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Décès de Rifaat el-Assad à 88 ans en exil aux Émirats arabes unis

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Rifaat el-Assad, oncle du président syrien déchu Bachar el-Assad et frère cadet de l’ancien dirigeant Hafez el-Assad, s’est éteint le 20 janvier 2026 à l’âge de 88 ans, selon des sources proches de la famille citées par l’agence Reuters. Ce décès marque la fin d’une existence marquée par des actes de répression impitoyables, des ambitions politiques démesurées et un exil prolongé, ponctué de retours controversés en Syrie. Installé aux Émirats arabes unis après avoir fui Damas suite à la chute du régime de son neveu en décembre 2024, Rifaat el-Assad a succombé à des causes naturelles, après avoir souffert d’une grippe pendant une semaine, d’après une source anonyme ayant travaillé au palais présidentiel syrien. Une autre source, un ancien officier de la garde républicaine, a confirmé cette information, précisant que son installation aux Émirats faisait suite à l’effondrement du pouvoir Assad.

Figure emblématique du régime baasiste syrien, Rifaat el-Assad a incarné pendant des décennies l’aspect le plus sombre de l’autoritarisme alaouite, dominant les appareils sécuritaires et militaires sous le règne de son frère Hafez. Né le 22 août 1937 dans le village de Qardaha, berceau de la famille Assad dans les montagnes côtières syriennes, il a gravi les échelons de l’armée syrienne aux côtés de Hafez, participant activement au coup d’État de 1970 qui a porté ce dernier au pouvoir. Commandant des Brigades de défense, une unité d’élite comptant jusqu’à 55 000 hommes, Rifaat a été le bras armé du régime, chargé de mater toute opposition interne. Son rôle dans la répression sanglante de l’insurrection islamiste à Hama en 1982 lui a valu le surnom de « boucher de Hama », un épisode qui a laissé une empreinte indélébile sur l’histoire syrienne contemporaine.

Au-delà de ses actions en Syrie, Rifaat el-Assad a joué un rôle significatif dans les affaires libanaises, particulièrement durant la guerre civile qui a ravagé le pays du Cèdre de 1975 à 1990. Vu du Liban, où la présence syrienne reste un sujet de division profonde, il est souvent perçu comme un symbole de l’ingérence damascène, ayant contribué à prolonger le conflit et à imposer une tutelle syrienne sur Beyrouth. Ses liens avec des factions libanaises et son implication dans les opérations militaires syriennes au Liban ont alimenté des accusations de massacres et de manipulations sectaires, renforçant l’image d’un homme prêt à tout pour consolider le pouvoir familial.

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Le boucher de Hama : une répression impitoyable

En février 1982, sous les ordres de Hafez el-Assad, Rifaat a dirigé l’assaut contre la ville de Hama, bastion des Frères musulmans qui avaient lancé une insurrection armée contre le régime baasiste. Les forces sous son commandement, incluant les Brigades de défense, ont encerclé la ville, bombardé ses quartiers résidentiels avec l’artillerie lourde et l’aviation, et procédé à des exécutions sommaires massives. Selon des estimations de l’Organisation des Nations unies et d’organisations de défense des droits humains, cet assaut a causé entre 10 000 et 40 000 morts, majoritairement des civils, dans un black-out médiatique total imposé par le régime. « Des meurtres, actes de torture, traitements cruels et détentions illégales » ont été ordonnés par Rifaat, comme l’a accusé le parquet fédéral suisse en 2013, dans une procédure ouverte pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Cette opération, qualifiée de « massacre » par des observateurs internationaux, visait non seulement à écraser les Frères musulmans, mais aussi à envoyer un message clair à toute opposition potentielle au sein de la société syrienne. Rifaat el-Assad, alors vice-président chargé de la sécurité nationale, a personnellement supervisé les opérations sur le terrain, déployant des tanks et des hélicoptères pour raser des quartiers entiers. Des témoignages recueillis par des survivants, transmis à l’ONU, décrivent des scènes d’horreur : des familles entières exécutées dans leurs maisons, des corps jetés dans l’Oronte, et des arrestations arbitraires suivies de disparitions forcées. Le secrétaire général de l’ONU à l’époque, Javier Pérez de Cuéllar, avait exprimé dans un rapport interne sa « profonde préoccupation » face à ces violations massives des droits humains, appelant à une enquête indépendante qui n’a jamais eu lieu sous le régime Assad.

Ce bain de sang a consolidé le pouvoir de Hafez el-Assad, mais il a aussi semé les graines d’une rancune tenace au sein de la population sunnite syrienne, qui représente la majorité démographique. Rifaat, en tant que chef alaouite, a été vu comme l’incarnation d’un régime minoritaire imposant sa domination par la terreur. Des décennies plus tard, lors de la révolution syrienne de 2011, des manifestants ont scandé des slogans contre les Assad, rappelant Hama comme un symbole de la brutalité familiale. Bachar el-Assad, neveu de Rifaat, a lui-même réprimé les soulèvements avec une violence similaire, menant à une guerre civile qui a fait plus de 500 000 morts, selon les estimations de l’ONU en 2024.

Un rôle ambigu dans la guerre civile libanaise

Du point de vue libanais, Rifaat el-Assad est inextricablement lié à l’intervention syrienne dans la guerre civile, qui a transformé le Liban en un théâtre d’opérations pour les ambitions régionales de Damas. En 1976, alors que le conflit libanais opposait milices chrétiennes, palestiniennes et progressistes, Hafez el-Assad a envoyé ses troupes pour soutenir les forces maronites menacées par les fedayins palestiniens et leurs alliés de gauche. Rifaat, en tant que commandant des forces d’élite, a participé à cette incursion initiale, visitant le Liban comme invité de Tony Frangieh, fils de l’ancien président Suleiman Frangieh, allié des Assad.

Les Brigades de défense sous son contrôle ont été déployées dans le nord du Liban, particulièrement autour de Tripoli, où elles ont imposé un siège en 1983 contre les forces palestiniennes et islamistes. Des sources libanaises, y compris des rapports du gouvernement de Beyrouth transmis à l’ONU, accusent ces unités d’avoir commis des exactions contre la population civile, incluant des bombardements indiscriminés et des exécutions. Rifaat a également fondé le Parti démocratique arabe au Liban au début des années 1970, une petite formation alaouite qui a servi de milice loyale au régime syrien, participant à des combats sectaires et renforçant la présence damascène dans les régions alaouites du nord, comme Akkar.

Vu des cercles politiques libanais anti-syriens, particulièrement chez les chrétiens maronites et les sunnites, Rifaat incarne l’aspect le plus cynique de l’occupation syrienne. L’ancien député libanais Marwan Hamadé, dans une déclaration à un média arabe en février 2025, a décrit Rifaat comme un homme qui « se moquait de son frère Hafez en privé, tout en appelant à une partition du Liban et de la Syrie en mini-États sectaires ». Selon Hamadé, Rifaat prônait un redécoupage territorial qui aurait isolé les alaouites en un État côtier, tout en divisant le Liban en cantons confessionnels, une idée qui résonnait avec les craintes d’une balkanisation du pays du Cèdre. Cette vision, influencée par des alliances potentielles avec les États-Unis et Israël, contrastait avec la ligne prosoviétique de Hafez, révélant des fractures au sein du clan Assad.

L’implication de Rifaat dans l’assassinat de Kamal Joumblatt, leader druze et figure clé de l’opposition de gauche, en mars 1977, reste un sujet de controverse au Liban. Des enquêtes internes libanaises, partagées avec l’ONU, pointent vers une opération orchestrée par Damas, avec Rifaat comme possible instigateur, bien que sans preuves formelles. Ce meurtre a exacerbé les tensions sectaires, prolongeant la guerre et facilitant la tutelle syrienne sur le Liban jusqu’en 2005. Pour de nombreux Libanais, Rifaat n’était pas seulement un allié opportuniste, mais un manipulateur qui exploitait les divisions confessionnelles pour asseoir l’hégémonie syrienne, laissant un legs de méfiance durable envers Damas.

La tentative de coup d’État et l’exil doré

Les ambitions de Rifaat el-Assad ont culminé en 1984 avec une tentative de coup d’État contre son frère Hafez, alors affaibli par une crise cardiaque. Nommé deuxième vice-président en mars de la même année, Rifaat a mobilisé ses Brigades de défense pour encercler Damas, déployant des tanks et des troupes loyales. Des affrontements sporadiques ont opposé ses forces à celles fidèles à Hafez, menaçant de plonger la Syrie dans une guerre civile fratricide. Selon des rapports du ministère syrien de la Défense, cités dans des communications à l’ONU, plus de 200 soldats ont été tués avant que Hafez ne reprenne le contrôle, forçant Rifaat à négocier son exil.

Parti pour un « exil doré » en Europe, Rifaat s’est installé en France, où il a vécu 37 ans dans le luxe, financé par des fonds syriens détournés. Se présentant comme un opposant à Bachar el-Assad après l’accession de ce dernier au pouvoir en 2000, il a tenté de se réinventer en démocrate, critiquant le régime depuis Marbella en Espagne et Paris. Des documents du Quai d’Orsay, rendus publics en 2020, révèlent que la France l’a utilisé comme source d’informations sur la Syrie pendant la guerre du Liban, le voyant même comme un successeur potentiel pro-occidental à Hafez.

Les poursuites judiciaires en Europe

L’exil de Rifaat n’a pas été sans conséquences judiciaires. En France, il a été condamné en 2020 à quatre ans de prison pour blanchiment d’argent en bande organisée et détournement de fonds publics syriens, ayant acquis un empire immobilier estimé à 90 millions d’euros, incluant des hôtels particuliers à Paris et des propriétés en Espagne. Le parquet national financier français a détaillé comment Rifaat a siphonné des millions via des comptes offshore, avec des preuves fournies par des témoins syriens exilés. « Ces fonds provenaient directement des caisses de l’État syrien », a déclaré un procureur lors du procès, citant des transferts bancaires tracés par Interpol.

En Suisse, le parquet fédéral l’a accusé en 2013 d’avoir ordonné des crimes contre l’humanité à Hama. Cependant, en décembre 2024, le tribunal pénal fédéral a envisagé de clore la procédure en raison de l’état de santé de Rifaat, qui l’empêchait de voyager et de participer au procès. Des experts médicaux mandatés par la cour ont confirmé ses maladies chroniques, incluant des problèmes cardiaques et respiratoires, rendant tout jugement improbable. Ces affaires ont mis en lumière les complicités européennes avec des figures du régime Assad, tolérées pour des raisons géopolitiques.

Le retour en Syrie et la fuite finale

En 2021, Rifaat est rentré en Syrie pour échapper à sa condamnation française, accueilli discrètement par Bachar el-Assad malgré les tensions familiales. Ce retour, annoncé par le ministère syrien des Affaires étrangères comme une « réconciliation familiale », visait à consolider l’unité alaouite face à la guerre civile. Rifaat s’est installé à Damas, sous surveillance étroite, évitant toute activité politique publique. Des sources diplomatiques à l’ONU ont noté que ce geste renforçait l’image de Bachar comme gardien du clan, tout en évitant une extradition vers la France.

La chute de Bachar en décembre 2024 a tout changé. Rifaat a fui la Syrie par voie terrestre vers le Liban, traversant la frontière avec l’aide d’associés, avant de prendre un vol depuis l’aéroport de Beyrouth vers Dubaï le 26 décembre. Selon des responsables de la sécurité libanaise, cités par l’AFP, il a été transporté à travers une rivière sur le dos d’un proche pour éviter les checkpoints. Installé aux Émirats arabes unis, pays qui a accueilli d’autres membres de la famille Assad, Rifaat y a passé ses derniers jours. Le ministère émirati des Affaires étrangères n’a pas commenté son statut, mais des sources onusiennes indiquent que les Émirats servent de refuge pour d’anciens dignitaires syriens, facilitant des négociations discrètes avec la coalition islamiste au pouvoir à Damas.

Les implications immédiates de son décès

Le décès de Rifaat el-Assad intervient dans un contexte de recomposition politique en Syrie, où la coalition islamiste, menée par Hayat Tahrir al-Cham, consolide son autorité après la prise de Damas. Des rapports du Conseil de sécurité de l’ONU, datés de janvier 2026, soulignent que des membres de la famille Assad, dispersés entre la Russie, les Émirats et le Liban, négocient des accords pour la restitution d’actifs gelés. Ribal el-Assad, fils de Rifaat et cousin de Bachar, a publiquement critiqué le régime déchu, appelant à une Syrie démocratique tout en avertissant contre les risques d’islamisme radical. Des officiels libanais ont rapporté que des filles et épouses de la famille Assad ont été arrêtées à l’aéroport de Beyrouth en décembre 2024 pour usage de faux passeports, illustrant les difficultés logistiques des fuyards.

En Syrie, la mort de Rifaat ravive les débats sur la justice transitionnelle. Des activistes alaouites, cités dans des communiqués à l’ONU, expriment un soulagement mitigé, voyant en lui un symbole de la répression interne qui a affaibli leur communauté. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a réitéré en janvier 2026 son appel à des enquêtes sur les crimes de Hama, notant que la fermeture du dossier suisse prive les victimes d’une reconnaissance formelle. Au Liban, où les cicatrices de l’occupation syrienne persistent, des parlementaires ont évoqué son rôle dans des sessions du Conseil des ministres, appelant à une révision des accords frontaliers pour prévenir de futures ingérences. Ces discussions, ancrées dans les résolutions 1559 et 1701 de l’ONU, soulignent les tensions persistantes entre Beyrouth et Damas, avec des patrouilles conjointes renforcées le long de la frontière depuis la chute d’Assad.

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