Un constat alarmant a révélé l’ampleur de la crise industrielle frappant la région de Zahlé, dans la Bekaa libanaise. Environ 40 % des petites unités industrielles locales ont réduit leur production de plus de 50 % depuis janvier 2025, en raison de l’interruption chronique de l’approvisionnement électrique et de l’absence totale d’accès au crédit bancaire. Cette situation a conduit à des licenciements massifs, notamment dans les secteurs de la plasturgie et de la transformation alimentaire, aggravant les difficultés économiques et sociales dans une région clé du Liban.
Une chute brutale de la production industrielle
La région de Zahlé, un pôle économique majeur de la Bekaa, traverse une crise industrielle d’une gravité sans précédent. Depuis janvier 2025, 40 % des petites unités industrielles, principalement des petites et moyennes entreprises (PME), ont vu leur production diminuer de plus de 50 %. Ces unités, spécialisées dans la plasturgie et la transformation alimentaire, constituent le socle de l’économie locale, employant des milliers de travailleurs et alimentant les marchés intérieurs et régionaux. Cette réduction drastique de l’activité menace non seulement la viabilité de ces entreprises, mais aussi la stabilité économique de la région.
Les secteurs de la plasturgie, qui produit des emballages et des produits en plastique, et de la transformation alimentaire, qui inclut la fabrication de conserves, de produits laitiers et de confiseries, sont particulièrement affectés. Ces industries, fortement dépendantes de l’électricité pour leurs processus de production et de la disponibilité de financements pour leurs opérations, se retrouvent paralysées par des contraintes structurelles. La chute de la production reflète les défis systémiques auxquels le Liban est confronté, dans un contexte de crise économique persistante qui touche l’ensemble du pays.
Les interruptions électriques : une entrave majeure
L’interruption chronique de l’approvisionnement électrique est la cause principale de la crise industrielle à Zahlé. Depuis janvier 2025, les petites unités industrielles font face à des coupures d’électricité fréquentes et prolongées, rendant leurs opérations quasi impossibles. La dépendance à l’électricité pour faire fonctionner les machines de production dans la plasturgie, comme les extrudeuses et les presses, ou pour maintenir les chambres froides dans la transformation alimentaire, rend ces industries particulièrement vulnérables aux pannes.
Les entreprises ont tenté de compenser ces interruptions en recourant à des générateurs privés fonctionnant au diesel, mais le coût élevé du carburant constitue une charge financière insoutenable pour les PME. Cette situation oblige de nombreuses unités à réduire leurs heures de fonctionnement, voire à suspendre temporairement leurs activités. La crise énergétique, aggravée par l’incapacité du réseau public à fournir une alimentation stable, a transformé un défi opérationnel en une menace existentielle pour les industriels de Zahlé.
Le manque d’accès au crédit : une asphyxie financière
L’absence d’accès au crédit bancaire constitue un second facteur aggravant la crise industrielle. Depuis le début de la crise économique libanaise en 2019, le secteur bancaire est paralysé, limitant drastiquement la disponibilité de prêts pour les entreprises. À Zahlé, les PME, qui dépendent des crédits pour financer leurs opérations, acheter des matières premières ou couvrir les coûts d’exploitation, se retrouvent dans l’incapacité de maintenir leurs activités.
L’absence de financements empêche les entreprises d’investir dans des solutions alternatives, comme l’achat de générateurs plus performants ou l’installation de panneaux solaires pour pallier les coupures électriques. Elle limite également leur capacité à maintenir des stocks de matières premières, essentielles pour la plasturgie et la transformation alimentaire, ou à payer les salaires de leurs employés. Cette contrainte financière a poussé de nombreuses unités industrielles à réduire leurs opérations, accentuant la chute de la production.
Licenciements massifs : une crise sociale croissante
La réduction de la production industrielle à Zahlé a entraîné des licenciements massifs, particulièrement dans les secteurs de la plasturgie et de la transformation alimentaire. Depuis janvier 2025, de nombreuses entreprises, confrontées à une baisse drastique de leurs revenus et à des coûts opérationnels insoutenables, ont été contraintes de licencier une part importante de leur personnel. Ces suppressions d’emplois ont affecté des milliers de travailleurs, souvent des chefs de famille, plongeant de nombreuses ménages dans la précarité.
Dans la plasturgie, les usines produisant des emballages et des produits en plastique ont réduit leurs effectifs pour limiter leurs pertes, tandis que les entreprises de transformation alimentaire, confrontées à des coûts élevés de conservation et à une demande en baisse, ont également licencié des employés. Ces licenciements massifs ont des répercussions directes sur l’économie locale, réduisant le pouvoir d’achat des ménages et affectant les commerces et services de la région. La crise sociale qui en découle risque d’aggraver les tensions dans une région déjà marquée par des défis économiques et sociaux.
Un contexte économique national désastreux
La crise industrielle à Zahlé s’inscrit dans un contexte économique national particulièrement difficile. Depuis 2019, le Liban traverse une crise économique majeure, caractérisée par une dévaluation massive de la livre libanaise, une inflation galopante et une dette publique écrasante. Ces facteurs ont affaibli l’ensemble des secteurs économiques, y compris l’industrie, qui peine à maintenir ses activités dans un environnement de contraintes financières et énergétiques.
Le budget 2026, soumis au Parlement le 29 juillet 2025 par le ministre des Finances, Yassine Jaber, ne prévoit pas de mesures spécifiques pour soutenir les PME industrielles, ce qui limite les perspectives de relance à court terme. Les restrictions bancaires imposées par la Banque du Liban (BDL) continuent de bloquer l’accès au crédit, tandis que la crise énergétique persiste, malgré les promesses répétées du gouvernement de moderniser le réseau électrique.
Les impacts sur les secteurs clés de Zahlé
Les secteurs de la plasturgie et de la transformation alimentaire, piliers de l’économie de Zahlé, subissent de plein fouet les conséquences de la crise. Dans la plasturgie, les usines, qui produisent des emballages pour l’industrie alimentaire et d’autres secteurs, dépendent de machines énergivores et de matières premières importées, dont le coût a explosé en raison de la dévaluation de la monnaie. La réduction de la production a entraîné une baisse de la compétitivité de ces entreprises, qui peinent à répondre à la demande locale et régionale.
Dans la transformation alimentaire, les entreprises produisant des conserves, des produits laitiers et des confiseries font face à des défis similaires. Les coupures électriques rendent la conservation des produits difficile, tandis que le manque de crédit limite l’achat de matières premières comme le sucre, les huiles ou les produits agricoles. Ces contraintes ont conduit à une chute des volumes de production, affectant non seulement les entreprises, mais aussi les agriculteurs et fournisseurs locaux qui dépendent de ces industries.
Une région sous pression sociale et économique
La crise industrielle à Zahlé a des répercussions profondes sur la société locale. Les licenciements massifs ont aggravé la précarité, dans une région où le chômage était déjà un problème majeur. La réduction du pouvoir d’achat des ménages a entraîné une baisse de la consommation, affectant les commerces et les services de la région. Cette situation risque de créer un cercle vicieux, où la contraction de l’activité industrielle entraîne une détérioration des conditions économiques et sociales.
La Bekaa, et Zahlé en particulier, est également confrontée à des défis structurels, notamment la dépendance aux importations pour les matières premières et le carburant, dans un contexte de restrictions financières. La région, qui abrite une population mixte de communautés chrétiennes, sunnites et chiites, doit également gérer les tensions sociales potentielles découlant de la crise, dans un pays où les équilibres confessionnels restent fragiles.
Les implications immédiates pour Zahlé
La crise industrielle révélée le 19 septembre 2025 met en lumière les défis systémiques auxquels Zahlé est confrontée. La réduction de 40 % des petites unités industrielles, avec une baisse de production de plus de 50 % depuis janvier 2025, reflète l’impact combiné des coupures électriques et du manque de crédit. Les licenciements massifs dans les secteurs de la plasturgie et de la transformation alimentaire aggravent la précarité sociale, menaçant la stabilité de la région.
Les entreprises de Zahlé, confrontées à des coûts opérationnels insoutenables et à une absence de soutien financier, risquent de voir leur situation se détériorer davantage si des mesures ne sont pas prises rapidement. La crise énergétique, qui paralyse les chaînes de production, et les restrictions bancaires, qui bloquent l’accès au crédit, constituent des obstacles majeurs à la relance de l’activité industrielle. Dans ce contexte, la région de Zahlé, jadis un moteur économique de la Bekaa, se trouve à un tournant critique, où la survie de son tissu industriel dépend de solutions urgentes et coordonnées.



