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Dix-huit pays européens demandent l’arrêt des opérations israéliennes au Liban et des attaques du Hezbollah

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Dix-huit pays européens ont appelé à la fin des opérations militaires israéliennes au Liban et des attaques du Hezbollah, dans un contexte de guerre entrée dans son deuxième mois et de craintes croissantes sur une présence israélienne durable dans le sud du pays. Cette prise de position marque un durcissement du ton européen sur la souveraineté libanaise, tout en maintenant une condamnation explicite des attaques du Hezbollah et un soutien au renforcement de l’État libanais.  

Le texte publié le 1er avril par les ministres des Affaires étrangères de la Belgique, de la Croatie, de l’Estonie, de la Finlande, de l’Islande, de l’Italie, de l’Irlande, de la Lettonie, du Luxembourg, de la Moldavie, de la Norvège, de la Pologne, de Saint-Marin, de l’Espagne et de la Suède affirme sans ambiguïté que « les opérations militaires israéliennes au Liban et les attaques du Hezbollah doivent cesser ». Les signataires exhortent aussi Israël à « respecter pleinement la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban » et appellent toutes les parties à suspendre l’action militaire. Ils réclament en outre un accès humanitaire complet, sûr et sans entrave aux populations touchées.  

Cette déclaration intervient alors que la guerre a déjà provoqué plus d’un million de déplacés au Liban, soit environ un quart de la population, selon le texte conjoint, et que le bilan humain dépasse le millier de morts. Les signataires disent être « consternés » par l’escalade et jugent indispensables des enquêtes indépendantes pour établir les responsabilités. Ils rappellent également qu’Israël reste tenu par le droit international humanitaire, notamment par les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution, et soulignent que les attaques contre les civils, les soignants, les humanitaires, les journalistes et les infrastructures civiles sont « injustifiées et inacceptables ».  

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Une pression européenne plus nette sur la souveraineté libanaise

La portée politique du texte tient au moment choisi. L’appel est publié alors que le gouvernement israélien affiche plus ouvertement son intention de redessiner militairement le sud du Liban. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré fin mars qu’Israël entendait établir après la guerre une zone tampon s’étendant jusqu’au Litani, avec contrôle de secteurs clés et interdiction de retour pour une partie des déplacés libanais au sud du fleuve tant que la sécurité du nord d’Israël ne serait pas, selon lui, garantie. Cette perspective a renforcé les inquiétudes européennes sur une occupation prolongée ou un fait accompli territorial.  

Dans ce contexte, la formule utilisée par les 18 pays n’est pas anodine. Elle ne se contente pas de demander une désescalade générale. Elle place au centre la souveraineté du Liban et son intégrité territoriale, deux notions devenues cruciales à mesure que l’hypothèse d’une emprise israélienne durable sur une partie du Sud prend de l’épaisseur. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a lui-même déclaré qu’un mois après le début de la guerre, aucune issue n’était en vue, tout en accusant Israël de poursuivre des objectifs allant au-delà des seules opérations militaires, notamment l’occupation de nouveaux territoires et la création de zones de sécurité.  

Le communiqué européen ne reprend toutefois pas la lecture libanaise dans tous ses termes. Les 18 États signataires condamnent expressément « la décision du Hezbollah d’attaquer Israël en soutien à l’Iran » et exigent que le mouvement cesse immédiatement ses actions hostiles et soit désarmé conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Cette précision éclaire la ligne politique du texte : soutenir le Liban comme État, défendre son intégrité territoriale, mais sans blanchir le Hezbollah ni dissocier le front libanais de l’escalade régionale avec l’Iran.  

Un message européen à double détente

Le communiqué est construit sur un équilibre. D’un côté, les signataires demandent l’arrêt des opérations israéliennes et rappellent les obligations d’Israël au regard du droit international humanitaire. De l’autre, ils soutiennent explicitement le choix du gouvernement libanais de faire de l’État le seul détenteur légitime des armes. Ils disent appuyer les efforts de Beyrouth pour désarmer le Hezbollah, mettre fin à ses activités militaires et transférer ses armes à l’État libanais. Ils insistent aussi sur la nécessité de continuer à soutenir les Forces armées libanaises.  

Cette architecture diplomatique est importante. Elle montre que pour ces capitales européennes, la sortie de guerre ne passe pas seulement par un arrêt des frappes et des tirs. Elle passe aussi par une reconfiguration de l’équilibre interne libanais au profit de l’État. Le texte soutient la décision du cabinet libanais du 2 mars 2026 interdisant les activités sécuritaires et militaires du Hezbollah et confiant à l’armée libanaise la prise en charge des armes du mouvement. Les signataires saluent également les réformes engagées récemment par le gouvernement libanais.  

Autrement dit, l’appel européen cherche à articuler trois dimensions en une seule ligne : arrêt de la guerre, préservation de la souveraineté libanaise, et renforcement des institutions étatiques face au Hezbollah. Cette approche tranche avec les séquences plus anciennes, où la priorité européenne consistait surtout à contenir l’escalade. Ici, la diplomatie européenne tente de dessiner plus clairement l’après-guerre, avec un Liban stabilisé par son armée, soutenu financièrement et moins soumis à la logique des groupes armés.  

Pourquoi la France et le Royaume-Uni ne figurent pas parmi les 18

L’absence de la France et du Royaume-Uni dans cette liste a immédiatement retenu l’attention. Elle ne signifie pas pour autant un désaccord de fond avec l’idée d’une désescalade. Deux jours plus tôt, le 31 mars, Paris et Londres avaient signé une autre déclaration commune, avec la France, Chypre, la Grèce, l’Italie, Malte, les Pays-Bas, le Portugal et la haute représentante de l’Union européenne. Ce texte exprimait un « plein soutien » au gouvernement libanais, condamnait les attaques du Hezbollah contre Israël, appelait à une désescalade immédiate, au retour à l’accord de cessation des hostilités de novembre 2024 et à la mise en œuvre de la résolution 1701. Il demandait aussi à Israël d’éviter tout élargissement du conflit, « y compris par une opération terrestre » sur le territoire libanais, et réaffirmait que l’intégrité territoriale du Liban devait être respectée.  

Il y a donc moins une fracture européenne qu’une juxtaposition de formats diplomatiques. Un premier groupe, emmené par des États très impliqués dans le suivi politique du dossier libanais, a publié un texte centré sur le soutien au gouvernement de Beyrouth, la négociation directe entre le Liban et Israël et la stabilisation par les institutions. Un second groupe, plus large sur le plan géographique, a ensuite publié une déclaration plus frontale sur la nécessité de faire cesser à la fois les opérations israéliennes et les attaques du Hezbollah. Les deux textes convergent sur l’essentiel : soutien à l’État libanais, inquiétude face à l’escalade, rappel de la souveraineté du Liban et insistance sur le rôle des Forces armées libanaises.  

Cette séquence dit aussi quelque chose du fonctionnement diplomatique européen. L’Europe parle rarement d’une seule voix sur les crises du Proche-Orient, mais elle produit souvent des coalitions de pays convergentes, qui se recoupent sans être identiques. Dans le cas libanais, cela se traduit par des textes successifs, différents dans leur tonalité, mais proches sur le fond. La nouveauté tient surtout au durcissement du langage sur les opérations israéliennes au Liban et sur le risque qu’un conflit présenté au départ comme une riposte limitée débouche sur une reconfiguration territoriale durable.  

Une guerre entrée dans son deuxième mois

L’appel des 18 pays intervient alors que la guerre est entrée dans son deuxième mois. Reuters rapportait le 2 avril que le Premier ministre libanais Nawaf Salam ne voyait aucune fin en vue au conflit, qui a déjà déplacé plus d’un million de personnes et causé plus de 1 300 morts au Liban. Dans le même temps, la perspective d’une « buffer zone » israélienne et d’une destruction élargie des villages du Sud renforce la pression internationale.  

Le communiqué européen souligne d’ailleurs l’urgence humanitaire. Les signataires appellent à l’accès sans entrave de l’aide et expriment leur volonté de poursuivre leur assistance d’urgence au Liban. Ils condamnent aussi les attaques contre la Finul, après les pertes subies récemment par des contingents de la force onusienne, notamment la mort d’un Casque bleu indonésien. Le texte rappelle que la sécurité des soldats de la paix doit être assurée en permanence.  

Là encore, la déclaration ne se limite pas à un geste politique abstrait. Elle relie directement la question militaire à la question humanitaire. Pour les Européens signataires, la poursuite des combats n’est plus seulement un risque régional. Elle est aussi une menace contre les civils, les travailleurs humanitaires, les journalistes, les soignants et les mécanismes internationaux de stabilisation déjà présents sur le terrain. Ce glissement humanitaire explique en grande partie le ton plus pressant employé aujourd’hui.  

Un signal politique, pas encore un tournant

Reste une limite claire : un communiqué, même signé par 18 capitales, ne modifie pas à lui seul le rapport de force. Israël continue de faire valoir ses impératifs sécuritaires face au Hezbollah. Le mouvement chiite, de son côté, reste engagé dans une logique de confrontation régionale liée à l’Iran. Et les initiatives diplomatiques portées par le Liban n’ont pas encore produit de résultat tangible. Le texte européen ajoute donc de la pression politique, mais il ne crée pas encore de mécanisme contraignant.  

Il marque néanmoins un seuil. En réclamant noir sur blanc l’arrêt des opérations militaires israéliennes au Liban et des attaques du Hezbollah, tout en rappelant l’exigence de souveraineté du Liban, ces 18 pays élargissent la base diplomatique européenne de la désescalade. Ils signalent aussi qu’en Europe, la peur d’un enlisement militaire au sud du Litani, d’une crise humanitaire durable et d’un affaiblissement supplémentaire de l’État libanais devient désormais un sujet de politique étrangère de premier rang.  

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