Il est le semeur d’histoires, le magicien de la scène, le Spielberg des planches et nul mieux que lui ne sait imprimer à l’action un rythme et un tempo. Il interdit l’ennui. A l’acteur d’abord qui ignore les temps morts en coulisse et sur scène et au public qu’il tient en haleine à grand renfort d’énergie, de mises en abyme et de mutations. Comme un spectacle que l’on zappe, le théâtre de Michalik a su prendre le tournant de la modernité.

Ses références pourtant sont Alexandre Dumas et William Shakespeare, le grand dramaturge et son intelligence  pour mener une intrigue et susciter le mystère, l’humour ou la poésie. Michalik a déjà décelé l’influence shakespearienne dans les pièces de Wajdi Mouawad.

Pour ses trois premières pièces en tant qu’auteur, Le Porteur d’histoires, le Cercle des illusionnistes et Edmond, cet acteur et metteur en scène franco-britannique a obtenu coup sur coup le Molière de l’auteur francophone vivant ainsi que celui du metteur en scène d’un spectacle privé. Il n’avait pas 35 ans. Un triomphe pour celui qui, dans Edmond (7 nominations et 5 Molières), évoque l’auteur de Cyrano de Bergerac devenu en une nuit poète national. A La Pépinière, le voilà qui récidive avec Intra Muros.

Dans la petite salle centenaire, située au 7 rue Louis-le-Grand, un décor épuré fait d’un lit à roulettes, de murs gris et de barreaux. Un pianiste entre en scène avec une poignée d’acteurs. L’un d’eux, Richard (Nicolas Martinez), s’adresse à nous comme un grand frère et on ne sait si la pièce a commencé déjà. Avec sa coupe de cheveux et une assurance bienveillante, il ressemble à Michalik. Les autres acteurs ont pris la parole. Ils ont rompu le silence, initié un mouvement et dans cette sobriété de moyens, on peut tout à loisir décortiquer son art.

Nous sommes en centrale. Les détenus y sont parfois difficiles et les peines de longue durée. Un metteur en scène en prise avec une vie compliquée tente d’animer un atelier théâtre. Seuls deux personnes répondent à l’appel, Ange et Kevin, effrayants et mutiques. Richard essaie de les pousser à jouer leur propre rôle. Va-t-il y arriver?

Dans ce décor minimaliste, rien n’est statique. L’espace-temps est tordu comme un linge. Un théâtre de l’éphémère, où l’action est protéiforme et avance par rebondissements. La pièce est une aventure collective qui porte le commun au rang de l’universalité. Les acteurs sont des transformistes, des machinistes ou des portants, avec toujours un fil conducteur, celui de l’émotion. Les voilà qui s’inclinent pour saluer le public mais cette fleur d’humanité, née tout à l’heure sur le visage d’Ange (Joël Zaffarano), est encore là. Elle fait vibrer ses traits, ils en sont  remués et comme, au fond de nous, ce moment de grâce, elle persiste encore.

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