Un blocage institutionnel persistant
Depuis sa désignation en tant que Premier ministre par le président Joseph Aoun, Nawaf Salam fait face à une impasse politique qui compromet la formation de son gouvernement. Ce blocage est principalement lié aux divergences entre les forces politiques libanaises, notamment sur la répartition des portefeuilles ministériels stratégiques. Selon Al Joumhouriyat (30 janvier 2025), le Hezbollah et le mouvement Amal exigent le maintien du ministère des Finances, tandis que le Courant patriotique libre (CPL) de Gebran Bassil revendique plusieurs ministères de premier plan. Samir Geagea et les Forces libanaises, quant à eux, refusent de rejoindre un cabinet où le Hezbollah exercerait une influence prépondérante.
Une opposition aux critères de Nawaf Salam
Contrairement à ses prédécesseurs, Nawaf Salam défend la mise en place d’un gouvernement technocratique, composé de ministres indépendants, capables de mener les réformes exigées par la communauté internationale. Cependant, cette approche se heurte au refus des principales forces politiques qui souhaitent maintenir leur contrôle sur les institutions de l’État. Al Diyar (30 janvier 2025) rapporte que certains partis politiques considèrent que la vision de Salam va à l’encontre du système de gouvernance libanais basé sur le confessionnalisme et la représentation des diverses communautés.
Les revendications des blocs politiques
Le Hezbollah et le mouvement Amal : Ces deux formations, qui constituent une force incontournable au Parlement, insistent sur leur droit de conserver le ministère des Finances, un poste clé dans la gestion des fonds publics et des négociations avec le FMI. Elles refusent également la présence de personnalités qu’elles considèrent trop proches des pays occidentaux.
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Le Courant patriotique libre : Sous l’influence de Gebran Bassil, le CPL réclame plusieurs ministères, notamment l’Énergie et les Affaires étrangères. Toutefois, Bassil est confronté à une contestation interne et à des pressions extérieures, notamment de la part des États-Unis qui le soupçonnent de corruption.
Les Forces libanaises et le Parti socialiste progressiste : Samir Geagea et Walid Joumblatt plaident pour un gouvernement réduit et composé de technocrates, mais leur exigence de s’assurer que le Hezbollah ne domine pas le cabinet complique les négociations.
Les indépendants et la société civile : Certains députés issus du mouvement de contestation de 2019 réclament un changement structurel et s’opposent à un partage des ministères sur des bases confessionnelles. Cependant, leur poids au Parlement reste limité, les empêchant d’influencer directement la formation du gouvernement.
Le rôle des puissances étrangères
Face à l’impasse, plusieurs acteurs internationaux tentent d’accélérer le processus de formation du gouvernement.
La France : Al Sharq Al Awsat (30 janvier 2025) affirme que Paris met la pression sur Beyrouth pour qu’un gouvernement soit rapidement constitué et puisse engager les réformes nécessaires. Emmanuel Macron a réitéré son engagement en faveur d’une transition politique stable, tout en conditionnant l’aide économique à des réformes profondes.
Les États-Unis : Washington insiste sur la nécessité d’un gouvernement capable de freiner l’influence du Hezbollah, notamment sur les finances publiques. Toutefois, l’administration américaine n’a pas encore annoncé de sanctions supplémentaires, préférant maintenir une pression diplomatique.
Le Qatar et l’Arabie saoudite : Doha s’est impliqué dans des médiations entre les différentes factions, mais sans succès pour l’instant. Riyad, qui avait pris ses distances avec Beyrouth, semble hésiter à s’engager pleinement sans garanties sur la mise en place de réformes économiques.
Les conséquences du blocage politique
Une crise économique aggravée : L’absence d’un gouvernement fonctionnel empêche toute prise de décision économique majeure. Al Liwa’ (30 janvier 2025) rapporte que la Banque du Liban pourrait imposer de nouvelles restrictions bancaires, accentuant ainsi la crise financière.
Un climat social explosif : La population, déjà éprouvée par la crise économique, commence à manifester son ras-le-bol. Plusieurs rassemblements ont eu lieu devant les institutions publiques, notamment à Beyrouth et Tripoli.
Le risque d’une vacance du pouvoir : Si Nawaf Salam échoue à former un gouvernement, le pays pourrait être contraint d’organiser de nouvelles élections législatives, un scénario qui serait très difficile à mettre en place dans l’immédiat en raison de l’instabilité politique et du manque de financements.



