samedi, février 21, 2026

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Abou Mohammed al-Joulani : Portrait d’un leader controversé

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Abou Mohammed al-Joulani, de son vrai nom Ahmed Hussein al-Chara, est né en 1984 à Deraa, dans le sud de la Syrie. Figure clé de la guerre civile syrienne, il est le fondateur et le leader de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l’un des groupes rebelles les plus puissants en Syrie. Son parcours, marqué par une ascension rapide dans les rangs djihadistes, illustre à la fois sa capacité stratégique et son pragmatisme politique.

Origines et jeunesse

Issu d’une famille syrienne déplacée après l’occupation israélienne du Golan en 1967, al-Joulani a grandi dans une région marquée par les tensions géopolitiques. Bien que son éducation initiale fût tournée vers la médecine à l’Université de Damas, sa trajectoire a changé radicalement après l’invasion américaine de l’Irak en 2003.

Premiers pas dans le djihadisme en Irak

En 2003, al-Joulani rejoint la résistance armée en Irak, un tournant majeur de sa vie. Il combat sous la bannière d’Al-Qaïda en Irak (AQI), dirigée par Abou Moussab al-Zarqaoui. Ce dernier est connu pour ses méthodes brutales et son opposition aux forces américaines. Pendant cette période, al-Joulani se fait remarquer par ses compétences organisationnelles et sa loyauté, ce qui lui permet de gravir les échelons.

En 2006, après la mort d’al-Zarqaoui, AQI se transforme en État islamique d’Irak (EII). Al-Joulani occupe des postes importants dans l’organisation, notamment comme formateur militaire et coordinateur régional. Son implication dans des opérations stratégiques et son réseau au sein de la communauté sunnite renforcent sa position. Toutefois, il est capturé par les forces américaines et emprisonné en Irak pendant deux ans.

Retour en Syrie et création du Front al-Nosra

Avec le début des soulèvements en Syrie en 2011, al-Joulani revient dans son pays natal. Reconnaissant l’opportunité de renforcer la présence djihadiste dans la région, il fonde le Front al-Nosra, officiellement affilié à Al-Qaïda, avec l’objectif de renverser le régime de Bachar al-Assad.

Le Front al-Nosra se distingue rapidement par son efficacité sur le champ de bataille. Contrairement à d’autres groupes rebelles, il adopte une approche stratégique en s’alliant avec des factions locales et en gagnant le soutien des populations à travers des campagnes de propagande et des actions de gouvernance. En quelques années, al-Nosra devient l’une des factions les plus influentes dans le conflit syrien.

La rupture avec Al-Qaïda

En 2016, al-Joulani annonce la transformation du Front al-Nosra en Front Fatah al-Cham, affirmant une rupture officielle avec Al-Qaïda. Cette décision, bien que contestée par certains cadres djihadistes, vise à repositionner le groupe sur la scène syrienne en tant qu’organisation indépendante et plus modérée. Al-Joulani cherche ainsi à obtenir une reconnaissance locale et internationale, tout en évitant les frappes aériennes ciblées contre Al-Qaïda.

Cette stratégie atteint son apogée en 2017, lorsque le Front Fatah al-Cham fusionne avec d’autres groupes pour former Hayat Tahrir al-Sham (HTS). Al-Joulani devient alors le leader incontesté de cette nouvelle coalition, qui domine la province d’Idlib, dernier bastion rebelle en Syrie.

Leadership d’HTS : entre pragmatisme et idéologie

Sous la direction d’al-Joulani, HTS adopte une double approche :

  1. Gouvernance locale : HTS établit une administration civile, connue sous le nom de « Gouvernement de salut », pour gérer les territoires qu’il contrôle. Ce gouvernement supervise des services publics tels que l’éducation, la justice et les infrastructures. Al-Joulani cherche ainsi à se différencier des groupes plus radicaux comme l’État islamique en présentant HTS comme un acteur responsable.
  2. Flexibilité stratégique : Al-Joulani se montre pragmatique en collaborant avec des factions non jihadistes et en négociant avec des acteurs internationaux. Par exemple, il a toléré la présence turque à Idlib, tout en maintenant des relations tendues avec Ankara. Cette flexibilité lui permet de consolider son contrôle tout en limitant les confrontations directes avec des puissances régionales.

Les controverses autour d’al-Joulani

Malgré ses efforts pour modérer l’image de HTS, al-Joulani reste une figure controversée. Plusieurs accusations pèsent sur lui :

  • Répressions internes : HTS est accusé d’avoir persécuté des journalistes, des activistes et des groupes rivaux dans les zones qu’il contrôle.
  • Liens avec Al-Qaïda : Bien qu’al-Joulani affirme s’être séparé d’Al-Qaïda, ses opposants soutiennent que les liens idéologiques et financiers persistent.
  • Classifications terroristes : HTS est désigné comme organisation terroriste par les Nations unies, les États-Unis, la Russie et plusieurs autres pays, ce qui limite les perspectives de normalisation.

En outre, les États-Unis offrent une récompense de 10 millions de dollars pour toute information menant à sa capture, ce qui reflète l’importance accordée à sa neutralisation.

Vision et ambitions futures

Al-Joulani se présente désormais comme un acteur politique légitime, prêt à participer aux négociations sur l’avenir de la Syrie. Toutefois, ses ambitions ne se limitent pas à la consolidation d’Idlib. Le nom même de Hayat Tahrir al-Sham, signifiant « Organisation de libération du Levant », suggère une vision plus large, incluant potentiellement une influence dans d’autres régions du Moyen-Orient.

Abou Mohammed al-Joulani est à la fois un stratège et un survivant. Son parcours, depuis les rangs d’Al-Qaïda en Irak jusqu’à la tête d’HTS, illustre sa capacité à s’adapter aux dynamiques complexes du conflit syrien. Toutefois, sa quête de légitimité est entravée par son passé et les accusations persistantes de terrorisme. Dans un contexte où la guerre civile syrienne continue de redéfinir les alliances et les priorités, al-Joulani demeure un acteur incontournable, mais également controversé, dans la région.

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Newsdesk Libnanews
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