Un volume annoncé, et un objectif immédiat: rallumer des centrales arrêtées
Le schéma présenté vise un besoin simple. Le Liban manque de carburant pour produire de l’électricité. Des centrales se sont arrêtées. La cause évoquée est le déficit financier et un état d’extinction qui a touché le pays. Le gaz égyptien est donc décrit comme une aide urgente pour alimenter des centrales qui ont cessé de fonctionner.
Un chiffre apparaît comme repère opérationnel. Il est indiqué qu’un accord a été développé en novembre 2025 pour que l’Égypte exporte environ 650 millions de mètres cubes par an vers le Liban. Le passage précise que cela se ferait via l’ancien itinéraire du réseau régional.
Ce volume n’est pas présenté comme un luxe. Il est présenté comme une bouffée d’air. Il est aussi présenté comme une réponse de court terme. L’objectif premier est la production électrique. Le message sous-jacent est clair. Même un apport limité peut changer le rythme des coupures, si l’alimentation devient régulière.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
La route “ancienne”: un réseau existant, mais fragile et chargé d’histoire
L’itinéraire décrit repose sur ce qui est appelé le “gazoduc arabe” et ses extensions. Les éléments disponibles retracent sa construction par étapes.
Une première base politique est citée. Une mémorandum d’entente est mentionnée entre l’Égypte, la Syrie et le Liban en 2000. Puis la Jordanie rejoint en 2001.
La première phase technique est aussi datée. Elle relie Al-Arish en Égypte à Aqaba en Jordanie. Elle est mise en service en 2003. Sa capacité annoncée est de 10 milliards de mètres cubes par an.
Le réseau s’étend ensuite. Il est indiqué que le projet s’étend en Jordanie en 2006. Il atteint le sud de la Syrie. Puis il progresse jusqu’à Homs en 2008. Enfin, en 2009, l’exportation de gaz égyptien vers le Liban via la Jordanie et la Syrie commence, sur une distance totale indiquée à 1200 kilomètres.
Cette chronologie sert un point essentiel. La route existe déjà. Elle ne dépend pas d’un projet neuf. Mais elle porte aussi les cicatrices des crises régionales. Le texte cite des attaques répétées contre le segment d’Al-Arish. Il cite ensuite les explosions et dommages survenus en Syrie pendant la guerre, avec destruction d’équipements et atteintes à l’infrastructure.
Dans cette configuration, la dépendance est double. Elle est technique, car le réseau doit être réhabilité. Elle est politique, car il traverse plusieurs États. Il suffit d’une dégradation sécuritaire sur un tronçon pour stopper le flux.
Une relance par étapes: de 2021 à 2025, du “plan d’urgence” au volume annuel
Les documents citent un moment charnière. Le 8 septembre 2021, les ministres de l’Énergie de l’Égypte, de la Jordanie, de la Syrie et du Liban s’accordent sur un plan de travail pour acheminer du gaz égyptien vers le Liban. La motivation est explicitement urgente. Il s’agit d’aider à relancer des centrales électriques à l’arrêt.
Le même passage précise que cet espoir ne s’arrête pas au Liban. Il est évoqué que la valeur du projet pourrait augmenter s’il atteignait l’Irak, puis la Turquie connectée au réseau gazier européen. Cette vision est présentée comme un prolongement possible du projet régional.
Ensuite, l’accord est décrit comme “développé” en novembre 2025, avec un chiffrage concret de 650 millions de mètres cubes par an à destination du Liban, via le tracé ancien.
Cette séquence montre une logique. La crise électrique libanaise pousse à activer un réseau existant. Puis le dossier devient un projet de chaîne régionale. Il dépend alors d’une stabilité minimale entre pays de transit.
Le prix qui pique: 15 dollars, et une comparaison au niveau mondial
Le dossier insiste sur un point qui change l’équation. Le gaz ne serait pas “bon marché”. Un expert est cité sur l’effet du choix technique.
Si l’Égypte ne peut pas exporter du gaz issu de sa production locale, et si aucun accord n’est trouvé entre la Syrie et le Liban pour acheter du gaz israélien, alors il n’y a pas d’alternative simple. La solution décrite consiste à acheter du gaz naturel liquéfié sur des contrats de long terme. Il faut aussi prévoir des unités de regazéification. Elles reconvertissent le gaz liquéfié en gaz naturel. Ensuite, le gaz est injecté dans le réseau de transit vers la Jordanie, la Syrie et le Liban.
Ce choix a un coût chiffré. Il est dit qu’il porterait le coût d’approvisionnement pour la Syrie et le Liban à environ 15 dollars par million d’unités thermiques. La comparaison est donnée. Le niveau mondial moyen est estimé à environ 13 dollars par million d’unités thermiques.
Le texte ajoute une nuance. Malgré le surcoût, le prix est décrit comme “acceptable” dans le contexte, parce que la Syrie et le Liban n’ont pas de substituts à court terme. Cette phrase résume la contrainte. La question n’est pas seulement le prix. C’est l’absence de choix.
Dans ce cadre, la bouffée d’air électrique a une facture. Et cette facture devient un paramètre politique, car elle engage des financements, des garanties et une capacité de paiement.
Le maillon financier: réparer, vérifier, et payer avant de faire circuler
Les documents insistent sur un autre verrou. Même si le réseau est déjà en place, sa remise en service n’est pas automatique.
Il est indiqué que le projet reste suspendu à la capacité des pays participants à mobiliser les fonds nécessaires. Le texte parle d’une remise en route “techniquement complète”. Il faut retirer les effets des attaques. Il faut réparer les installations. Il faut aussi vérifier que l’ensemble est apte à fonctionner avec l’efficacité attendue.
Cette exigence renvoie à des opérations concrètes. Une inspection peut révéler des tronçons affaiblis. Une réparation peut demander des pièces importées. Une remise en pression du réseau exige des tests. Or chaque étape coûte, et elle nécessite une coordination entre pays.
Le même passage souligne un autre point. Si l’Égypte ne peut pas “assurer” du gaz via ses puits locaux, la chaîne dépend d’un financement additionnel. Il faut financer l’achat de gaz naturel liquéfié. Il faut financer aussi la transformation du réseau en route d’injection, avec regazéification en amont.
Dans cette logique, le projet n’est pas seulement énergétique. Il devient un projet de financement régional. Il dépend des budgets. Il dépend aussi de la capacité à sécuriser des paiements dans des économies fragilisées.
Une dépendance politique assumée: le transit par la Syrie, et les risques de basculement
Le réseau passe par la Syrie pour atteindre le Liban. Cette réalité fait du transit un sujet politique permanent. Toute crise sur le territoire syrien peut ralentir les opérations. Toute tension diplomatique peut aussi bloquer une autorisation ou une coordination technique.
Les documents évoquent un risque plus sensible. Ils indiquent que, si l’approvisionnement égyptien local est insuffisant, la chaîne peut se transformer en autre chose. Le réseau égyptien pourrait devenir un simple intermédiaire pour vendre du gaz israélien à la Syrie et au Liban. Le texte ajoute que ce type de schéma existe déjà pour la Jordanie, qui dispose d’un accord spécifique avec Israël.
Cette hypothèse est lourde politiquement. Elle lie l’électricité libanaise à une chaîne de décisions régionales. Elle peut aussi faire surgir des objections internes. Elle pose enfin une question de transparence. Quel gaz circule réellement. Quel est son point d’origine. Qui facture quoi.
Le document lie ce risque à la réalité du marché égyptien. Il est mentionné que l’Égypte traverse une crise gazière. Elle est décrite comme l’ayant poussée à importer un tiers de ses besoins quotidiens depuis Israël. Le texte ajoute qu’elle achète aussi de grandes quantités de gaz naturel liquéfié sur le marché international.
Dans ce contexte, “gaz égyptien” peut désigner plusieurs réalités. Il peut s’agir de gaz produit en Égypte. Il peut s’agir de gaz importé, regazéifié, puis injecté. Il peut aussi s’agir de gaz transitant par l’Égypte via des accords régionaux. Cette ambiguïté nourrit la dépendance.
Le volet diplomatique: des mémorandums en série, et une Égypte qui veut être “hub”
Les documents décrivent une stratégie égyptienne plus large. L’Égypte cherche à se positionner comme centre régional de l’énergie. Plusieurs éléments vont dans ce sens.
Il est indiqué que l’Égypte a signé récemment un mémorandum d’entente avec le Liban pour fournir du gaz naturel. Il est aussi indiqué qu’un mémorandum similaire a été signé avec la Syrie, avec un protocole technique présenté comme renforçant le rôle de l’Égypte comme centre régional.
Le texte sur la Syrie présente cette relance comme une “troisième tentative” de réanimer la connexion gazière entre pays, après une longue phase d’inactivité marquée par des guerres et des conflits locaux.
Parallèlement, d’autres éléments indiquent que l’Égypte travaille sur des projets de liaison avec Chypre. L’idée est de relier des champs gaziers chypriotes à l’infrastructure égyptienne, puis de liquéfier et exporter vers l’Europe. Cette trajectoire renforce une image. L’infrastructure égyptienne devient une plateforme.
Ce contexte pèse sur le Liban. Si l’Égypte devient plateforme, elle arbitrera entre usages. Elle arbitrera entre l’export vers l’Europe, et l’alimentation régionale. Elle arbitrera aussi selon les marges financières. Le Liban arrive donc dans un système où il n’est pas seul client, et où le gaz est une ressource disputée.
Ce que le dossier promet au Liban, et ce qu’il impose en échange
Le gain attendu est concret. Un apport régulier en gaz permettrait d’alimenter des centrales, donc de produire davantage. Le document de 2021 lie explicitement le gaz aux centrales qui se sont arrêtées faute de financement.
Mais la promesse impose plusieurs contreparties implicites.
La première est la capacité de payer un prix supérieur au niveau mondial moyen, si l’approvisionnement passe par le gaz naturel liquéfié et la regazéification. Le chiffre de 15 dollars par million d’unités thermiques est central dans cette lecture.
La deuxième est la participation au financement de la remise en état du réseau. Le texte dit clairement que la relance dépend de la mobilisation de fonds pour réparer, entretenir, et rendre le réseau apte.
La troisième est l’acceptation d’une dépendance régionale. Le gaz transite. Il traverse des zones instables. Il dépend de décisions souveraines multiples. Il dépend aussi des équilibres autour de l’origine du gaz.
Dans cette configuration, la bouffée d’air est réelle. Mais elle n’est pas gratuite. Et elle peut être discontinue.
Les scénarios techniques sous contrainte: local égyptien, gaz liquéfié, ou bascule vers d’autres origines
Les documents dessinent trois scénarios implicites, sans les nommer ainsi.
Premier scénario. L’Égypte dispose d’une capacité suffisante de gaz local exportable. Dans ce cas, le flux peut être plus simple. Mais le texte souligne justement la difficulté actuelle de l’Égypte à exporter du gaz local, dans un contexte de crise.
Deuxième scénario. L’Égypte se procure du gaz naturel liquéfié sur le marché, le regazéifie, puis l’injecte dans la route régionale. C’est le scénario explicitement décrit, avec le prix de 15 dollars et la nécessité d’unités de regazéification.
Troisième scénario. Le réseau se transforme en route de transit pour un gaz d’autre origine, y compris du gaz israélien, si des arrangements politiques le rendent possible. Le texte présente cette issue comme une possibilité si les alternatives financières et techniques ne sont pas réunies, et si l’Égypte n’arrive pas à assurer le volume via ses sources.
Pour le Liban, ces scénarios changent la lecture du risque. Le risque n’est pas seulement un retard. C’est un changement de nature du projet, au fil des contraintes.
Un dossier d’électricité qui devient un dossier de souveraineté énergétique
La question libanaise n’est pas réduite à “importer du gaz”. Elle devient une question de souveraineté au sens pratique. Qui contrôle la source. Qui contrôle le transit. Qui contrôle la facture. Et qui garantit la continuité.
Le dossier rappelle une réalité dure. Une seule attaque sur une infrastructure peut arrêter le flux, comme ce fut le cas avec des explosions sur le segment d’Al-Arish, puis avec la destruction et les dommages en Syrie durant la guerre.
Il rappelle aussi une réalité financière. Sans argent pour réparer et pour acheter, le réseau reste un plan sur papier, même s’il existe déjà.
Il rappelle enfin une réalité régionale. Quand l’Égypte elle-même achète une part de son gaz, la sécurité énergétique libanaise dépend d’un marché mondial, et de la politique de plusieurs pays.
Dans cet ensemble, la “bouffée d’air” prend la forme d’un pari. Un pari sur la stabilité des routes. Un pari sur la disponibilité des volumes. Un pari sur un financement possible, malgré des budgets en crise.



