lundi, février 23, 2026

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Arrestation de trois employés de Middle East Airlines pour détournement de près de 1,8 million de dollars

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Les autorités libanaises ont procédé, ces derniers jours, à l’inculpation de trois employés de Middle East Airlines (MEA), la compagnie aérienne nationale, dans une affaire de détournement de fonds d’une ampleur significative. Le procureur général du Mont-Liban a formellement accusé ces individus d’appropriation illicite, de falsification de documents comptables et de blanchiment d’argent, après la découverte d’un déficit dépassant 1,7 million de dollars dans les comptes de l’entreprise. Cette affaire, révélée à la suite d’un audit interne exhaustif réalisé en fin d’année 2025, met en lumière les vulnérabilités persistantes au sein des institutions publiques libanaises, particulièrement dans un secteur stratégique comme l’aviation civile. Les faits remontent à la fin de 2024, lorsque l’un des principaux suspects, un employé de longue date chargé des ventes de billets et des frais d’excédent de bagages à l’aéroport, a commencé à prélever des sommes en espèces provenant directement des passagers.

Les investigations judiciaires, encore en cours, ont établi que le suspect principal, identifié comme Rawad Jassar, a initialement détourné 20 000 dollars pour les investir dans des cryptomonnaies, dans l’espoir d’un rendement rapide qui lui permettrait de rembourser la somme sans alerter sa hiérarchie. Ce geste, motivé par une tentative de gain personnel au milieu d’une économie en déliquescence, s’est rapidement transformé en une spirale de pertes. Confronté à un effondrement total de son investissement initial, l’employé a réitéré l’opération à plusieurs reprises, prélevant des fonds supplémentaires pour tenter de compenser les déficits accumulés. Ces détournements, effectués par étapes sur plus d’une année, ont été facilités par la manipulation des registres de ventes et la rétention de dépôts en espèces, une pratique qui a échappé aux contrôles internes pendant plusieurs mois. À la fin de 2025, un inventaire complet a révélé un manque à gagner précis de 1,768 million de dollars, un montant qui dépasse les estimations initiales et qui souligne l’ampleur des irrégularités.

Les circonstances de l’affaire

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L’enquête a mis en évidence une série de manquements dans la gestion quotidienne des flux financiers au sein de MEA. Rawad Jassar, employé au département des ventes, gérait directement les transactions en espèces à l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri, un point névralgique où les paiements pour les billets et les surcharges de bagages sont souvent réglés en liquide par les voyageurs. Selon les détails émergents de l’instruction, ces fonds étaient censés être déposés intégralement dans les caisses de la compagnie, mais une partie substantielle a été détournée vers des plateformes d’échange de cryptomonnaies. Les pertes successives sur ces marchés volatils ont conduit à une escalation des prélèvements, transformant une erreur isolée en un schéma systématique de fraude. Les autorités ont noté que les manipulations comptables incluaient la falsification de rapports de ventes, permettant de masquer les écarts pendant une période prolongée.

Un autre employé de MEA, chargé de la vérification des comptes, a joué un rôle clé dans la détection de l’affaire. Il a signalé des discordances répétées dans les bilans, notant que Rawad Jassar et son père apportaient occasionnellement de l’argent de leur domicile pour combler temporairement les manques. Ce signalement interne, survenu fin janvier 2026, a alerté la direction de la compagnie, qui a immédiatement initié un audit approfondi. Peu après, le suspect principal a tenté de quitter le Liban, mais un interdit de voyage a été émis à son encontre, le contraignant à se rendre aux autorités. Les deux autres inculpés, dont l’identité n’a pas été pleinement divulguée dans les communications officielles, sont soupçonnés d’avoir facilité ou couvert ces opérations, bien que les détails de leur implication restent sous investigation. Le procureur a étendu les charges à toute personne supplémentaire qui pourrait être identifiée au fil de l’enquête, indiquant que l’affaire pourrait s’élargir.

Le rôle du père dans l’affaire

Parmi les éléments les plus sensibles de ce dossier figure l’implication présumée du père de Rawad Jassar, Mohamed Ibrahim Jassar, directeur financier de MEA. Ce dernier, arrêté aux côtés de son fils, a fermement nié toute connaissance ou participation aux détournements. Dans ses déclarations aux enquêteurs, il a insisté sur le fait que ses responsabilités ne touchaient pas directement au département des ventes ni à la gestion des caisses, se limitant à des fonctions administratives plus élevées. Mohamed Ibrahim Jassar, figure établie dans la compagnie, est décrit comme le gardien des secrets financiers sous la présidence de Mohammad El Hout, le dirigeant de MEA. Son arrestation a suscité des interrogations sur d’éventuels liens plus profonds avec des pratiques irrégulières au sein de l’entreprise, bien que les preuves actuelles se concentrent sur son rôle potentiel dans le camouflage des déficits.

Les autorités ont indiqué que Mohamed Ibrahim Jassar a été interrogé sur les flux d’argent apportés de domicile pour masquer les manques, une pratique qui, selon les rapports internes, a permis de retarder la découverte du scandale. Bien qu’il maintienne son innocence, son poste stratégique au sein de MEA – une entité détenue à 100 % par la Banque du Liban – place cette affaire au cœur des débats sur la gouvernance des entreprises publiques. L’enquête examine actuellement si ces apports familiaux étaient une tentative isolée de résolution ou s’ils s’inscrivaient dans un réseau plus large de complicités.

Un investissement risqué en cryptomonnaies

Au cœur de cette affaire se trouve l’attrait fatal des cryptomonnaies dans un contexte de crise économique aiguë. Rawad Jassar a admis avoir investi les fonds détournés dans des actifs numériques, espérant un profit rapide pour restituer les sommes sans conséquence. Cette stratégie, courante parmi les Libanais confrontés à l’effondrement de la livre libanaise, illustre les dangers inhérents à ces marchés. Depuis 2019, la monnaie nationale a perdu plus de 98 % de sa valeur, passant d’environ 1 500 livres pour un dollar à plus de 89 700 livres en 2025, selon les données de la Banque mondiale. L’inflation, qui a atteint des pics de 171 % en 2022, s’est stabilisée à 15,2 % en 2025, mais reste un fardeau pour les ménages.

Dans ce paysage, de nombreux Libanais se sont tournés vers le bitcoin et d’autres cryptomonnaies comme refuge contre la dévaluation. Des rapports indiquent que des milliards de dollars ont migré vers ces écosystèmes numériques, bypassing les banques locales paralysées par des restrictions sur les retraits. Cependant, les risques sont élevés : la volatilité extrême a conduit à des pertes massives, comme dans le cas de schémas pyramidiaux tels que Binance Fund, qui a englouti près de 300 millions de dollars en 2025. Les autorités libanaises, via la Banque du Liban, ont interdit les transactions en cryptomonnaies par les institutions financières depuis 2013, citant precisely ces instabilités. L’affaire Jassar démontre comment, en l’absence de régulation efficace, ces investissements peuvent dégénérer en fraudes, exacerbant les vulnérabilités individuelles et institutionnelles.

Le contexte de la crise économique libanaise

Cette affaire s’inscrit dans une crise économique sans précédent qui frappe le Liban depuis 2019. La Banque mondiale estime que le PIB réel a contracté de près de 40 % cumulativement, passant de 47 milliards de dollars en 2019 à environ 28,3 milliards en 2024. La pauvreté monétaire a triplé, touchant 44 % de la population en 2022, tandis que la pauvreté multidimensionnelle – incluant l’accès à l’éducation, à la santé et aux services de base – affecte près de trois quarts des Libanais. Le conflit avec Israël, qui a duré jusqu’au cessez-le-feu de novembre 2024, a aggravé les dommages, avec des pertes estimées à 14 milliards de dollars, dont 6,8 milliards en destructions physiques et 7,2 milliards en pertes économiques.

Les réformes bancaires, initiées en 2025, visent à restructurer un secteur en faillite. La loi sur la résolution bancaire, adoptée en juillet 2025, accorde à la Commission de contrôle des banques des pouvoirs rétroactifs pour auditer les opérations sur dix ans. Parallèlement, la levée du secret bancaire en avril 2025 facilite les enquêtes sur les transferts illicites. Le gouvernement, formé en février 2025 sous le premier ministre Nawaf Salam, a approuvé en décembre 2025 la loi sur la régularisation financière et la récupération des dépôts, établissant des mécanismes pour rembourser progressivement les épargnants et récupérer les fonds transférés à l’étranger. Ces mesures, soutenues par un nouveau président élu en janvier 2025, Joseph Aoun, marquent un tournant vers une gouvernance plus stable, bien que les défis persistent avec une dette publique écrasante et une dépendance aux remises des expatriés.

L’histoire de Middle East Airlines

Fondée en 1945, Middle East Airlines est la compagnie aérienne nationale du Liban, détenue intégralement par la Banque du Liban via des fonds publics. Elle joue un rôle pivotal dans l’économie, reliant Beyrouth au monde malgré les turbulences régionales. Durant la guerre civile de 1975-1990, MEA a maintenu des opérations limitées, symbolisant la résilience libanaise. Sous la direction de Mohammad El Hout depuis des décennies, la compagnie a navigué à travers des crises, mais n’a pas échappé aux allégations de corruption. Des cas antérieurs incluent le détournement de près d’un million de dollars par Jamil Hammam, un parent d’El Hout, à la station de Bagdad ; celui de deux millions par Hossam Kanaan, qui a fui le pays ; et un autre d’environ un million par Joseph Dakash d’une station européenne.

Ces incidents pointent vers des réseaux de corruption dans les secteurs de la maintenance, des achats et des facilities, avec des allégations de népotisme et de quotas confessionnels. Des voix, comme celle du député Jamil El Sayyed, appellent à un audit international neutre pour protéger les fonds publics, comparant les pratiques à celles de l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, poursuivi pour enrichissement illicite. MEA, malgré ces ombres, reste un pilier économique, employant des milliers et contribuant au tourisme, qui a rebondi en 2025 grâce aux remises et à la dollarisation des salaires.

Les implications pour le secteur aérien

L’affaire actuelle, qualifiée de l’un des plus grands dossiers financiers dans l’histoire récente de MEA, ébranle la confiance dans une entreprise vitale pour la connectivité libanaise. Avec un audit annuel ayant révélé les discrepancies, la direction de MEA fait face à des pressions pour renforcer les contrôles internes. La Banque du Liban, en tant qu’actionnaire unique, est appelée à nommer des avocats pour poursuivre l’affaire et à mandater une firme d’audit internationale. Dans un pays où les infrastructures critiques comme l’aéroport de Beyrouth ont subi des dommages estimés à des milliards lors du conflit récent, cette fraude souligne les risques de gouvernance faible.

Les enquêtes en cours examinent les ramifications potentielles, y compris d’éventuels liens avec des transferts illicites ou des complicités plus larges. Les autorités judiciaires, renforcées par les réformes de 2025, visent à élargir le périmètre pour inclure tout complice identifié. Cette affaire prolonge l’examen des pratiques financières dans les entités publiques, avec des implications immédiates sur la surveillance des flux en espèces dans l’aviation, un secteur exposé aux volatilités économiques et aux tentations des marchés numériques non régulés. Les détails émergents des interrogatoires révèlent une tentative désespérée de « sauver la situation » par des détournements répétés, reflétant les pressions individuelles dans un environnement où les salaires ont chuté de 450 à 17 dollars mensuels en termes réels. L’investigation, toujours active, pourrait révéler d’autres irrégularités, renforçant le besoin de transparence dans la gestion des fonds publics.

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