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Liban : la politique de la mort ou le courage de vivre

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Il y a des moments où un pays doit cesser de se mentir.

Le Liban est arrivé à ce point.

Car derrière les discours prudents, les compromis fragiles et les équilibres confessionnels, une réalité brute s’impose : le pays est pris entre deux visions incompatibles du monde. Deux logiques qui ne peuvent pas coexister indéfiniment.

D’un côté, l’idée simple — presque évidente — qu’un État existe pour protéger la vie.
De l’autre, un système où la mort est devenue un outil politique, un langage, parfois même une forme de légitimité.

Il faut appeler les choses par leur nom.

Lorsqu’une organisation comme le Hezbollah structure une partie de son pouvoir autour du sacrifice, du martyre et de la confrontation permanente, elle ne se contente pas de peser sur la scène politique. Elle redéfinit les règles du jeu. Elle impose une hiérarchie où la vie n’est plus première.

Et à partir de là, tout bascule.

Car un pays ne peut pas fonctionner avec deux systèmes de valeurs opposés. On ne peut pas, en même temps, construire des écoles et glorifier la mort. Stabiliser une économie et entretenir une tension permanente. Promettre un avenir et organiser le présent autour du conflit.

Il faut choisir.

Ce choix n’est pas moral. Il est existentiel.

Toutes les sociétés confrontées à cette tension ont dû trancher. Les mouvements révolutionnaires, les nationalismes radicaux, les idéologies totalitaires ont tous, à un moment, fait le même pari : détruire pour renaître, sacrifier pour purifier, souffrir pour exister. Et tous ont produit le même résultat : une société épuisée, incapable de transformer l’intensité du combat en stabilité de la vie.

Le Liban est en train de reproduire ce schéma. Lentement. Silencieusement. Dangereusement.

Le piège est redoutable. Car ce système ne se présente pas comme une menace. Il se présente comme une protection. Il comble des vides. Il organise là où l’État échoue. Il offre une structure, une identité, une solidarité.

Mais à quel prix ?

Au prix d’une dépendance permanente à la tension. Au prix d’un pays suspendu entre guerre et trêve. Au prix d’une économie asphyxiée par l’incertitude. Au prix d’une société qui n’arrive plus à se projeter autrement que dans la survie.

C’est une logique qui nourrit ce qu’elle prétend combattre.

Et c’est précisément pour cela qu’elle est si difficile à défaire.

Car on ne combat pas une idéologie de la mort avec des slogans sur la vie. On ne désarme pas une culture du sacrifice avec des appels abstraits à la paix. On ne remplace pas une intensité par du vide.

Il faut faire mieux.

Beaucoup mieux.

Il faut opposer à la logique de la mort une logique de la vie qui soit crédible, concrète, puissante. Une vie qui protège. Une vie qui construit. Une vie qui donne plus de sens que la guerre n’en promet.

C’est là que l’État libanais est attendu. Et c’est là qu’il a, jusqu’ici, échoué.

Car un État qui ne protège pas laisse place à ceux qui prétendent le faire.
Un État qui ne construit pas laisse place à ceux qui mobilisent.
Un État qui n’offre pas d’avenir laisse place à ceux qui offrent du sens — même destructeur.

La responsabilité est donc double.

Oui, il faut dire clairement que le Liban ne peut pas vivre avec une armée parallèle. Que la décision de guerre ne peut appartenir qu’à l’État. Que la souveraineté n’est pas négociable.

Mais il faut dire tout aussi clairement que cela ne se fera pas contre une communauté.

La communauté chiite n’est pas un problème à résoudre. Elle est une partie du pays à intégrer pleinement. À respecter. À sécuriser. À inclure dans un projet national qui ne l’expose pas à la guerre permanente.

C’est ici que tout se joue.

Si l’État échoue à offrir cette alternative, alors le système actuel continuera.
S’il réussit, alors il deviendra progressivement inutile.

C’est une bataille de légitimité.

Et cette bataille ne se gagne ni par la force brute, ni par la complaisance. Elle se gagne en rétablissant une évidence simple : la vie doit redevenir plus forte que la mort.

Mais il faut aller plus loin, jusqu’au point le plus sensible.

Comment sortir d’une culture du sacrifice sans humilier ceux qui s’y reconnaissent ?
Comment dire à une population qui a souffert, résisté, perdu, combattu, que la vie doit redevenir supérieure — sans nier ce qu’elle a vécu ?

On ne combat pas l’amour du sacrifice en le dénonçant, on le dépasse en le rendant inutile.

Ce que certains appellent “amour de la mort” est en réalité un attachement au sens, à la dignité, à la protection.
Lorsque la vie ne garantit plus rien, le sacrifice devient une alternative.

La seule manière de faire triompher l’amour de la vie est de le rendre supérieur en pratique.

Supérieur en sécurité.
Supérieur en dignité.
Supérieur en avenir.

Faire de l’amour de la vie un projet politique implique :

1. Une sécurité réelle et visible assurée par l’État
2. Une dignité économique et sociale tangible
3. Une nouvelle source de sens hors de la guerre
4. Un récit national tourné vers la construction
5. Une intégration sans humiliation de la communauté chiite
6. Une transformation politique des structures existantes, sans rôle militaire autonome

La vérité est simple.

On ne sortira pas de cette crise par des concepts.

On en sortira lorsque vivre protégera mieux que combattre.
Lorsque construire donnera plus de dignité que résister.
Lorsque l’avenir sera plus crédible que le sacrifice.

Le Liban doit redevenir un pays où l’on n’a plus besoin de mourir pour avoir une raison d’exister.

Il n’y a pas de compromis possible avec cela.

Seulement un choix.

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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