La querelle autour de la loi électorale dégénère à la ChambreLa séance de lundi a basculé en conflit ouvert dans l’hémicycle. Le président de l’Assemblée, Nabih Berri, a interrompu le débat en menaçant d’ajournement après une vive querelle entre blocs concernant la loi électorale et le droit de vote des expatriés. Le député Ali Hassan Khalil, membre du bloc Amal, a accusé les Forces libanaises (LF) de vouloir faire échouer les élections après leur retrait de la sous‑commission électorale. Cette accusation a déclenché des applaudissements ironiques des députés LF, que Khalil a qualifiés d’insulte « honteuse ». Georges Adwan, député LF, a alors répliqué que son bloc refusait de participer à des travaux sans mise à l’agenda de la loi électorale prioritaire.
L’opposition claque la porte, le quorum tombe
Le président du Kataeb, Sami Gemayel, a interrogé le ministre de l’Intérieur sur la faisabilité d’organiser les élections selon le cadre légal actuel. Face à la réponse négative, il a exigé que le texte soit débattu. Berri a refusé. En réaction, les députés du Kataeb et d’autres blocs de l’opposition ont quitté la salle, faisant tomber le quorum. Gemayel a mis en garde : sans réforme, le vote diaspora risque d’être supprimé ou vidé de son sens.
La fracture autour du vote des expatriés
Le droit de vote des Libanais de l’étranger est au cœur de la controverse. La loi électorale actuelle prévoit six sièges spécifiques pour les expatriés, mais cette disposition n’a jamais été appliquée. En 2018 et 2022, les expatriés ont voté dans leur circonscription d’origine, ce qui a renforcé le poids des candidats indépendants et réformateurs. Certains blocs proches du pouvoir souhaitent activer la clause des six sièges, estimant que la diaspora vote majoritairement contre eux. Cette controverse est d’autant plus sensible que dans plusieurs pays d’accueil, certains partis libanais sont classés comme organisations terroristes, notamment le Hezbollah. Cela complique leur campagne électorale à l’étranger, voire la rend juridiquement ou diplomatiquement impossible. Cette réalité crée une inégalité structurelle entre les candidats et remet en question l’équité du scrutin dans certaines juridictions.
Une loi électorale confessionnelle sous tension
Le système électoral libanais repose sur un équilibre confessionnel complexe : 128 sièges, répartis à parité entre musulmans et chrétiens, avec une répartition confessionnelle dans chaque circonscription. La loi 44/2017 a introduit une dose de proportionnelle et un vote préférentiel, mais le découpage des circonscriptions reste critiqué pour favoriser les grands partis. La réforme du vote diaspora est ainsi perçue comme un levier pour rééquilibrer le jeu électoral.
Le pouvoir d’agenda de Nabih Berri en accusation
Le président du Parlement détient un pouvoir central : seul Berri peut inscrire les projets à l’ordre du jour. Plusieurs amendements portés par des députés de l’opposition, visant à restaurer le vote diaspora généralisé, ont été écartés. Ce verrouillage est dénoncé comme une stratégie pour empêcher un basculement des équilibres parlementaires.
Quatre scénarios à l’horizon des élections de 2026
Le blocage actuel laisse entrevoir quatre perspectives. 1. Blocage persistant et report des élections faute de quorum ou de texte voté. 2. Compromis minimal : maintien de la loi actuelle, avec application des six sièges diaspora. 3. Réforme élargie : retour au vote dans les circonscriptions d’origine pour les expatriés, impliquant un accord politique majeur. 4. Mobilisation citoyenne ou pression de la diaspora, avec risque d’interventions internationales ou de contestation de la légitimité du scrutin.
Une crise de représentativité en cours
La séance de lundi n’est pas un incident isolé. Elle révèle l’impasse institutionnelle sur la participation politique de la diaspora et la capacité du Parlement à se réformer. La légitimité des prochaines élections dépendra de la manière dont cette loi sera débattue, amendée ou imposée. Aux yeux de nombreux Libanais, notamment à l’étranger, le droit de vote est une revendication démocratique non négociable. La balle est désormais dans le camp des blocs parlementaires.



