Une mission de paix en danger
Le 2 septembre 2025, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a été la cible d’une attaque alarmante dans le village de Marwahin, dans le sud du Liban. Des drones israéliens ont largué quatre grenades à proximité immédiate de Casques bleus, un incident qualifié par la FINUL comme « l’un des plus graves » depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah. Cette agression, survenue alors que les peacekeepers effectuaient une opération de déblaiement de routes coordonnée avec l’armée israélienne, met en lumière les dangers croissants auxquels est confrontée la mission de l’ONU. Alors que la résolution 2749 du Conseil de sécurité, adoptée le 28 août 2024, prolonge le mandat de la FINUL jusqu’au 31 août 2025 tout en prévoyant son retrait définitif d’ici 2027, cet incident souligne les défis d’opérer dans une région où les tensions géopolitiques restent explosives.
Le cessez-le-feu de novembre 2024, négocié après plus d’un an d’hostilités et deux mois de guerre ouverte entre Israël et le Hezbollah, avait pour objectif de rétablir le calme dans le sud du Liban. L’accord stipulait que seules l’armée libanaise et la FINUL devaient être déployées dans la région, avec pour mission de démanteler les infrastructures militaires du Hezbollah. Cependant, la présence continue de troupes israéliennes dans cinq positions jugées « stratégiques » et les frappes aériennes régulières contre des cibles présumées du Hezbollah fragilisent cet accord. L’attaque de Marwahin, combinée à d’autres incidents récents, illustre les obstacles auxquels fait face la FINUL pour remplir son mandat dans un climat de défiance et de violence persistante.
L’attaque de Marwahin : un incident ciblé ?
Le 2 septembre 2025, à Marwahin, un village situé le long de la Ligne bleue, frontière de facto entre le Liban et Israël, des drones des Forces de défense israéliennes (FDI) ont largué quatre grenades à proximité de Casques bleus. Selon la FINUL, une grenade a explosé à seulement 20 mètres du personnel et des véhicules de l’ONU, tandis que les trois autres ont atterri à environ 100 mètres. Les peacekeepers effectuaient une opération de déblaiement de routes pour faciliter l’accès à une position de l’ONU, une activité notifiée à l’avance à l’armée israélienne. Aucun blessé n’a été signalé, mais l’incident a forcé la suspension des travaux de déblaiement par mesure de sécurité.
« Toute action mettant en danger les Casques bleus de l’ONU et leurs biens, ainsi que toute interférence avec leurs tâches mandatées, est inacceptable et constitue une violation grave de la résolution 1701 et du droit international », a déclaré la FINUL dans un communiqué publié le 3 septembre 2025. L’absence de réponse immédiate des FDI à cet incident a suscité des interrogations sur l’intentionnalité de l’attaque. Certains observateurs estiment qu’Israël pourrait chercher à restreindre les mouvements de la FINUL dans des zones qu’il considère comme stratégiques, une hypothèse renforcée par les demandes répétées des FDI pour que la FINUL se retire de certaines positions proches de la Ligne bleue.
L’incident de Marwahin s’inscrit dans une série d’attaques israéliennes contre la FINUL depuis le cessez-le-feu. Le 13 octobre 2024, un char israélien a tiré sur un mirador de la FINUL à Naqoura, blessant deux Casques bleus indonésiens. Le lendemain, une position à Ramyah a été touchée, endommageant un centre médical. Le 20 octobre, un bulldozer israélien a démoli une tour d’observation à Marwahin, un acte dénoncé comme « délibéré » par la FINUL. Ces incidents ont intensifié les tensions diplomatiques, avec des pays comme la France, l’Italie et l’Espagne condamnant fermement les actions israéliennes.
Une vague d’attaques répétées
Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, la FINUL a signalé plusieurs agressions contre ses positions, majoritairement attribuées à Israël. En novembre 2024, des tirs d’artillerie ont endommagé une position près de Kafr Kila, sans faire de victimes. En décembre, une patrouille près de Tayr Harfa a été visée, forçant les Casques bleus à se replier. Le 7 novembre 2024, un raid aérien israélien a blessé six Casques bleus et tué trois civils libanais, un incident qui a suscité une indignation internationale. « Ces attaques répétées compromettent la sécurité de nos soldats et notre capacité à remplir notre mandat », a déclaré Andrea Tenenti, porte-parole de la FINUL.
Les pays contributeurs de troupes ont réagi avec vigueur. La France, qui fournit 700 soldats via l’opération Daman, a convoqué l’ambassadeur d’Israël à Paris après les incidents d’octobre 2024, exigeant des explications. « Les tirs contre les positions de l’ONU sont inacceptables et doivent cesser », a déclaré un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. L’Italie, qui contribue à hauteur de 1 000 soldats, a évoqué la possibilité de « crimes de guerre », tandis que l’Inde, avec un contingent de 900 Casques bleus, a appelé à une protection renforcée de la mission.
La résolution 2749 : un mandat sous pression
Le 28 août 2024, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité la résolution 2749, prorogeant le mandat de la FINUL jusqu’au 31 août 2025, mais avec une perspective de retrait définitif d’ici décembre 2027. Rédigée par la France, cette résolution réaffirme la nécessité de mettre en œuvre intégralement la résolution 1701 de 2006, qui exige la cessation des hostilités, le désarmement des groupes armés non étatiques dans le sud du Liban, et le déploiement exclusif de l’armée libanaise et de la FINUL dans la région. Cependant, elle intervient dans un contexte de pressions intenses, notamment de la part d’Israël et des États-Unis, qui critiquent l’efficacité de la FINUL face à l’influence du Hezbollah.
La résolution 2749 engage « vivement tous les acteurs concernés à appliquer des mesures immédiates en vue d’une désescalade, notamment dans le but de rétablir le calme, la retenue et la stabilité de part et d’autre de la Ligne bleue ». Elle condamne explicitement les attaques contre les positions de la FINUL, rappelant l’obligation des parties de respecter la sécurité du personnel et des installations de l’ONU. « Le Conseil de sécurité est prisonnier de l’ère d’avant le 7 octobre », a critiqué la délégation israélienne, reprochant l’absence de mention explicite du Hezbollah dans le texte et accusant la FINUL de ne pas avoir empêché le réarmement du groupe chiite.
Sous la menace d’un veto américain, la résolution reflète un compromis fragile. La France et l’Italie ont insisté sur le rôle crucial de la FINUL pour éviter un vide sécuritaire, tandis qu’Israël et les États-Unis ont poussé pour limiter la mission. « Le contexte sécuritaire a changé, et le Liban doit assumer pleinement la sécurité de son territoire », a déclaré Dorothy Shea, ambassadrice par intérim des États-Unis à l’ONU. La résolution prévoit un soutien accru à l’armée libanaise pour qu’elle prenne le relais d’ici 2027, mais la faiblesse structurelle de cette dernière, minée par la crise économique, rend cette transition incertaine.
Un contexte géopolitique volatile
Le sud du Liban reste une zone de tensions extrêmes. Depuis la guerre de 2006, la FINUL surveille la Ligne bleue et assiste l’armée libanaise dans le rétablissement de l’autorité de l’État. Cependant, la crise économique et politique au Liban limite la capacité de l’armée à jouer ce rôle. Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, maintient une présence militaire significative, alimentant les tensions avec Israël, qui justifie ses opérations par la nécessité de neutraliser cette menace. Selon le ministère libanais de la Santé, plus de 2 000 personnes ont été tuées et 600 000 déplacées dans le sud du Liban depuis l’escalade de 2024.
Les attaques israéliennes contre la FINUL s’inscrivent dans ce climat de défiance. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a condamné ces incidents, déclarant : « Les Casques bleus risquent leur vie pour promouvoir la paix. Toute attaque contre eux est inacceptable. » Ces violations répétées de la résolution 1701, combinées à la perspective d’un retrait de la FINUL, soulèvent des inquiétudes sur l’avenir de la stabilité régionale.
Une mission sous pression constante
Avec 10 000 soldats issus de 49 pays, la FINUL opère dans des conditions périlleuses. Depuis sa création, elle a été confrontée à des attaques répétées. En 1978, un colonel français a été grièvement blessé dans une embuscade palestinienne. En 1983, une attaque du Hezbollah a tué 10 soldats, dont un Français. En 2006, quatre Casques bleus ont péri sous une bombe israélienne. Ces incidents historiques, combinés aux attaques récentes, illustrent les dangers constants auxquels la mission est exposée.
Le général de corps d’armée Aroldo Lázaro Sáenz, commandant de la FINUL depuis février 2022, maintient des canaux de communication avec les parties pour promouvoir la désescalade. Cependant, la multiplication des incidents, comme celui de Marwahin, complique cette tâche. « Nos soldats restent déployés sur toutes leurs positions, malgré les demandes israéliennes de retrait », a déclaré Andrea Tenenti, porte-parole de la FINUL.
Les défis d’une transition incertaine
La résolution 2749 met l’accent sur une transition vers une pleine souveraineté libanaise dans le sud. Cependant, l’armée libanaise, sous-financée et affaiblie par la crise économique, est loin d’être prête. Le Hezbollah, bien que fragilisé par les frappes israéliennes, conserve une influence significative. La présence continue d’Israël dans des zones stratégiques viole la résolution 1701, compliquant davantage la mission de la FINUL. Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, a souligné : « Une grande partie du sud du Liban est désormais inhabitable. Les violations de la résolution 1701 restent une source de préoccupation majeure. »
Une région au bord de l’escalade
Les bombardements israéliens ont détruit des villages entiers dans le sud du Liban, tandis que les roquettes du Hezbollah continuent de viser des zones civiles en Israël. La FINUL, malgré ses efforts pour coordonner l’aide humanitaire, est limitée par la suspension de ses patrouilles en raison des conditions sécuritaires. L’incident de Marwahin, survenu hier, met en lumière la fragilité du cessez-le-feu et les risques croissants pour les Casques bleus. Les pays contributeurs, dont la France, l’Italie et l’Inde, continuent d’appeler à une protection renforcée de la mission, tandis que les tensions diplomatiques s’intensifient face à l’inaction d’Israël pour expliquer ou cesser ces attaques.



