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Edito: Bourj Barajneh, 3 septembre 2025, le mirage du désarmement s’effondre en fanfare

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Hier, le camp de réfugiés palestiniens de Bourj Barajneh, niché dans les banlieues sud de Beyrouth, a offert au Liban un spectacle aussi tragique que prévisible : des affrontements armés, des explosions, des balles perdues, et la mort d’un enfant innocent. À peine deux semaines après une cérémonie en grande pompe où des factions palestiniennes, la main sur le cœur, juraient de rendre leurs armes à l’État libanais, voilà que ce prétendu sanctuaire démilitarisé s’embrase à nouveau. Quelle surprise ! Le camp, censé incarner un havre de paix désarmé, s’est mué en théâtre d’une guerre intestine où mitrailleuses, lance-roquettes et grenades ont tenu le premier rôle. Pendant ce temps, les autorités libanaises, toujours promptes à vanter leurs progrès, observent, impuissantes, la énième preuve que Bourj Barajneh demeure une verrue sécuritaire, un abcès purulent que personne ne semble capable de résorber. Comment peut-on proclamer la démilitarisation d’un camp avec tant d’assurance, pour assister, quelques jours plus tard, à ce patatras retentissant ? Retour sur un fiasco qui, hélas, n’a rien d’un coup de théâtre.

Une journée ordinaire de chaos à Bourj Barajneh

Le 3 septembre 2025, à 16 heures, les ruelles étroites de Bourj Barajneh, où s’entassent quelque 20 000 âmes dans des conditions de vie souvent inhumaines, se sont transformées en champ de bataille. Des tirs sporadiques, d’abord discrets, ont rapidement cédé la place à un déluge de feu. Mitrailleuses, lance-roquettes RPG, grenades : l’arsenal déployé n’avait rien d’une querelle de voisinage. Les explosions ont secoué les banlieues sud de Beyrouth, leurs échos résonnant jusqu’à Dahieh, fief du Hezbollah, où les habitants, habitués aux soubresauts de la violence régionale, ont levé un sourcil blasé. Des vidéos amateurs, relayées sur les réseaux sociaux, montrent des panaches de fumée noire s’élevant au-dessus des toits délabrés, tandis que des familles, prises au piège, s’enfuyaient avec des sacs en plastique bourrés à la hâte.

Au cœur de ce chaos, un drame humain : un garçon libanais d’une dizaine d’années, jouant peut-être innocemment à la lisière du camp, a été fauché par une balle perdue. Son décès, confirmé par les services médicaux du camp, a jeté une lumière crue sur les conséquences de cette violence endémique. Deux autres personnes ont été blessées, touchées par des éclats d’obus ou des tirs directs. Les commerces, déjà rares dans cette enclave rongée par la misère, ont baissé leurs rideaux, et les habitants, ceux qui le pouvaient, ont fui vers des zones moins exposées. Une journée comme une autre à Bourj Barajneh, pourrait-on dire, si l’ironie ne laissait un goût si amer.

Les protagonistes ? Les suspects habituels : des factions palestiniennes rivales, avec le Fatah d’un côté, fer de lance de l’OLP, et de l’autre, des militants du Hamas et du Jihad islamique. Les raisons précises de l’affrontement restent opaques, comme toujours dans ce cloaque de rivalités. Certains évoquent un différend sur le contrôle des maigres ressources du camp – trafic d’armes, extorsion, ou simple lutte de pouvoir. D’autres pointent du doigt des tensions exacerbées par le contexte régional, où les alliances et les inimitiés se redessinent au gré des crises syrienne et israélienne. Peu importe, au fond : le résultat est le même. Le camp, censé être une zone démilitarisée, s’est révélé être tout sauf cela. Et l’armée libanaise ? Fidèle à sa tradition, elle s’est contentée de sécuriser les abords du camp, observant de loin ce ballet macabre sans daigner intervenir. Bravo pour l’audace.

Le désarmement, ou l’art de vendre du vent

Revenons deux semaines en arrière, au 21 août 2025, lorsque les autorités libanaises, avec un enthousiasme digne d’un mauvais téléfilm, annonçaient le lancement d’une opération de désarmement à Bourj Barajneh. Sous les flashs des caméras, des représentants du Fatah, mandatés par l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, ont remis à l’armée libanaise un assortiment d’armes légères et moyennes : quelques fusils d’assaut, des caisses de munitions, et, clou du spectacle, une poignée de lance-roquettes. Le ministre de l’Intérieur libanais, dans un élan de lyrisme, déclarait : « Cette remise d’armes marque une étape historique vers la restauration de la souveraineté de l’État sur tous les camps palestiniens. » On aurait presque cru à un tournant, à un sursaut d’autorité dans un pays où l’État semble souvent réduit à un rôle de figurant.

Ce plan de désarmement, amorcé après la visite de Mahmoud Abbas au Liban en mai 2025, était censé répondre à une exigence ancienne : démilitariser les douze camps palestiniens du pays, où vivent environ 200 000 réfugiés et leurs descendants. Ces enclaves, créées après la Nakba de 1948, sont des zones de non-droit où l’État libanais n’exerce qu’une autorité symbolique. Les factions palestiniennes, armées jusqu’aux dents, y règnent en maîtres, souvent avec la bénédiction tacite de puissances régionales comme le Hezbollah. L’accord de mai prévoyait une remise progressive des armes, sous la supervision de l’armée libanaise et en conformité avec la résolution 1559 de l’ONU, qui exige le désarmement de toutes les milices au Liban. Noble ambition, sur le papier. Mais à Bourj Barajneh, les événements d’hier montrent que cette entreprise relève plus de la comédie que de la stratégie.

Car enfin, comment expliquer que des factions, après avoir juré la main sur le cœur de rendre leurs armes, se retrouvent à s’entretuer avec des RPG et des mitrailleuses ? Où étaient ces armes, soigneusement rangées dans des placards secrets pendant que les caméras filmaient la remise de quelques fusils rouillés ? La réponse est aussi évidente que déprimante : le désarmement n’était qu’une façade, un exercice de relations publiques destiné à apaiser les donateurs internationaux et à donner l’illusion d’un État libanais maître de son destin. Pendant ce temps, les arsenaux restent bien garnis, et les factions, loin de se plier à la volonté de Beyrouth, continuent de jouer leurs propres partitions dans un orchestre cacophonique.

Une verrue sécuritaire au cœur de Beyrouth

Bourj Barajneh n’est pas un cas isolé. Les camps palestiniens, de Sabra et Chatila à Aïn el-Hilweh, sont des foyers de tensions récurrents, où les rivalités internes et les influences extérieures se conjuguent pour maintenir un état de guerre larvée. À Aïn el-Hilweh, dans le sud du Liban, des affrontements similaires ont fait des dizaines de morts ces dernières années, sans que l’État libanais ne parvienne à imposer un semblant d’ordre. À Bourj Barajneh, la proximité avec Dahieh et la mainmise du Hezbollah sur les banlieues sud ajoutent une couche de complexité. Le mouvement chiite, qui n’a jamais caché son soutien à certaines factions palestiniennes, observe ces débordements avec une prudence calculée, évitant de s’impliquer directement tout en maintenant son influence.

Le drame, c’est que cette situation n’a rien de nouveau. Depuis des décennies, les camps palestiniens sont des bombes à retardement, où la misère, l’absence de perspectives et la prolifération des armes forment un cocktail explosif. Les résidents, pris en otage par ces luttes fratricides, paient le prix fort : hier, un enfant libanais, demain, un autre innocent. Et pendant ce temps, les autorités libanaises, engluées dans leurs propres crises politiques et économiques, se contentent de déclarations grandiloquentes sur la souveraineté nationale. La résolution 1559, adoptée en 2004, semble n’être qu’un lointain souvenir, un vœu pieux que personne, ni à Beyrouth ni à New York, ne prend plus au sérieux.

Les implications régionales d’un fiasco local

Les affrontements de Bourj Barajneh ne peuvent être dissociés du contexte géopolitique plus large. Le Liban, coincé entre la guerre civile syrienne, les tensions avec Israël et les rivalités entre puissances régionales, est un terrain de jeu pour des acteurs extérieurs qui instrumentalisent les factions palestiniennes. Le Hamas et le Jihad islamique, soutenus par l’Iran et, par extension, le Hezbollah, cherchent à renforcer leur influence dans les camps, tandis que le Fatah, aligné sur l’Autorité palestinienne et des bailleurs de fonds arabes comme l’Arabie saoudite, tente de préserver son hégémonie déclinante. Ces luttes par procuration, alimentées par des financements et des armes venues d’ailleurs, transforment les camps en microcosmes des conflits régionaux.

L’incident d’hier intervient aussi dans un contexte de tensions accrues à la frontière sud du Liban. Depuis octobre 2023, les échanges de tirs entre le Hezbollah et l’armée israélienne se sont intensifiés, et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) fait face à des violations répétées du cessez-le-feu. La résolution 1701 de l’ONU, qui impose une zone démilitarisée au sud du Litani, est elle aussi bafouée quotidiennement. Dans ce climat, les camps palestiniens deviennent des poudrières potentielles, où un incident local peut rapidement dégénérer en crise plus large. L’inaction de l’État libanais, incapable de désarmer ses propres milices, encore moins celles des camps, ne fait qu’amplifier ce risque.

Et maintenant, quoi ?

Les événements du 3 septembre à Bourj Barajneh ne sont pas une anomalie, mais la manifestation d’un statu quo pourri. Les promesses de désarmement, les déclarations triomphantes, les poignées de main devant les caméras : tout cela n’est que théâtre. Les armes circulent, les factions s’affrontent, et les civils trinquent. L’enfant tué hier n’est pas seulement une victime de plus ; il est le symbole d’un échec collectif, celui d’un État qui ne contrôle pas son territoire, de factions qui privilégient leurs intérêts au détriment de leur peuple, et d’une communauté internationale qui, depuis des décennies, ferme les yeux sur cette tragédie.

Le lendemain des affrontements, le calme est revenu à Bourj Barajneh, mais il est précaire. Les habitants, résignés, reprennent leurs routines, tandis que les factions pansent leurs plaies et réapprovisionnent probablement leurs arsenaux. L’armée libanaise, fidèle à son rôle de spectateur, maintient ses barrages à l’entrée du camp, comme si cela suffisait à conjurer le prochain drame. Et les autorités, sans doute, prépareront une nouvelle conférence de presse pour annoncer un énième « plan de désarmement » qui, comme les précédents, s’effondrera au premier coup de feu. À Bourj Barajneh, la paix n’est qu’un vœu, et la démilitarisation, une plaisanterie de mauvais goût.

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Newsdesk Libnanews
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