Le Yémen, situé à l’extrémité sud-ouest de la péninsule arabique, joue un rôle géopolitique clé dans le contrôle des routes maritimes mondiales. Sa proximité avec le détroit de Bab-el-Mandeb, un passage stratégique pour le commerce entre l’Europe et l’Asie, en fait une cible privilégiée pour les puissances régionales et internationales depuis des siècles. Pourtant, ce territoire montagneux, marqué par des divisions tribales et une résilience historique, s’est révélé un défi insurmontable pour quiconque a tenté de le dominer.
De l’occupation britannique d’Aden au XIXe siècle à l’actuelle guerre civile, en passant par l’intervention égyptienne sous Nasser, le Yémen est un exemple vivant des limites du pouvoir militaire. Plus récemment, les tirs de missiles des Houthis contre Israël et les ripostes israéliennes ont transformé ce pays en un théâtre de tensions internationales.
En novembre 2024, le Yémen est devenu le théâtre d’une escalade majeure sur la scène géopolitique, marquant un tournant dans son rôle dans les conflits régionaux. Les Houthis, soutenus par l’Iran, ont revendiqué le tir d’un missile balistique ayant frappé la ville de Tel-Aviv, en Israël. Cette attaque, bien qu’elle n’ait causé que des dégâts matériels limités et des blessures mineures, a été perçue par Israël comme une menace stratégique directe, illustrant l’expansion de la portée des Houthis au-delà de la péninsule arabique.
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En réponse, Israël a intensifié ses frappes ciblées sur les bastions houthis dans le nord du Yémen, notamment dans la région de Saada. Selon des déclarations israéliennes rapportées par Al Sharq Al Awsat (22 décembre 2024), ces opérations visent à « neutraliser la capacité des Houthis à mener des attaques transfrontalières ». Cette posture offensive s’accompagne de menaces explicites : Israël a averti qu’il pourrait intervenir plus largement au Yémen si de nouvelles attaques étaient perpétrées.
Cette situation reflète un élargissement des ambitions stratégiques des Houthis, qui s’inscrivent dans une dynamique régionale alimentée par le soutien iranien. Pour Israël, ce développement représente une extension directe de l’axe anti-israélien soutenu par Téhéran. Cette nouvelle dimension du conflit place le Yémen au centre des tensions géopolitiques, où les intérêts de plusieurs puissances se croisent.
L’implication croissante d’Israël dans ce conflit soulève des questions sur l’évolution des rapports de force dans la région. Alors que les frappes se multiplient, le Yémen, déjà ravagé par une guerre civile prolongée et une crise humanitaire catastrophique, s’enfonce davantage dans un rôle de terrain d’affrontement pour des intérêts étrangers.
L’occupation britannique d’Aden : entre ambition commerciale et résistance locale
En 1839, l’Empire britannique s’empara du port d’Aden pour sécuriser ses routes commerciales vers l’Inde. Ce port naturel devint un maillon clé du réseau colonial britannique, offrant une base idéale pour surveiller les mouvements dans le golfe d’Aden. La position stratégique d’Aden, renforcée par l’ouverture du canal de Suez en 1869, fit de ce port un point névralgique de la domination britannique dans la région.
Cependant, les ambitions britanniques se heurtèrent rapidement à une réalité bien plus complexe. Au-delà de la ville portuaire, les tribus yéménites résistèrent farouchement à toute tentative de contrôle. Ces tribus, jalouses de leur autonomie, menèrent des raids réguliers contre les avant-postes britanniques, rendant toute expansion au-delà d’Aden coûteuse et inefficace.
La guerre des fortifications dans l’arrière-pays
Face à une guérilla constante, les Britanniques développèrent une stratégie de fortification pour défendre leurs positions clés. Malgré ces efforts, les lignes de ravitaillement restèrent vulnérables aux attaques des insurgés. Les coûts humains et financiers de cette occupation limitèrent les ambitions coloniales britanniques, confinant leur contrôle à une zone portuaire relativement restreinte.
L’intervention égyptienne au Yémen : un bourbier militaire sous Nasser
En 1962, la révolution yéménite éclata, opposant les républicains, soutenus par l’Égypte, aux royalistes, appuyés par l’Arabie saoudite. Pour Gamal Abdel Nasser, cette intervention militaire était une occasion de renforcer son influence panarabe et de contester les monarchies conservatrices du Golfe. L’Égypte déploya près de 70 000 soldats au Yémen, mais cette campagne s’avéra rapidement être un désastre.
Les troupes égyptiennes, mal adaptées à une guerre asymétrique, furent confrontées à une guérilla féroce menée par les royalistes et les tribus locales. Les montagnes escarpées et l’absence d’infrastructures rendirent toute progression militaire extrêmement difficile. Les forces égyptiennes souffrirent de lourdes pertes, tandis que le coût de la guerre, tant humain que financier, devint insoutenable.
Un coût humain et politique exorbitant
Le conflit eut des répercussions au-delà des frontières du Yémen. En 1967, après la défaite de l’Égypte contre Israël lors de la guerre des Six Jours, Nasser ordonna le retrait de ses troupes, marquant la fin de l’intervention. Cet échec affaiblit considérablement la position régionale de l’Égypte, tout en laissant le Yémen plongé dans une instabilité prolongée.
La division du Yémen : Nord contre Sud, une rivalité géopolitique
Après le départ des forces égyptiennes, le Yémen se retrouva divisé en deux États : la République arabe du Yémen (Nord) et la République démocratique populaire du Yémen (Sud). Cette séparation, officialisée en 1967, reflétait les tensions de la guerre froide. Le Nord, soutenu par les monarchies du Golfe, maintenait un régime conservateur, tandis que le Sud adoptait une idéologie marxiste avec le soutien de l’Union soviétique.
Les deux entités s’affrontèrent à plusieurs reprises au cours des décennies suivantes, les conflits aggravant les divisions économiques et sociales. Ces tensions débouchèrent sur une série d’affrontements armés, qui contribuèrent à paralyser tout développement durable dans la région.
La réunification et ses désillusions (1990)
En 1990, les deux Yémen se réunifièrent dans l’espoir d’un avenir plus stable. Cette réunification, largement motivée par des considérations économiques, fut perçue comme une étape prometteuse vers la modernisation et la paix. Cependant, les disparités entre le Nord et le Sud, combinées à une centralisation excessive du pouvoir, créèrent un terrain fertile pour de nouvelles tensions.
En 1994, ces tensions éclatèrent en une guerre civile. Le gouvernement central, dominé par les élites du Nord, réprima brutalement les aspirations indépendantistes du Sud, aggravant les divisions internes. Cette instabilité posa les bases des crises futures, notamment l’émergence d’Al-Qaïda et des Houthis.
Les Houthis et l’extension du conflit à Israël : une escalade récente
Depuis leur prise de contrôle de Sanaa en 2014, les Houthis ont consolidé leur pouvoir dans le nord du Yémen, tout en élargissant leur champ d’action au-delà des frontières du pays. En novembre 2024, les Houthis ont revendiqué le tir d’un missile balistique contre Tel-Aviv, marquant un tournant dans leur stratégie régionale.
Israël, qui voit dans cette attaque une extension directe de l’influence iranienne, a immédiatement riposté par des frappes ciblées dans la région de Saada, un bastion houthi. Ces événements ont exacerbé les tensions régionales, transformant le Yémen en un théâtre de confrontation impliquant des acteurs internationaux.
La guerre des Houthis : un conflit régionalisé
L’intervention militaire menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pour rétablir le gouvernement reconnu internationalement n’a pas permis de briser la résistance des Houthis. Ces derniers, soutenus par l’Iran, ont utilisé des missiles balistiques et des drones pour frapper des cibles stratégiques en Arabie saoudite et aux Émirats, tout en intensifiant leurs opérations contre Israël.
Un terrain qui résiste encore aux puissances modernes
Aujourd’hui, le Yémen demeure un symbole des limites du pouvoir militaire. Ni les Britanniques, ni les Égyptiens, ni les Saoudiens, ni même Israël n’ont réussi à imposer leur volonté dans ce territoire. Le conflit des Houthis, avec ses ramifications internationales, souligne la complexité d’un pays où les dynamiques locales et les ambitions régionales s’entremêlent.
Perspectives et enseignements pour l’avenir
Pour résoudre durablement la crise yéménite, une approche inclusive est essentielle. Les solutions purement militaires, qui ont échoué à chaque étape de l’histoire du pays, doivent laisser place à un dialogue national, soutenu par une aide internationale coordonnée. Le Yémen, avec sa position stratégique et son histoire de résilience, restera un acteur clé des équilibres régionaux pour les années à venir.



