniens et turcs complique la mise en place d’une gouvernance véritablement autonome.
L’évolution du conflit et les choix stratégiques du nouveau régime détermineront si la Syrie peut réellement tourner la page du régime Assad et reconstruire un État stable et souverain.



