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Casino du Liban : argent sale, pouvoir et silences d’État

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Une affaire relancée par des révélations explosives

Le 8 juillet 2025, un article signé Aouni Kaaki a ravivé l’attention autour du Casino du Liban, cette institution emblématique de la vie nocturne et économique du pays. Le journaliste y dévoile de nouvelles accusations impliquant des flux suspects à travers la plateforme numérique de jeux en ligne associée à l’établissement. Selon ses informations, ces opérations relèveraient d’un système de blanchiment d’argent à grande échelle, masqué derrière des contrats opaques avec des sociétés privées, et échappant au contrôle direct du ministère des Finances.

Cette plateforme, connue sous le nom d’OSS, aurait servi d’interface pour des transactions irrégulières, certaines ayant transité par des circuits proches d’institutions financières non bancaires, comme OMT. Ces révélations s’appuient notamment sur des documents internes et des témoignages recueillis auprès d’anciens employés du casino, aujourd’hui devenus plaignants.

Des plaintes ciblant des acteurs de l’ancienne gouvernance

Parmi les éléments nouveaux évoqués, figurent plusieurs plaintes déposées devant le parquet financier. Les noms de S. Ayyash, H. Mar’i et H. Anissi apparaissent dans les premiers documents transmis aux autorités. Tous trois sont soit témoins directs, soit plaignants dans cette affaire. Ils évoquent des détournements de fonds réguliers, des paiements fictifs et des primes illégales accordées à certains cadres dirigeants.

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Les plaignants pointent du doigt une gestion parallèle de l’établissement, rendue possible par l’absence de contrôle institutionnel effectif. Ils accusent également plusieurs membres du conseil d’administration de l’époque d’avoir couvert ces pratiques, parfois en échange de rémunérations ou de postes dans des sociétés partenaires du Casino. Cette situation, tolérée voire encouragée selon certaines sources, s’inscrit dans un système plus vaste de gouvernance informelle ayant prévalu jusqu’à la chute de Riad Salamé.

Une plateforme numérique au cœur des soupçons

Le cœur technique de l’affaire repose sur la plateforme OSS, qui centralisait les activités de jeux en ligne du Casino. Ce système, censé offrir transparence et traçabilité, aurait en réalité permis le contournement des circuits de surveillance bancaire. Les transactions, traitées par des prestataires extérieurs, échappaient en grande partie aux obligations de déclaration imposées par la Banque du Liban et la Commission de contrôle des jeux.

Certaines opérations ont même été exécutées via des portefeuilles numériques liés à des prestataires off-shore. Des versements importants ont ainsi été fragmentés en micro-transactions pour éviter d’atteindre les seuils de signalement automatique. Ce mode opératoire, classique dans les schémas de blanchiment, rend la traçabilité difficile, d’autant que plusieurs des sociétés prestataires sont domiciliées dans des juridictions peu coopératives.

Connexions politiques et protection institutionnelle

L’article suggère que ces pratiques ne pourraient avoir perduré sans un certain degré de couverture politique. Des figures de l’ancien système, proches du cercle de Riad Salamé, sont évoquées sans être nommément accusées. Leur rôle aurait été d’assurer la stabilité du dispositif en bloquant toute tentative d’audit ou de contrôle extérieur, en particulier ceux pouvant émaner du ministère des Finances.

Les tensions autour du Casino ne sont pas nouvelles. L’établissement a longtemps été une zone grise entre public et privé, avec un statut juridique hybride et une gouvernance partagée entre l’État et des actionnaires privés. Cette situation a favorisé une forme de clientélisme institutionnalisé, dans lequel les postes de direction étaient l’objet de marchandages politiques constants. La plateforme OSS, en ajoutant une couche technologique peu régulée, aurait facilité le maintien de cette opacité.

Un ministère des Finances passif ou complice ?

L’absence de supervision active par le ministère des Finances est au centre des critiques. Selon les témoignages recueillis, plusieurs tentatives de contrôle interne auraient été bloquées ou reportées sans justification, notamment entre 2021 et 2023. Les responsables techniques du ministère auraient reçu des consignes verbales de ne pas interférer dans la gestion du Casino, en invoquant des « accords de délégation » passés avec des prestataires privés.

Ce laxisme institutionnel a renforcé le sentiment d’impunité au sein de l’établissement. Certaines sources évoquent même des complicités actives, allant de l’acceptation tacite de la sous-déclaration des revenus à la manipulation des bilans financiers. Des données auraient été délibérément exclues des rapports trimestriels envoyés aux autorités fiscales.

Des ramifications au-delà du Casino

Au-delà de l’établissement lui-même, l’enquête journalistique pointe vers un réseau plus large de collusions financières. Des flux suspects auraient été redirigés vers des sociétés immobilières, des firmes de conseil en gestion de patrimoine, et des plateformes de transfert d’argent opérant à l’échelle régionale. Parmi les circuits évoqués, figure notamment l’usage de services comme OMT pour transférer des montants fragmentés à l’étranger, parfois sans pièces justificatives conformes.

Certains versements auraient été associés à des opérations immobilières dans des zones de forte valeur foncière au Liban, laissant penser que le blanchiment se poursuivait par la transformation de liquidités illicites en actifs tangibles. Ce type de montage est régulièrement utilisé pour recycler les revenus issus de jeux illégaux ou de détournements de fonds publics.

Une institution en quête de légitimité

Le Casino du Liban se trouve aujourd’hui dans une position délicate. En dépit des scandales récurrents, il demeure l’un des principaux pourvoyeurs de recettes touristiques et fiscales du pays. La direction actuelle, nommée en 2024, affirme vouloir rompre avec les pratiques du passé et mettre en place une gouvernance plus transparente. Plusieurs audits ont été commandés à des cabinets indépendants, mais leurs résultats n’ont pas encore été rendus publics.

La plateforme OSS a été partiellement suspendue le temps de l’enquête, mais certaines activités en ligne demeurent actives. La question d’une fermeture temporaire ou d’une restructuration profonde est en débat au sein du gouvernement, divisé entre partisans d’une réforme interne et partisans d’un démantèlement progressif.

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Newsdesk Libnanews
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