Le 3 septembre 2025, une série de frappes aériennes israéliennes a visé des positions dans le sud de la Syrie, près de la ville de Quneitra, à quelques kilomètres du plateau du Golan occupé. Ces opérations, menées sans revendication officielle, ont ciblé des infrastructures soupçonnées d’être utilisées par des milices pro-iraniennes, notamment des dépôts d’armes et des centres de commandement. Cet incident, le plus récent d’une longue série d’actions israéliennes dans la région, illustre une stratégie complexe visant à contrer l’influence iranienne tout en exerçant une pression indirecte sur le Hezbollah libanais. Dans un contexte de tensions régionales accrues, ces opérations soulèvent des questions sur leurs implications pour la stabilité du Liban, la souveraineté syrienne et les équilibres géopolitiques au Moyen-Orient.
Un nouvel épisode dans la guerre de l’ombre israélo-iranienne
Depuis plus d’une décennie, la Syrie est devenue un théâtre d’opérations pour une confrontation discrète mais intense entre Israël et l’Iran. Les frappes du 3 septembre 2025, qui ont détruit plusieurs cibles stratégiques dans la province de Quneitra, s’inscrivent dans cette dynamique. Selon des sources militaires syriennes, les attaques ont visé des installations près de la ville d’Al-Hamidiyeh, où des groupes affiliés au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien auraient établi des bases logistiques. Aucun bilan humain précis n’a été communiqué, mais l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a rapporté des explosions majeures suivies de mouvements de troupes syriennes dans la zone.
Ces opérations ne sont pas isolées. Depuis 2018, Israël a intensifié ses frappes aériennes en Syrie, visant à empêcher l’Iran de consolider un axe logistique reliant Téhéran à Beyrouth via Damas. Le plateau du Golan, occupé par Israël depuis 1967 et annexé en 1981, constitue un point stratégique pour Tel-Aviv. La présence de milices pro-iraniennes à proximité représente une menace directe, perçue comme une tentative de l’Iran d’établir un front avancé contre Israël. Lors d’une déclaration en août 2025, le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a réaffirmé l’engagement de son pays à « empêcher toute implantation militaire iranienne près de nos frontières », sans toutefois mentionner explicitement les frappes récentes.
Une stratégie de containment ciblée
Les frappes israéliennes dans le sud de la Syrie ne se limitent pas à des objectifs tactiques. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de containment visant à neutraliser l’influence iranienne et à limiter les capacités opérationnelles du Hezbollah. Les cibles choisies, souvent des dépôts d’armes ou des centres de communication, visent à perturber les chaînes d’approvisionnement en armes sophistiquées, notamment des missiles de précision, que l’Iran chercherait à fournir au Hezbollah via la Syrie.
La province de Quneitra, située à l’intersection du Golan, de la Syrie et du Liban, est particulièrement stratégique. Sa proximité avec le Liban permet aux milices pro-iraniennes de maintenir une continuité territoriale entre Damas et le sud du Liban, bastion du Hezbollah. En ciblant cette région, Israël cherche à briser cette continuité, créant ainsi une zone tampon de facto. Cette approche rappelle les opérations menées par Tsahal dans les années 1970 et 1980 au Liban, où l’objectif était de sécuriser les frontières israéliennes en neutralisant les menaces extérieures.
Un officier supérieur de l’armée israélienne, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré en juillet 2025 que « chaque missile qui transite par la Syrie vers le Liban est une ligne rouge ». Cette posture illustre la logique israélienne : empêcher la constitution d’un arsenal stratégique qui pourrait être utilisé par le Hezbollah dans un conflit futur. Les frappes du 3 septembre, qui ont visé des convois soupçonnés de transporter des armes, témoignent de cette volonté de maintenir une pression constante sur les réseaux logistiques iraniens.
Le Liban dans la ligne de mire
Si les frappes israéliennes se concentrent sur le territoire syrien, leurs répercussions se font sentir au Liban. Le Hezbollah, principal allié de l’Iran dans la région, dépend fortement des routes syriennes pour recevoir des armes et des financements. En perturbant ces réseaux, Israël exerce une pression indirecte sur l’organisation chiite, qui joue un rôle central dans la politique et la sécurité libanaises. Cette stratégie pourrait toutefois avoir des conséquences imprévues sur la stabilité du Liban, déjà fragilisé par une crise économique et politique sans précédent.
En août 2025, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a dénoncé les « agressions répétées d’Israël » en Syrie, accusant Tel-Aviv de chercher à « isoler le Liban et à affaiblir la résistance ». Ces déclarations, bien que fermes, n’ont pas été suivies d’une escalade militaire directe, signe de la prudence du Hezbollah face à la supériorité aérienne israélienne. Cependant, des analystes régionaux estiment que les frappes continues pourraient pousser l’organisation à répondre, soit par des attaques transfrontalières, soit par une intensification de ses activités en Syrie.
Le Liban, en tant que voisin immédiat, risque d’être entraîné dans ce conflit par ricochet. La porosité de la frontière syro-libanaise, combinée à la présence de milices pro-iraniennes des deux côtés, rend la région vulnérable à une escalade. En juin 2025, des affrontements mineurs entre le Hezbollah et des groupes armés syriens dans la région de Qalamoun, près de la frontière libanaise, ont illustré cette tension. Une source diplomatique libanaise, citée par l’Agence France-Presse, a averti que « toute déstabilisation en Syrie méridionale pourrait avoir des conséquences directes sur la sécurité au Liban ».
Une logique d’encerclement stratégique
Au-delà des frappes ponctuelles, les opérations israéliennes dans le sud de la Syrie semblent répondre à une logique d’encerclement stratégique. En ciblant les infrastructures iraniennes près du Golan, Israël cherche à établir une zone de sécurité militaire qui isole le Liban du théâtre syrien. Cette approche vise à limiter la capacité de l’Iran et du Hezbollah à opérer de manière coordonnée dans la région, tout en renforçant la position géopolitique d’Israël.
La création d’un cordon de sécurité dans le sud de la Syrie n’est pas sans précédent. Depuis 2011, Israël a maintenu une présence militaire discrète dans la zone démilitarisée du Golan, en violation des accords de cessez-le-feu de 1974. Des rapports de l’ONU, publiés en mai 2025, ont documenté des incursions régulières de Tsahal dans cette zone, officiellement pour « sécuriser les hauteurs stratégiques ». Ces incursions, combinées aux frappes aériennes, suggèrent une volonté de contrôler militairement la région sans occupation formelle.
Cette stratégie a des implications directes pour la souveraineté syrienne. Le gouvernement de Bachar el-Assad, affaibli par des années de guerre civile, n’a ni les moyens ni la volonté de s’opposer frontalement à Israël. Lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU le 10 août 2025, l’ambassadeur syrien auprès des Nations unies, Qusai al-Dahhak, a dénoncé les « violations répétées de la souveraineté syrienne par Israël », appelant à une condamnation internationale. Cette déclaration, bien que symbolique, n’a pas entraîné de mesures concrètes, la Russie et la Chine, alliées de Damas, se contentant de réitérer leur soutien sans escalader le dossier.
Les défis de la FINUL et de l’ONU
Les opérations israéliennes dans le sud de la Syrie compliquent également le rôle de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et de l’Organisme des Nations unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST). La FINUL, déployée au sud du Liban pour maintenir la paix le long de la frontière avec Israël, se trouve dans une position délicate. Les tensions croissantes entre Israël et le Hezbollah, exacerbées par les frappes en Syrie, augmentent le risque d’incidents transfrontaliers. En juillet 2025, un obus tiré depuis le territoire libanais a atterri près d’une position de la FINUL, sans faire de victimes, mais illustrant la fragilité de la situation.
L’ONUST, chargée de superviser le cessez-le-feu dans le Golan, a également signalé une augmentation des violations israéliennes dans la zone démilitarisée. Un rapport de l’ONU daté du 15 août 2025 a noté des survols réguliers de drones israéliens au-dessus de Quneitra, en violation des accords de 1974. Ces incidents, bien que techniques, soulignent la difficulté pour les Nations unies de faire respecter les résolutions internationales dans un contexte où les grandes puissances restent divisées.
Une région sous haute tension
Les frappes du 3 septembre 2025 dans le sud de la Syrie ne sont qu’un épisode d’une confrontation plus large entre Israël, l’Iran et leurs alliés respectifs. En visant les infrastructures pro-iraniennes, Israël cherche à maintenir un avantage stratégique tout en évitant une guerre ouverte. Cette approche, bien que tactiquement efficace, comporte des risques. Une erreur de calcul, comme une frappe causant des pertes civiles importantes ou une réponse militaire du Hezbollah, pourrait déclencher une escalade incontrôlée.
Le Liban, déjà fragilisé par des crises internes, reste particulièrement vulnérable. La dépendance du Hezbollah vis-à-vis de l’Iran et de la Syrie pour son approvisionnement en armes place le pays dans une position précaire. Toute intensification des hostilités pourrait exacerber les tensions internes et menacer la fragile coexistence entre les différentes communautés libanaises.
En Syrie, la souveraineté du gouvernement de Damas est mise à rude épreuve. Les frappes israéliennes, bien que ciblées, affaiblissent davantage un État déjà morcelé. La Russie, principal soutien de Bachar el-Assad, a jusqu’à présent toléré les opérations israéliennes, à condition qu’elles ne menacent pas directement ses propres intérêts en Syrie. Cette tolérance pourrait toutefois s’éroder si les frappes israéliennes venaient à perturber l’équilibre précaire maintenu par Moscou dans la région.
Les événements du 3 septembre 2025 à Quneitra illustrent la complexité des dynamiques régionales. Alors qu’Israël poursuit sa stratégie d’encerclement et de containment, les répercussions se font sentir bien au-delà des frontières syriennes, affectant le Liban, les équilibres de pouvoir au Moyen-Orient et le rôle des acteurs internationaux comme l’ONU. La situation reste volatile, marquée par une guerre de l’ombre dont les enjeux dépassent largement les objectifs militaires immédiats.



