jeudi, février 19, 2026

Nous suivre sur

Air Force One passe au rouge-bleu-or : bientôt un drapeau “édition Trump” ?

- Advertisement -

On a longtemps cru que certaines choses, à Washington, étaient intouchables : la Constitution (en théorie), le protocole (quand ça arrange) et la livrée d’Air Force One, ce bleu pâle “Kennedy” devenu une sorte de neutralité volante. Et puis, le 17 février 2026, l’US Air Force a officialisé une nouvelle palette pour sa flotte “executive airlift”, y compris la future génération d’Air Force One : rouge, blanc, bleu foncé… et or. Le détail n’en est pas un : l’or, c’est l’idée que le symbole ne doit plus seulement représenter l’État, mais aussi briller comme un logo.  

Officiellement, on parle de modernisation, d’harmonisation et d’un schéma destiné à s’étendre à plusieurs appareils au fil des maintenances, notamment des Boeing 757 modifiés utilisés par les hauts responsables américains. Le message est simple, presque industriel : la marque “présidence” se décline sur toute la gamme. Ce n’est plus seulement un avion, c’est une charte graphique.  

La cohérence est d’autant plus savoureuse que ce relooking correspond, dans l’esprit, à une vieille obsession trumpienne : remplacer le classicisme institutionnel par une esthétique plus tranchée, plus “signature”. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait déjà poussé un projet de livrée plus sombre ; il avait été enterré en 2022, notamment parce que des couleurs plus foncées pouvaient poser des problèmes de surchauffe. Le concept revient aujourd’hui, revisité mais reconnaissable : quand l’argument technique résiste, on ajuste le pinceau, pas l’intention.  

Le timing, lui, a la précision d’un effet de scène. Les nouveaux VC-25B (les futurs Air Force One basés sur des 747-8) sont très en retard : la livraison est désormais attendue en 2028, et le coût du programme dépasse les 5 milliards de dollars selon les informations rapportées. Autrement dit, l’objet réel arrivera plus tard ; l’image, elle, s’installe tout de suite, comme un décor qu’on monte avant l’entrée de l’acteur principal.  

Et parce qu’un feuilleton a besoin d’un épisode “bonus”, un 747 auparavant utilisé par le gouvernement qatari — accepté comme cadeau en 2025 — est en cours de retrofit pour servir d’appareil intérimaire, notamment via un chantier mené par L3Harris selon Reuters. Là encore, la logique est implacable : même l’avion provisoire devra porter la livrée officielle. La transition n’excuse pas l’absence de style.  

À ce stade, la question que vous posez n’est plus une boutade : si l’on change les couleurs de l’avion-totem, pourquoi pas celles du drapeau ? Après tout, la politique américaine est aussi un art du symbole — et, de plus en plus, un art du packaging. Le drapeau, dans ce raisonnement, n’est plus seulement un héritage : c’est un support. Il “doit” fonctionner sur les écrans, sur les casquettes, sur les arrière-plans de discours. Alors, forcément, l’idée d’une version “plus contrastée, plus premium, plus lisible” flotte dans l’air comme une tentation de designer. Le plus intéressant n’est pas le fantasme du drapeau retouché, c’est la mécanique : quand un pouvoir surinvestit l’esthétique, c’est qu’il veut que le symbole travaille à sa place. Un pays compliqué ? On simplifie l’image. Une réalité contestée ? On renforce le storytelling. Le bleu pâle “Kennedy” disait continuité, retenue, institution. Le bleu foncé-or dit autre chose : autorité, puissance, victoire. Même sans slogan, la palette parle.

Cette obsession du décor dépasse largement la carlingue d’un 747. Elle colle à une tonalité plus générale observée depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche : goût pour l’ornement, pour le “maximalisme”, pour le doré. Business Insider, parmi d’autres, a décrit l’ajout d’embellissements dorés et des choix de décoration plus chargés dans certains espaces emblématiques.  Le Guardian a aussi évoqué une “goldening” marquée de la mise en scène présidentielle.  

Et puis il y a le chantier-symbole par excellence : un projet de ballroom à la Maison-Blanche. Là, on n’est plus dans la métaphore : la Maison-Blanche a publié un communiqué, à l’été 2025, annonçant la construction d’un “White House Ballroom”, avec un lancement des travaux prévu en septembre 2025 et un coût annoncé d’environ 200 millions de dollars, financé par des donateurs “patriotes” selon la communication officielle.  Le pouvoir, ici, ne se contente plus d’habiter l’Histoire : il la réaménage. Dans ce contexte, remplacer la plante du Bureau ovale par des trophées serait presque… logique comme prolongement satirique d’une tendance : transformer chaque plan photo en vitrine de conquête. Une plante, ça respire et ça ne dit rien. Un trophée, ça affirme. Ça raconte une victoire, même quand la victoire est d’abord narrative.

Même chose pour le ballroom : un espace de réception n’est jamais neutre, encore moins à la Maison-Blanche. On y fabrique des images d’unité, de grandeur, de permanence. Si l’époque veut du “palmarès” à la place du protocole, alors on imagine très bien — en caricature assumée — des coupes et des plaques là où l’on attendrait des arrangements floraux. On ne reçoit plus, on “célèbre”. On ne rassemble plus, on “couronne”.

Et il reste, bien sûr, l’ultime étape du culte iconographique : être gravé. L’idée de voir Trump sur le mont Rushmore revient si souvent qu’elle a franchi le stade de la conversation pour devenir un objet législatif. Un texte, H.R. 792, a été introduit le 28 janvier 2025 pour demander que sa figure soit ajoutée au mémorial.  La faisabilité est une autre affaire ; mais, dans une politique gouvernée par le symbole, l’annonce compte presque autant que la pierre.

Au fond, tout se tient : l’avion, le ballroom, le Bureau ovale, le Rushmore — la même logique, à des échelles différentes, le culte d’une personnalité que même les plus républicains historiques commencent à détester. L’État comme décor, la fonction comme marque, le pouvoir comme musée de soi. Et si la prochaine étape ressemble à une retouche du drapeau, ce ne sera pas un caprice chromatique : ce sera l’aveu que, pour certains dirigeants, l’Amérique n’est pas seulement une nation… c’est une identité visuelle à mettre à jour.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A côté de l'actualité