Depuis son indépendance en 1943, le Liban a tenté de construire une économie capable de soutenir sa souveraineté nationale. Pourtant, au fil des décennies, des choix politiques hasardeux, des ingérences étrangères et une gestion économique défaillante ont contribué à fragiliser l’économie du pays. Aujourd’hui, le Liban fait face à l’un des effondrements économiques les plus graves de l’histoire moderne, menaçant son indépendance et l’avenir de sa population.

Une économie historiquement dépendante

L’économie libanaise s’est historiquement appuyée sur le secteur des services, notamment la banque et le tourisme, qui représentaient près de 70 % du PIB avant 2019. Ce modèle économique, basé sur les flux financiers et les investissements de la diaspora, a permis au Liban de se positionner comme une plaque tournante régionale. Cependant, il a également créé une dépendance structurelle. En 2018, les transferts de la diaspora atteignaient 7,5 milliards de dollars, soit près de 13 % du PIB, plaçant le Liban parmi les pays les plus dépendants des envois de fonds dans le monde.

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Le commerce extérieur est également révélateur de cette dépendance. Le Liban importe environ 80 % de ses besoins, y compris alimentaires et énergétiques. En 2022, les importations atteignaient 19 milliards de dollars, tandis que les exportations ne représentaient que 3,8 milliards de dollars, creusant un déficit commercial chronique. Cette dépendance rend le pays vulnérable aux fluctuations des marchés internationaux et aux chocs externes, tels que la pandémie de Covid-19 ou les sanctions régionales.

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La crise économique de 2019 : un tournant

Depuis 2019, le Liban traverse une crise économique sans précédent. La dévaluation de la livre libanaise a été vertigineuse, passant d’un taux fixe de 1 507 livres pour un dollar avant 2019 à plus de 100 000 livres pour un dollar en 2024 sur le marché parallèle. Cette dévaluation a entraîné une hyperinflation : en 2021, l’inflation annuelle atteignait 215 %, l’une des plus élevées au monde.

Le secteur bancaire, autrefois pilier de l’économie, s’est effondré. Environ 70 % des dépôts bancaires, totalisant plus de 100 milliards de dollars, sont désormais bloqués. Les banques ont imposé des restrictions informelles sur les retraits, aggravant la méfiance des citoyens envers le système financier. Le FMI a estimé que le PIB libanais a chuté de 55 % entre 2019 et 2023, passant de 55 milliards de dollars à environ 25 milliards de dollars. Cette contraction économique est l’une des pires enregistrées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les freins aux réformes : le poids du parti des banques

L’une des principales raisons de l’absence de réformes structurelles au Liban est liée à l’influence disproportionnée des banques commerciales sur les politiques publiques. Depuis 2019, le « parti des banques » — un terme utilisé pour désigner l’alliance tacite entre les dirigeants politiques, les élites économiques et le secteur bancaire — s’oppose farouchement aux mesures proposées par le FMI et d’autres institutions internationales.

Les banques, qui détiennent une grande partie de la dette publique libanaise, craignent que la restructuration de cette dette n’entraîne des pertes financières massives. Elles ont donc exercé une pression considérable pour bloquer toute réforme impliquant une réduction de leurs avoirs ou une refonte du secteur bancaire. Par exemple, le plan de redressement proposé par le gouvernement en 2020, qui prévoyait une restructuration du système financier et une imposition de pertes sur les actionnaires et créanciers des banques, a été rapidement abandonné face à la résistance des banques et de leurs alliés politiques.

De plus, les banques ont été accusées de détourner des fonds pendant la crise. Entre octobre 2019 et mars 2020, elles auraient transféré illégalement des milliards de dollars à l’étranger, malgré les restrictions imposées aux citoyens ordinaires. Ces pratiques ont renforcé la perception d’impunité et de corruption, tout en aggravant la fuite des capitaux.

Cette impasse entre le gouvernement, les banques et les créanciers a également bloqué l’accès à l’aide internationale. Le FMI, par exemple, a conditionné son programme d’aide à la mise en œuvre de réformes profondes, telles que l’audit des finances publiques et la restructuration des banques. Mais jusqu’à présent, aucune de ces conditions n’a été remplie, laissant le pays dans une impasse économique et politique.

Les ressources naturelles : un mirage ?

Les annonces autour des découvertes de gisements de gaz offshore, notamment dans les blocs 9 et 4, ont été accueillies avec espoir, mais aussi scepticisme. Ces ressources, présentées comme une planche de salut pour l’économie libanaise, pourraient générer des revenus significatifs si elles étaient avérées exploitables. Pourtant, plusieurs experts soulignent que ces ressources sont probablement surévaluées ou techniquement complexes à extraire.

Les blocs en question se situent dans des zones où les études géologiques sont encore insuffisantes pour confirmer la viabilité d’une exploitation à grande échelle. En outre, leur exploitation nécessite des investissements colossaux, souvent estimés à plusieurs milliards de dollars, que le Liban ne peut financer seul. Même avec le soutien d’acteurs internationaux comme TotalEnergies, la corruption endémique et le manque de transparence dans la gestion des ressources naturelles au Liban suscitent des craintes quant à la répartition équitable de ces revenus hypothétiques.

Enfin, le contexte géopolitique ajoute une couche de complexité. La frontière maritime avec Israël, bien que délimitée par un accord en 2022, reste un point de tension, notamment en raison des revendications israéliennes sur certaines zones potentielles de forage. Cela renforce l’idée que ces ressources, bien qu’annoncées comme un potentiel sauveur économique, risquent de devenir un mirage inaccessible pour le Liban.

Les conséquences sociales de l’effondrement économique

La crise économique a plongé une grande partie de la population dans la pauvreté. Selon l’ONU, 80 % des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté en 2023, contre 28 % en 2019. Le chômage, quant à lui, a atteint 40 %, touchant particulièrement les jeunes, dont 60 % sont sans emploi. Les services publics, tels que l’électricité, l’eau et la santé, sont en état de délabrement avancé. Le réseau électrique national, autrefois capable de fournir jusqu’à 21 heures d’électricité par jour, ne fonctionne plus que deux heures par jour en moyenne, obligeant les citoyens à recourir à des générateurs privés coûteux.

Le secteur éducatif, autrefois reconnu pour sa qualité, est également en crise. Les écoles publiques manquent de ressources, tandis que les universités privées, telles que l’Université américaine de Beyrouth (AUB), peinent à maintenir leurs standards. En 2022, environ 40 % des étudiants universitaires ont abandonné leurs études faute de moyens financiers.

Les défis pour une économie souveraine

Pour rétablir une souveraineté économique, le Liban doit relever plusieurs défis. Tout d’abord, une réforme en profondeur du secteur bancaire et financier est indispensable pour rétablir la confiance des citoyens. Ensuite, la diversification de l’économie, notamment à travers le soutien à l’agriculture et à l’industrie, pourrait réduire la dépendance aux importations. Enfin, la lutte contre la corruption, qui coûte au pays des milliards de dollars chaque année, est essentielle pour attirer des investissements et restaurer la crédibilité des institutions publiques.

Mais ces réformes nécessitent une volonté politique forte, qui fait cruellement défaut dans le contexte actuel. La population libanaise, quant à elle, continue de payer le prix d’un système économique et politique qui privilégie les intérêts des élites au détriment du bien commun.

Newsdesk Libnanews
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