La Fédération des enseignants contractuels de l’enseignement primaire public au Liban (CTLP – Comité actif) a dénoncé une décision prise par le ministère de l’Éducation et l’UNICEF visant à mettre fin aux contrats de 2000 enseignants recrutés sous contrat spécial, les laissant sans emploi après dix ans de service. Cette mesure, qualifiée de « massacre éducatif » par la Fédération, survient alors que le Liban traverse une crise financière et éducative sans précédent.
Ces enseignants, initialement recrutés en 2014 sous l’appellation « enseignants recrutés sous contrat spécial », étaient principalement employés pour combler le déficit de personnel dans les écoles publiques. Ils enseignaient à la fois à des élèves libanais (80 %) et à des élèves réfugiés syriens (20 %), selon les données fournies par la Fédération. Cependant, leur rémunération provenait essentiellement des fonds de l’UNICEF, sous prétexte qu’ils enseignaient exclusivement aux élèves réfugiés syriens.
Promesses non tenues
La Fédération souligne que ces enseignants ont travaillé dans des conditions précaires pendant une décennie, avec des promesses répétées d’amélioration de leurs droits. Parmi les revendications principales figurent :
- Une augmentation du tarif horaire, aligné sur celui des enseignants travaillant dans d’autres pays pour des programmes similaires.
- La régularisation de leur statut pour devenir des contractuels officiels reconnus par le ministère de l’Éducation.
- Une rémunération équitable et des garanties sociales similaires à celles des autres enseignants du secteur public.
Malgré ces promesses, ces enseignants se retrouvent aujourd’hui sans contrat et sans aucune compensation, laissant planer des doutes sur la gestion et les priorités des autorités éducatives.
Questions soulevées par la décision
La Fédération a posé plusieurs questions concernant la logique et les motivations derrière cette décision :
- Est-il possible de licencier 2000 enseignants d’un simple « trait de plume » dans un pays où le secteur éducatif est déjà en crise ?
- Ce licenciement est-il lié à une diminution du nombre d’élèves syriens inscrits dans les écoles publiques ?
- Cette mesure fait-elle partie d’une approche plus large pour réduire les coûts liés aux réfugiés, ou vise-t-elle à faire pression sur les enseignants pour qu’ils acceptent des conditions de travail dégradées, comme un tarif horaire de seulement 7 dollars ?
La Fédération craint également que ces enseignants soient remplacés par des enseignants employés directement par les écoles via des fonds locaux, ce qui pourrait accroître le clientélisme et la précarité dans le secteur éducatif.
Une demande de révision immédiate
La Fédération a qualifié cette décision de « licenciement arbitraire collectif » et a appelé à une révision immédiate de cette mesure. Un contact a été établi entre la présidente de la Fédération, Nesrine Chahine, et le directeur général de l’éducation, Imad Al-Achkar, qui a promis d’intervenir auprès de l’UNICEF pour résoudre cette crise.
Cependant, la Fédération reste sur ses gardes et a averti qu’elle prendra des mesures d’escalade si cette décision n’est pas annulée rapidement. Elle a également dénoncé le timing de cette décision, survenant en pleine crise économique et éducative, où le secteur public est déjà en difficulté.



