Les réformes proposées par Nawaf Salam se heurtent à une résistance massive des milieux bancaires et politiques libanais, qui perçoivent ces changements comme une menace existentielle à leur emprise sur l’économie du pays. Depuis des décennies, les banques libanaises ont fonctionné comme des acteurs quasi-indépendants, jouissant d’une autonomie excessive et entretenant des liens étroits avec la classe politique. Ce système, qui a favorisé une concentration de la richesse au sein d’une élite restreinte, est aujourd’hui directement remis en cause par le programme de réformes du Premier ministre.
Selon Al Joumhouriyat (12 février 2025), les grandes familles bancaires, notamment les groupes Audi, BLOM et Byblos, exercent une pression considérable pour freiner le processus de restructuration. Plusieurs d’entre elles, accusées d’avoir exfiltré des capitaux à l’étranger pendant la crise de 2019-2020, redoutent que les audits bancaires n’exposent au grand jour leurs pratiques douteuses. Des rapports financiers récents, cités par Nida’ Al Watan (12 février 2025), révèlent que des milliards de dollars auraient été transférés vers des comptes à l’étrangerpar certains banquiers influents, alors que les citoyens libanais étaient empêchés d’accéder à leurs propres économies. Face à la menace d’une régulation plus stricte et de possibles poursuites judiciaires, les banques tentent de ralentir les réformes en bloquant les discussions parlementaires et en mobilisant leurs soutiens politiques.
Le Parlement libanais, dominé par une classe politique historiquement liée aux milieux financiers, constitue un autre obstacle majeur. Selon Al Akhbar (12 février 2025), plusieurs députés influents, notamment ceux affiliés au Courant du Futur et au Mouvement Amal, rejettent les mesures de transparence et de restructuration proposées par Salam. Ces parlementaires craignent que la fin de l’opacité bancaire ne révèle des flux financiers douteux, certains ayant profité du système pour financer leurs campagnes électorales et leurs réseaux clientélistes.
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Les partis politiques liés aux milieux d’affaires, comme les Forces libanaises et certains groupes chrétiens indépendants, dénoncent quant à eux les propositions de recapitalisation forcée des banques et craignent que les nouvelles réglementations bancaires ne freinent les investissements étrangers. Ces formations politiques plaident pour une approche plus graduelle et moins contraignante, estimant que des réformes trop brutales risqueraient d’accélérer l’effondrement du système financier au lieu de le stabiliser.
En parallèle, le gouverneur par intérim de la Banque du Liban, Wassim Mansouri, joue un rôle ambigu dans ce bras de fer. Officiellement, il soutient l’idée d’un assainissement du secteur bancaire, mais selon Al Sharq Al Awsat (12 février 2025), il entretient des relations complexes avec certaines grandes banques libanaises, ce qui le pousse à adopter une posture plus prudente. Mansouri tente de ménager à la fois les institutions financières internationales et les acteurs locaux, mais cette attitude ambivalente ralentit la mise en œuvre des réformes et alimente les suspicions sur une possible connivence avec l’establishment bancaire.
Selon Nahar (12 février 2025), les lobbies financiers ont également recours à des moyens plus discrets pour entraver les réformes. Des groupes bancaires auraient financé des campagnes médiatiques contre le gouvernement, mettant en avant les risques supposés d’un écroulement total du secteur financier si les propositions de Salam étaient appliquées telles quelles. Des pressions ont également été exercées sur certains magistrats pour bloquer les poursuites judiciaires engagées contre des banquiers impliqués dans des détournements de fonds.
Face à ces manœuvres d’obstruction, Nawaf Salam sait que la bataille ne sera pas seulement technique et économique, mais avant tout politique. Sa capacité à faire passer ces réformes dépendra de son soutien populaire et de l’appui des puissances étrangères, qui pourraient exercer des pressions sur les élites libanaises pour qu’elles cessent de bloquer le processus.


