Une chute sur cinq ans, avec un repère clair: 2018
La baisse est décrite comme massive et durable. Le recul du chiffre d’affaires est estimé à 80% sur cinq ans. Le niveau actuel est présenté comme inférieur à 70% de ce qu’il était en 2018. Ces repères donnent une échelle. Ils traduisent aussi un basculement. Il ne s’agit plus d’un ralentissement temporaire. Il s’agit d’un affaiblissement structurel du commerce, qui se prolonge dans le temps.
La durée est, ici, l’élément central. Cinq ans signifient que plusieurs cycles commerciaux se sont déroulés sans retour à la normale. Une entreprise peut absorber un choc court en réduisant ses marges ou en s’endettant. Elle le fait plus difficilement quand le choc s’installe. La baisse devient une nouvelle base. Le commerce s’adapte en réduisant l’ambition et en limitant les risques.
Le témoignage met l’accent sur un second point: la baisse des ventes ne s’est pas accompagnée d’une baisse des coûts. Au contraire, les charges ont augmenté. La crise est donc double. Elle touche le chiffre d’affaires et elle gonfle les dépenses. Cette combinaison pèse plus lourd qu’une baisse seule. Elle retire au commerçant sa capacité à compenser.
La référence à 2018 a aussi un effet de comparaison immédiat. Elle rappelle une période où les entreprises pouvaient prévoir, fixer des budgets et gérer les stocks avec une relative stabilité. Quand le repère devient un passé lointain, le commerce entre dans une logique de survie. L’objectif n’est plus de grandir. L’objectif devient de tenir.
Les coûts cités comme cause directe: énergie, électricité, transport
Trois postes reviennent comme explication centrale. L’énergie, l’électricité et le transport. Ils sont présentés comme des charges qui ont grimpé au point de changer “l’équation” du commerce. L’idée est simple. Même si un commerçant vend, il vend avec une marge qui se rétrécit, car ses coûts de fonctionnement augmentent.
L’énergie pèse sur l’activité quotidienne. Elle concerne l’éclairage, la réfrigération, la climatisation, le fonctionnement de certains équipements, et parfois la simple ouverture d’un local. Quand l’énergie devient chère et instable, le commerce perd sa capacité à calculer. Le prix de vente devient un pari. La marge devient fragile.
L’électricité est citée comme un poste séparé, ce qui souligne son poids constant. Une facture régulière, même si l’activité baisse, ne baisse pas nécessairement au même rythme. Le commerçant se retrouve alors dans une situation fréquente: moins de ventes, mais des dépenses incompressibles. Cela pousse à réduire des horaires, à réduire des services, ou à limiter des investissements de base.
Le transport est le troisième pilier. Il touche l’approvisionnement, la livraison et la distribution. Une hausse du transport augmente le coût d’un produit avant même qu’il arrive en rayon. Ensuite, ce coût se transmet, soit dans le prix, soit dans la marge. Dans les deux cas, le commerce se fragilise. S’il augmente les prix, il perd des clients. S’il garde les prix, il perd sa rentabilité.
Une reprise concentrée sur la période des fêtes, insuffisante pour reconstruire une année
Le témoignage décrit un moment de respiration limité à la période des fêtes. Cette reprise est présentée comme la seule fenêtre récente où le secteur a pu “reprendre souffle”. Le point important est sa brièveté. Une période favorable peut améliorer la trésorerie. Elle ne corrige pas une tendance sur cinq ans.
Cette reprise courte a une conséquence directe sur la gestion. Beaucoup de commerces achètent davantage avant cette période, dans l’espoir d’un surcroît de ventes. Cela implique un risque. Si la demande suit, l’entreprise se stabilise. Si la demande est moyenne, elle se retrouve avec du stock et moins de liquidités. En crise, ce risque devient plus dangereux, car l’accès au financement est limité et les coûts tournent vite.
Le témoignage insiste sur l’instabilité comme problème principal. Un secteur ne peut pas se construire sur des cycles faits uniquement de pics et de creux. Le commerce a besoin de régularité. Il a besoin d’un minimum de prévisibilité. Sans cela, la stratégie se réduit à l’urgence. Elle devient défensive. Elle empêche d’embaucher et d’investir.
Le résultat est visible dans le comportement. Les commerçants limitent les commandes. Ils réduisent les nouveautés. Ils évitent les stocks longs. Ils privilégient la rotation rapide. Cette prudence protège à court terme. Elle empêche, à long terme, la reprise d’un tissu commercial capable de créer de la croissance.
“Modeste” et “prudent”: le commerce reste dépendant du pouvoir d’achat
Une autre analyse décrit la trajectoire du commerce comme un développement modeste et prudent, sous condition. La condition principale est le pouvoir d’achat des Libanais. La formulation avertit qu’une dégradation de ce pouvoir d’achat pèse immédiatement sur la demande. Dans un pays où la consommation dépend fortement des revenus disponibles, le commerce est un baromètre. Il réagit avant les statistiques.
Le pouvoir d’achat agit par micro-effets. Quand les prix montent, les quantités baissent. Quand les dépenses contraintes augmentent, les dépenses non essentielles reculent. Le commerce se retrouve donc dans une zone fragile. Il dépend d’un équilibre très fin entre prix, salaires et coûts. Quand l’un des trois se dérègle, la demande se contracte.
Cette prudence s’accompagne d’un changement de relation avec le client. Le client compare plus. Il négocie plus. Il achète en petites quantités. Il choisit parfois le strict nécessaire. Ce mouvement ne se traduit pas forcément par un effondrement immédiat. Il se traduit par une baisse lente, mais continue, et par une pression sur les marges.
Pour le commerçant, l’incertitude devient une règle de gestion. Le stock est limité. Les investissements sont reportés. Les embauches sont évitées. Cette attitude est rationnelle dans un environnement instable. Elle entretient toutefois un cercle. Moins d’investissement signifie moins d’offre et moins de dynamisme. La reprise reste alors fragile et dépendante de moments exceptionnels.
Inflation et énergie: la menace qui transforme une crise commerciale en crise sociale
Une alerte est formulée sur une hausse des prix jugée inquiétante. Elle est reliée à une hausse possible des prix du pétrole et du gaz, dans un contexte international tendu. Le mécanisme décrit est direct. Quand l’énergie augmente, les coûts de production augmentent. Le transport augmente. L’assurance peut augmenter. Les prix finaux montent.
Pour le commerce, ce mécanisme est un piège. Il subit le coût d’abord. Il subit ensuite la baisse de la demande. L’inflation ne touche pas seulement le panier du consommateur. Elle touche le modèle du commerçant. Elle réduit la rotation des produits. Elle augmente les invendus. Elle fragilise les trésoreries.
Cette pression s’étend à plusieurs secteurs. L’analyse mentionne des défis pour l’industrie, liés à l’exportation, au transport et à l’assurance. Ces difficultés finissent par se répercuter sur le commerce. Quand l’industrie paye plus cher, elle vend plus cher. Quand l’importation coûte plus cher, les prix augmentent. Le commerce devient alors le lieu où se voit la crise, en rayon et à la caisse.
Le risque final est social. Une hausse des prix dans un pays où le pouvoir d’achat est fragile pousse les ménages à réduire. Le commerce devient plus prudent. Les emplois deviennent plus précaires. La spirale peut s’installer. L’article économique insiste précisément sur cette dépendance au pouvoir d’achat.
Ce que la baisse de 80% raconte, au-delà des chiffres
Une baisse de 80% sur cinq ans dit d’abord que la crise a changé les habitudes. Elle dit aussi que la consommation ne se rétablit pas automatiquement quand un moment favorable survient. La période des fêtes, même positive, ne suffit pas. Une reprise durable exige un environnement stable, des coûts maîtrisés et une demande soutenue.
Elle dit ensuite que le commerce ne peut pas porter seul la reprise. Quand l’énergie, l’électricité et le transport augmentent, l’entreprise n’a pas de marge de manœuvre. Elle ne peut pas absorber. Elle répercute. Or la répercussion réduit la demande. C’est une logique de verrou.
Elle dit enfin que la crise commerciale est un indicateur avancé. Elle révèle une société sous pression, où chaque hausse de coût se transforme en contrainte immédiate. Elle révèle aussi un État qui peine à offrir des conditions de stabilité. Tant que la stabilité reste faible, le commerce restera un secteur de prudence, même quand certains moments donnent l’illusion d’un retour.

