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Beyrouth : le gouvernement ordonne le monopole des armes à l’État

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Le gouvernement libanais a franchi jeudi une étape politique majeure. A l’issue d’un Conseil des ministres tenu au palais de Baabda sous la présidence du chef de l’Etat Joseph Aoun, l’exécutif a demandé à l’armée libanaise et aux forces de sécurité de commencer immédiatement à renforcer le contrôle total de l’Etat sur le gouvernorat de Beyrouth et d’y réserver les armes aux seules forces légitimes. Dans le même temps, le cabinet de Nawaf Salam a décidé de déposer une plainte urgente devant le Conseil de sécurité des Nations unies après les frappes israéliennes de mercredi, notamment sur la capitale. La double décision intervient au lendemain d’une journée marquée par un lourd bilan humain, une forte tension diplomatique autour du cessez-le-feu régional et un durcissement du discours officiel libanais sur la souveraineté de l’Etat.

Le ton a été donné dès l’ouverture de la séance. Joseph Aoun a exprimé la lassitude du pouvoir face aux condamnations sans effets concrets. « Nous sommes fatigués des formules de condamnation », a-t-il lancé en substance au début du Conseil des ministres. Le président a rappelé que l’ensemble des responsables libanais espéraient voir le cessez-le-feu inclure le Liban, avant de constater que les déclarations publiques allaient dans une autre direction. Dans le même temps, il a insisté sur les contacts menés avec Nawaf Salam auprès de plusieurs pays amis afin d’obtenir pour le Liban « la meme chance » que celle accordée aux Etats-Unis et à l’Iran, c’est-à-dire une possibilité d’aller vers un arrêt des hostilités puis vers des négociations.

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Mais c’est surtout une autre phrase de Joseph Aoun qui a donné son sens politique à la journée. « Nous sommes un Etat, nous avons une entité, nous existons, et c’est l’Etat qui négocie. Nous n’acceptons pas que quelqu’un d’autre négocie à notre place. » Cette déclaration résume la ligne adoptée par le pouvoir libanais : la souveraineté ne se limite pas au territoire ou au droit international, elle concerne aussi la parole politique, la représentation diplomatique et, désormais, la question des armes dans la capitale. En quelques mots, le chef de l’Etat a relié les deux dimensions de la crise. D’un côté, personne ne doit parler au nom du Liban sur le plan régional. De l’autre, l’Etat entend réaffirmer qu’à Beyrouth, l’arme doit relever des seules autorités légitimes.

Une décision immédiate sur les armes à Beyrouth

Au terme de la réunion, Nawaf Salam a exposé les décisions du gouvernement dans une formulation très directe. « Afin de préserver la sécurité des citoyens, leur sureté et leurs biens, il est demandé à l’armée et aux forces de sécurité de commencer immédiatement à renforcer le contrôle total de l’Etat sur le gouvernorat de Beyrouth et d’y limiter les armes aux seules forces légitimes », a déclaré le Premier ministre.

Le choix des mots est important. Le gouvernement ne parle pas d’une perspective lointaine ni d’un objectif général. Il donne une instruction immédiate. Il ne demande pas seulement davantage de présence sécuritaire. Il demande de « commencer immédiatement » à renforcer le contrôle total de l’Etat. Et il ne parle pas d’une réduction progressive des armes en général. Il exige qu’à Beyrouth, les armes soient limitées « aux seules forces légitimes ».

La décision s’appuie explicitement sur le document d’entente nationale, connu comme l’accord de Taef, ainsi que sur les décisions antérieures du Conseil des ministres. Dans le communiqué gouvernemental, cette référence n’est pas décorative. Elle vise à inscrire la mesure dans une continuité institutionnelle et non dans un geste improvisé né de la seule émotion du moment. Le gouvernement veut montrer que sa décision est à la fois politique, sécuritaire et juridique.

Le texte va plus loin. Il demande aussi un durcissement dans l’application des lois, la prise de « toutes les mesures requises » contre les contrevenants et leur renvoi devant la justice compétente. Autrement dit, la décision ne se limite pas à un affichage. Elle annonce aussi un volet de mise en oeuvre, au moins dans l’intention, avec des suites judiciaires pour les violations constatées.

Pourquoi Beyrouth est visée en premier

Le fait que la mesure concerne d’abord Beyrouth donne à la décision sa portée la plus visible. La capitale concentre les institutions, les sièges du pouvoir, les représentations diplomatiques et une grande partie de l’activité nationale. C’est aussi l’espace où la souveraineté de l’Etat est la plus observée, à l’intérieur comme à l’extérieur. En choisissant Beyrouth comme terrain d’application immédiat, le gouvernement cherche clairement à envoyer un signal fort.

Dans la séquence actuelle, ce choix a aussi une signification pratique. Beyrouth a été touchée par les frappes israéliennes de mercredi. Le pouvoir veut donc éviter que la capitale apparaisse uniquement comme une ville frappée, blessée ou vulnérable. Il veut la présenter aussi comme le lieu où l’Etat réaffirme son autorité. Ce n’est pas un détail de communication. Dans une période où le Liban tente de convaincre ses partenaires qu’il reste un interlocuteur politique et institutionnel crédible, la maîtrise de la capitale devient un argument central.

La formule utilisée par Nawaf Salam, « renforcer le contrôle total de l’Etat », montre bien l’ambition du message. Il ne s’agit pas seulement de sécuriser des quartiers sensibles ou de multiplier les patrouilles. Il s’agit de réaffirmer un principe : la capitale doit relever de l’autorité exclusive des forces légitimes. Dans le contexte libanais, cette phrase a évidemment une portée politique plus large que sa seule lecture administrative.

Joseph Aoun : « Nous n’acceptons pas que quelqu’un négocie à notre place »

Le discours du président de la République éclaire le sens de la décision gouvernementale. Joseph Aoun a insisté sur l’idée que le Liban ne peut pas être traité comme un simple objet des négociations régionales. « L’Etat est celui qui négocie », a-t-il martelé. « Nous ne voulons pas que quelqu’un négocie à notre place. C’est une chose que nous n’acceptons pas. »

Cette déclaration s’inscrit dans un moment où le Liban a eu le sentiment d’être laissé à la marge d’un cessez-le-feu annoncé entre Washington et Téhéran, puis rapidement redéfini sans lui. En affirmant que personne ne peut parler au nom du Liban, Joseph Aoun cherche à rétablir une hiérarchie claire : les décisions concernant le pays doivent passer par ses institutions. Son propos vaut sur le terrain diplomatique. Mais il éclaire aussi la décision sur les armes à Beyrouth. Car un Etat qui revendique le droit exclusif de négocier revendique aussi, logiquement, le droit exclusif d’exercer l’autorité armée sur sa capitale.

Le président a également salué le travail des ministères, de l’armée, des forces de sécurité, des pompiers, de la Défense civile, de la Croix-Rouge et des organisations internationales qui ont contribué à atténuer les conséquences des attaques israéliennes. Il a rendu hommage à ceux qui sont tombés en accomplissant leur devoir. Ce passage a son importance. Joseph Aoun a voulu montrer un Etat à l’oeuvre, solidaire dans l’urgence, capable d’action collective malgré la violence des frappes.

Nawaf Salam ouvre deux fronts : sécurité intérieure et plainte à l’ONU

Le Conseil des ministres n’a pas seulement pris une décision sur Beyrouth. Il a aussi décidé de déposer « une plainte urgente devant le Conseil de sécurité » contre les attaques israéliennes et leur extension mercredi 8 avril, « notamment dans la capitale Beyrouth », selon les termes du chef du gouvernement.

Dans sa déclaration, Nawaf Salam a souligné que cette escalade s’était produite « face à toutes les tentatives internationales et régionales visant à arrêter la guerre dans la région ». Il a aussi accusé Israël de piétiner les principes du droit international et du droit international humanitaire, et même d’en aggraver la violation.

Là encore, la logique gouvernementale est claire. Le pouvoir libanais ne veut pas séparer la réponse intérieure de la réponse extérieure. Il combine une décision sur l’autorité de l’Etat à Beyrouth avec une offensive diplomatique contre Israël devant les Nations unies. En d’autres termes, il répond à la guerre sur deux plans en meme temps : l’ordre intérieur et la scène internationale.

Le bureau de Nawaf Salam a donné à cette démarche une tonalité très dure. Il s’agit, selon sa formulation, de « mobiliser toutes les ressources politiques et diplomatiques du Liban pour arrêter la machine à tuer israélienne ». Cette phrase, très forte, montre que le gouvernement ne veut pas limiter sa réaction à un langage technique ou procédural. Il veut qualifier politiquement les frappes de la veille et transformer ce choc en initiative diplomatique.

Une décision au lendemain d’une journée sanglante

Le contexte est essentiel pour comprendre la portée de la réunion gouvernementale. Mercredi, le Liban a subi une série de frappes israéliennes particulièrement meurtrières. Le bilan communiqué par le ministère libanais de la Santé s’est établi à 182 morts et 890 blessés. D’autres chiffres ont circulé ensuite, mais ce bilan officiel suffit à mesurer l’ampleur du drame qui a précédé la séance du Conseil des ministres.

Nawaf Salam a explicitement relié les décisions du cabinet à cette journée du 8 avril. La plainte au Conseil de sécurité vise « les agressions israéliennes d’hier », a-t-il dit, en insistant sur leur intensification et leur extension, particulièrement à Beyrouth. Le gouvernement cherche donc à faire du 8 avril une date politique, pas seulement une date tragique. Il veut transformer les frappes de mercredi en point de bascule, à la fois sur la scène diplomatique et sur la question du contrôle de l’Etat dans la capitale.

Ce lien est central. La décision sur les armes à Beyrouth n’est pas présentée comme une réforme abstraite. Elle intervient dans un moment de guerre, juste après une journée de frappes massives. Cela lui donne un poids particulier. Pour le gouvernement, renforcer l’autorité de l’Etat dans la capitale devient aussi une façon de répondre à la fragilité mise en lumière par les bombardements.

Le langage du pouvoir a changé

Les propos de Joseph Aoun et de Nawaf Salam montrent un durcissement du langage officiel. Le président dit sa fatigue devant les simples condamnations. Le Premier ministre parle de « machine à tuer israélienne ». Le gouvernement évoque un recours immédiat au Conseil de sécurité. Et surtout, l’exécutif donne une instruction sécuritaire explicite sur Beyrouth.

Ce changement de ton est notable. Pendant longtemps, la parole officielle libanaise a souvent oscillé entre condamnation, appel au calme et demande d’aide extérieure. Jeudi, le vocabulaire reste diplomatique, mais il devient aussi plus affirmatif. L’Etat dit ce qu’il veut sur son territoire. Il dit qui doit négocier en son nom. Il dit à qui doivent revenir les armes dans sa capitale.

Le fait que ces messages sortent d’un Conseil des ministres présidé par Joseph Aoun leur donne aussi une signification institutionnelle plus large. Il ne s’agit pas d’une déclaration isolée d’un ministre ou d’un responsable partisan. Il s’agit d’une ligne formalisée au plus haut niveau de l’exécutif.

Une référence explicite à l’accord de Taef

Le communiqué gouvernemental prend soin de mentionner le document d’entente nationale, connu comme l’accord de Taef. Ce point mérite d’être souligné, car il montre que l’exécutif cherche à ancrer sa décision dans le cadre fondateur de l’après-guerre libanaise.

En rappelant Taef, le gouvernement ne parle pas seulement d’une urgence liée aux frappes israéliennes. Il inscrit sa décision dans la logique historique du renforcement de l’Etat et du monopole de la force publique. Cela permet aussi de présenter la mesure non comme une initiative conjoncturelle contre tel ou tel acteur, mais comme une application d’un principe déjà reconnu dans le système politique libanais.

Dans les faits, chacun comprend que la question des armes au Liban renvoie à un dossier bien plus large et plus sensible. Mais sur le plan institutionnel, l’exécutif a choisi une formulation claire : la décision concerne Beyrouth, elle se fonde sur Taef, elle vise la sécurité des citoyens et elle réserve les armes aux forces légitimes.

Le gouvernement veut réinstaller l’Etat au centre

Joseph Aoun a insisté sur les efforts conjoints des ministères, des forces de sécurité, de l’armée, de la Défense civile, du Croissant-Rouge et des partenaires internationaux pour atténuer les conséquences des frappes. Ce passage ne doit pas être négligé. Il complète le reste de la séquence. Le président cherche à dresser l’image d’un Etat qui agit, secourt, coordonne et décide.

C’est dans cette logique qu’il faut lire l’ordre donné à l’armée et aux forces de sécurité. L’objectif n’est pas seulement de produire un effet d’annonce. C’est aussi de replacer l’Etat au centre du récit national, au moment où la guerre et les acteurs armés non étatiques ont souvent occupé le devant de la scène.

Nawaf Salam suit la même ligne. Son discours combine protection des citoyens, plainte à l’ONU et restauration de l’autorité légitime dans la capitale. L’Etat, dans cette présentation, n’est plus seulement un gestionnaire de crise ou un relais diplomatique. Il se veut acteur direct du rétablissement de l’ordre public et de la souveraineté.

Une étape politique, pas encore un aboutissement

Le caractère journalistique impose de distinguer l’annonce de sa mise en oeuvre. Ce que le gouvernement a décidé jeudi est incontestablement important. Mais ce qui reste à observer, désormais, ce sont les mesures concrètes qui seront prises à Beyrouth.

Le texte officiel parle d’un début immédiat. Il faudra donc regarder comment l’armée et les forces de sécurité traduiront cet ordre : présence renforcée, contrôle accru, mesures judiciaires, application plus stricte des lois. A ce stade, le Conseil des ministres a fixé une orientation et un cadre politique. L’exécution, elle, appartiendra aux appareils sécuritaires et au suivi gouvernemental.

Cela n’enlève rien au poids de la décision. Dans le Liban de ce 9 avril, alors que le pays sort d’une journée de frappes meurtrières et tente de se faire entendre sur la scène internationale, le fait que le gouvernement lie explicitement Beyrouth, les armes légales et l’autorité de l’Etat constitue déjà un tournant.

Une capitale sous le signe de la souveraineté

Le message du jour peut se résumer simplement. Pour le gouvernement libanais, Beyrouth ne doit plus être un espace d’ambiguïté sur la question des armes. Elle doit redevenir le lieu le plus évident de l’autorité publique. Dans le même temps, le Liban ne veut plus que d’autres parlent à sa place sur le plan diplomatique. Il veut porter lui-même sa plainte contre Israël devant le Conseil de sécurité et défendre lui-même sa place dans toute négociation régionale.

En quelques heures, Joseph Aoun et Nawaf Salam ont donc articulé trois idées fortes : l’Etat seul négocie, l’Etat seul doit exercer la force légitime dans Beyrouth, et l’Etat libanais répondra politiquement aux frappes israéliennes. C’est cette cohérence qui fait de la séance de jeudi un moment important de la séquence actuelle.

La suite dépendra des actes. Mais sur le plan politique, le signal est déjà net : au lendemain des bombardements, le pouvoir libanais a choisi de répondre non seulement par la plainte et la condamnation, mais aussi par une réaffirmation directe de l’autorité de l’Etat dans sa capitale

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