mardi, janvier 13, 2026

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Focus: Evolution du budget de l’État libanais entre effondrement des recettes et explosion des dépenses

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Un budget de plus en plus déséquilibré : Une gestion chaotique depuis 2020

Depuis 2020, le Liban traverse une crise budgétaire sans précédent, marquée par une chute drastique des recettes publiques et une explosion incontrôlée des dépenses. Déjà structurellement déficitaire avant la crise, l’État libanais est désormais incapable de financer ses obligations, ce qui a conduit à un effondrement des services publics et à une hyperinflation galopante. La dévaluation extrême de la livre libanaise, qui a perdu plus de 95 % de sa valeuren quatre ans, a réduit les revenus de l’État à une fraction de leur niveau d’avant-crise.

Le budget de l’État repose principalement sur la collecte de l’impôt et les revenus des entreprises publiques, mais la contraction de l’activité économique, combinée à la faillite de nombreuses entreprises et à une augmentation massive de l’économie informelle, a drastiquement réduit les recettes fiscales. Par ailleurs, la corruption endémique et l’absence de réformes fiscales efficaces empêchent toute amélioration de la situation. La fraude fiscale est devenue une norme, et la faiblesse des institutions de contrôle rend impossible une taxation équitable et efficace.

D’un autre côté, les dépenses de l’État ont continué à augmenter, notamment en raison de la nécessité de maintenir certaines subventions vitales, malgré leur coût exorbitant pour le budget national. Le maintien artificiel des prix du carburant, du blé et de certains services publics représente un fardeau que l’État ne peut plus assumer. Cette situation crée un cercle vicieux : l’État imprime de la monnaie pour financer son déficit, alimentant ainsi une inflation incontrôlable qui dévore le pouvoir d’achat des citoyens.

Recettes publiques : Une baisse vertigineuse qui met l’État à genoux

L’État libanais tire l’essentiel de ses recettes fiscales des impôts sur les revenus, la TVA et les taxes douanières. Mais ces trois sources ont été sévèrement touchées par la crise. Le PIB du pays ayant chuté de plus de 50 % depuis 2019, la base imposable s’est considérablement réduite. De nombreuses entreprises ont fermé ou ont déplacé leurs activités à l’étranger, tandis que celles qui restent opèrent dans un climat d’incertitude totale.

L’économie informelle, qui représentait déjà une part importante du tissu économique avant 2020, s’est encore développée dans un contexte de défiance totale envers l’État. Les entreprises préfèrent fonctionner en dehors du cadre légal plutôt que de se soumettre à un régime fiscal jugé confiscatoire et inefficace. Résultat : les recettes fiscales ont chuté de plus de 60 %, accentuant encore plus la dépendance du gouvernement à l’endettement et aux financements extérieurs.

Le commerce extérieur, autre source majeure de revenus pour l’État à travers les taxes douanières, a également été gravement impacté. Avec l’effondrement du port de Beyrouth après l’explosion de 2020, le Liban a perdu une infrastructure stratégique qui générait des milliards de dollars de revenus chaque année. Les échanges commerciaux ont été fortement ralentis, et le peu de ressources générées par le commerce extérieur est détourné par des réseaux de contrebande et de corruption, privant l’État de recettes essentielles.

Dans ce contexte, l’évasion fiscale est devenue un problème majeur. Les grandes fortunes et les entreprises les plus rentables échappent en grande partie à l’impôt, grâce à des mécanismes d’optimisation fiscale, des complicités politiques et une absence totale de contrôles rigoureux. La mise en place d’une taxation plus équitable et plus efficace est une exigence de la communauté internationale, mais elle reste bloquée par des résistances politiques et des intérêts bien établis.

Explosion des dépenses publiques : L’État s’enfonce dans le gouffre budgétaire

Alors que les recettes fiscales s’effondrent, les dépenses publiques, elles, continuent d’augmenter, accentuant le déséquilibre budgétaire. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance inquiétante :

  1. Le maintien des subventions publiques : Bien que le gouvernement ait réduit certaines aides, de nombreuses subventions restent en place pour éviter une explosion sociale. L’électricité, les carburants et certains produits alimentaires de base continuent d’être financés par l’État, malgré une capacité budgétaire quasi inexistante.
  2. Le paiement des salaires des fonctionnaires : L’État libanais emploie une part disproportionnée de la population active. Une grande partie du budget national est consacrée aux salaires et pensions de retraite du secteur public, qui représente plus de 400 000 employés.
  3. La hausse du coût du service de la dette : Avec l’effondrement de la monnaie nationale, le remboursement de la dette publique libellée en dollars est devenu quasiment impossible. L’État se retrouve pris au piège d’un endettement qu’il ne peut ni rembourser ni renégocier efficacement.
  4. Le financement du secteur de la santé et de l’éducation : Bien que sous-financés, ces secteurs restent une charge budgétaire importante. Le gouvernement doit continuer à allouer des fonds, mais ces dépenses sont souvent détournées ou mal utilisées, aggravant la crise des services publics.

Un budget ingouvernable : quelles solutions envisagées ?

Face à cette situation, les solutions doivent être radicales si le Liban veut retrouver une trajectoire budgétaire viable. Plusieurs mesures sont envisagées, mais elles nécessitent un consensus politique et une volonté réelle de changement :

  • Réforme du système fiscal : Une taxation plus équitable des grandes fortunes et des entreprises rentables pourrait générer des recettes nouvelles sans pénaliser encore plus les classes populaires.
  • Lutte contre la corruption : L’État doit mettre en place des mécanismes de contrôle efficaces pour éviter les détournements de fonds et maximiser l’utilisation des ressources publiques.
  • Réduction progressive des subventions : Un ciblage plus efficace des aides permettrait d’éviter le gaspillage des ressources tout en protégeant les plus vulnérables.
  • Réduction du secteur public : Une réforme du secteur public s’impose pour alléger le fardeau budgétaire, mais elle nécessiterait une transition accompagnée de mesures sociales.
  • Reconstruction des infrastructures stratégiques : L’État doit investir dans le port de Beyrouth, les routes et les réseaux d’énergie pour relancer l’activité économique et augmenter ses revenus.

Un avenir budgétaire de plus en plus incertain

Sans réforme immédiate, le budget libanais risque de s’enfoncer encore plus dans l’irrécouvrable, laissant place à un effondrement total des services de l’État. Le pays est déjà dans une situation où les services essentiels ne fonctionnent plus, et la pression sociale ne cesse d’augmenter. La communauté internationale, bien que prête à aider, exige des engagements fermes, mais le manque de confiance dans la classe politique actuelle complique toute avancée.

L’État libanais n’a plus de marge de manœuvre, et chaque mois qui passe sans action renforce l’hypothèse d’une hyperinflation incontrôlable et d’un effondrement économique définitif. La seule issue viable passe par une restructuration complète du budget, une refonte de la gouvernance économique et une refonte des mécanismes de taxation et de contrôle. Mais cela ne pourra se faire qu’avec un changement profond des acteurs politiques et économiques, car plus personne ne fait confiance aux gestionnaires actuels du pays.

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