Le ministre des Affaires étrangères et des Libanais de l’étranger, Youssef Rajji, a pris part ce dimanche à une réunion extraordinaire virtuelle du Conseil de la Ligue des États arabes au niveau des ministres des Affaires étrangères. Cette session, convoquée en urgence à l’initiative du Koweït, de l’Arabie saoudite, du Qatar, d’Oman, de la Jordanie et de l’Égypte, était entièrement consacrée à l’examen des attaques iraniennes contre la souveraineté et l’intégrité territoriale de plusieurs États arabes.
Dans une intervention précise et ferme, le chef de la diplomatie libanaise a exprimé l’indignation du Liban face à ces développements régionaux tout en réaffirmant les lignes rouges de la politique étatique libanaise. Il a également profité de cette tribune pour rappeler la décision prise par le gouvernement de Beyrouth à l’issue de sa réunion d’urgence consécutive aux tirs de roquettes du Hezbollah vers Israël. Cette décision, sans précédent, marque une rupture claire avec les initiatives unilatérales du mouvement chiite.
Une réunion virtuelle placée sous le signe de l’urgence régionale
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La session s’est tenue par visioconférence depuis le siège de la Ligue arabe au Caire. Les ministres des Affaires étrangères des pays membres ont examiné en détail les conséquences des frappes iraniennes qui ont visé, au cours des derniers jours, des territoires situés dans le Golfe, en Jordanie et en Irak. Ces attaques, qualifiées d’irresponsables par plusieurs participants, ont touché des infrastructures civiles, des zones résidentielles et des installations stratégiques, menaçant directement la sécurité des populations arabes.
Youssef Rajji a ouvert son allocution en soulignant le caractère exceptionnel de cette mobilisation arabe. Il a rappelé que le Liban, pays fondateur de la Ligue, suit avec la plus grande attention l’évolution de la situation. « Le Liban exprime son rejet catégorique de ces actes qui violent les principes les plus élémentaires du droit international et de la Charte des Nations unies », a-t-il déclaré, selon les termes exacts rapportés par l’Agence nationale d’information.
Le ministre a insisté sur le fait que toute atteinte à la souveraineté d’un État arabe constitue une menace pour l’ensemble de la région. Il a particulièrement mis l’accent sur les conséquences humanitaires de ces frappes, qui ont visé des civils et des sites non militaires. « Le ciblage des populations civiles et des infrastructures civiles doit être condamné avec la plus grande fermeté. Aucune justification ne saurait légitimer de tels agissements », a-t-il ajouté.
La condamnation libanaise des attaques iraniennes, sans ambiguïté
Youssef Rajji n’a laissé place à aucune équivoque. Il a qualifié les opérations iraniennes d’« actes hostiles rejetés par toutes les normes et standards internationaux ». Le Liban, a-t-il poursuivi, « condamne avec la plus grande vigueur ces agressions qui ont touché les pays du Golfe arabe, le Royaume hachémite de Jordanie et l’Irak ».
Cette position s’inscrit dans la continuité d’une ligne diplomatique libanaise constante : le refus de toute forme d’ingérence ou de déstabilisation régionale. Le ministre a rappelé que le Liban, lui-même confronté à de multiples défis sécuritaires et économiques, mesure mieux que quiconque le prix de l’instabilité. Il a notamment évoqué les dommages causés aux installations civiles, aux réseaux énergétiques et aux zones habitées, soulignant que de telles actions aggravent les souffrances des peuples arabes déjà éprouvés par des crises successives.
Dans un geste de solidarité concrète, Youssef Rajji a affirmé le « soutien total du Liban à ces États frères et à leurs populations ». Il a renouvelé l’engagement de Beyrouth à se tenir aux côtés des pays affectés « face à toute menace contre leur sécurité et leur stabilité ». Cette déclaration intervient alors que plusieurs capitales arabes, du Golfe à Amman, coordonnent déjà leurs réponses diplomatiques et sécuritaires.
Le rappel d’une décision gouvernementale historique prise en urgence
Au-delà du volet régional, le ministre des Affaires étrangères a consacré une partie substantielle de son intervention au dossier interne libanais. Il a rappelé la réunion extraordinaire du Conseil des ministres présidée par le Premier ministre Nawaf Salam, convoquée immédiatement après les tirs de roquettes et de drones effectués par le Hezbollah en direction d’Israël.
Cette session du gouvernement, tenue à Baabda, a abouti à une décision claire et sans appel : l’interdiction immédiate et totale de toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah sur le territoire libanais. Le mouvement est désormais sommé de remettre sans délai ni condition son arsenal à l’État libanais. Le Premier ministre Nawaf Salam a alors déclaré que « la décision de guerre ou de paix relève exclusivement de l’État » et que toute action militaire lancée depuis le Liban en dehors du cadre des institutions légitimes est rejetée.
Youssef Rajji a repris mot pour mot les termes de cette résolution gouvernementale. Il a expliqué que le cabinet avait agi avec la plus grande rapidité pour protéger les intérêts supérieurs du pays. « Le gouvernement libanais a clairement établi que le Hezbollah ne peut plus agir en marge de l’État et de ses institutions », a-t-il martelé.
Le Hezbollah accusé d’avoir servi des agendas extérieurs au détriment du Liban
Le ministre n’a pas mâché ses mots pour qualifier le comportement du Hezbollah. « Nous regrettons profondément que le Hezbollah ait une nouvelle fois ignoré les intérêts libanais suprêmes pour servir des agendas extérieurs. En choisissant de défendre l’Iran, il a entraîné le Liban dans une guerre qui n’est pas la sienne », a-t-il déclaré.
Selon Youssef Rajji, ces tirs ont directement provoqué des opérations militaires israéliennes d’une grande intensité sur plusieurs régions libanaises, causant des destructions et des pertes dont le pays se serait volontiers passé. « Le Hezbollah prend seul les décisions, en dehors de l’État libanais et de ses institutions légitimes », a-t-il insisté.
Cette mise au point revêt une importance particulière dans le contexte actuel. Elle intervient quelques jours seulement après les frappes israéliennes qui ont visé les banlieues sud de Beyrouth et d’autres zones du Sud-Liban en riposte aux tirs du Hezbollah. Le ministre a tenu à séparer clairement les responsabilités : « Le gouvernement libanais et le peuple libanais sont innocents de ces agissements et de leurs conséquences. »
La réaffirmation du monopole étatique sur la force et les décisions stratégiques
Youssef Rajji a profité de la tribune arabe pour réitérer que la souveraineté libanaise ne saurait être compromise par des acteurs non étatiques. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025 et composé de figures technocratiques issues de divers horizons, dont le ministre Rajji lui-même désigné par les Forces libanaises, s’est engagé à restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
La décision d’interdire les activités militaires du Hezbollah et d’exiger la remise des armes s’inscrit dans cette logique. Elle vise à empêcher toute nouvelle implication du Liban dans des conflits régionaux qui ne le concernent pas directement. Le ministre a souligné que cette mesure protège non seulement les Libanais mais aussi l’image du pays auprès de la communauté internationale et des États arabes frères.



