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Hausse des prix des carburants au Liban : le mazout grimpe de 22 000 livres

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Le Liban a enregistré ce matin une nouvelle augmentation des prix des carburants, accentuant la pression sur une économie déjà fragilisée par des années de crise. Selon les annonces officielles, le prix de l’essence 95 octanes a augmenté de 10 000 livres libanaises, s’établissant désormais à 1 391 000 livres pour une plaque de 20 litres. L’essence 98 octanes suit avec une hausse de 11 000 livres, atteignant 1 431 000 livres. Le mazout connaît la progression la plus significative, avec un bond de 22 000 livres à 1 314 000 livres, tandis que le gaz augmente de 11 000 livres pour s’élever à 1 240 000 livres. Ces ajustements, appliqués immédiatement, reflètent les variations des cours internationaux du pétrole et la dépréciation persistante de la monnaie locale, dans un pays dépendant à 100 % des importations énergétiques.

Cette hausse intervient alors que le pays fait face à des tensions régionales accrues, avec des impacts directs sur les chaînes d’approvisionnement. Les importateurs, confrontés à une volatilité des prix du brut, doivent naviguer entre des livraisons irrégulières et des contraintes logistiques liées aux instabilités frontalières. Le gouvernement, dirigé par le premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, a validé ces tarifs pour aligner les coûts sur la réalité du marché, tout en cherchant à maintenir un équilibre budgétaire précaire. Des files d’attente se sont formées devant les stations-service à Beyrouth, Tripoli et Saïda, où les usagers anticipent d’éventuelles pénuries.

Les détails de la nouvelle tarification

L’essence 95 octanes, largement utilisée par les véhicules particuliers et les transports collectifs, passe ainsi à 1 391 000 livres, représentant une charge supplémentaire pour les ménages aux revenus modestes. Cette catégorie de carburant reste essentielle pour les taxis et les bus, qui constituent le principal moyen de déplacement pour une large part de la population. L’essence 98 octanes, destinée aux moteurs plus exigeants et à certains usages industriels, s’élève à 1 431 000 livres, affectant particulièrement les secteurs du transport et de la logistique.

Le mazout, ou diesel, subit l’augmentation la plus marquée à 1 314 000 livres. Ce produit est vital non seulement pour les camions et les engins lourds, mais aussi pour les générateurs privés, qui suppléent aux défaillances chroniques du réseau électrique public. Enfin, le gaz, utilisé pour la cuisine et le chauffage domestique, atteint 1 240 000 livres par bonbonne de 10 kg. Ces prix sont calculés en fonction des cours du baril de Brent et du taux de change effectif, oscillant autour de 90 000 livres pour un dollar sur le marché parallèle.

Ces révisions hebdomadaires, supervisées par le ministère de l’énergie et de l’eau sous la direction de Joe Saddi, s’inscrivent dans un mécanisme adopté depuis la levée des subventions en 2021. Ce système vise à refléter les coûts réels, mais expose les consommateurs à des fluctuations constantes.

Un contexte économique marqué par la crise persistante

La crise économique libanaise, entamée en 2019, a vu la livre perdre plus de 95 % de sa valeur face au dollar, passant d’un taux fixe de 1 507 livres à des niveaux bien plus élevés sur le marché noir. La dette publique, estimée à environ 183 % du PIB en 2021, positionne le pays parmi les plus endettés mondialement, après le Japon, le Soudan et la Grèce. Les réserves en devises de la Banque du Liban ont chuté de plus de 40 milliards de dollars en 2016 à environ 15 milliards en mars 2021, limitant sévèrement les capacités d’importation.

L’inflation a atteint des pics supérieurs à 150 % en 2021, restant élevée par la suite. Les revenus publics ont diminué à 6,6 % du PIB en 2021, l’un des ratios les plus bas au monde, après la Somalie et le Yémen. Le PIB a reculé drastiquement, de 55 milliards de dollars en 2018 à moins de 20 milliards en 2022, selon la Banque mondiale, qui décrit cette crise comme l’une des plus sévères des 150 dernières années. En 2024, l’économie a encore contracté de 7,5 %, portant la baisse cumulée depuis 2019 à près de 40 %, avec une légère reprise attendue mais entravée par les conflits régionaux.

Trois quarts de la population vivent sous le seuil de pauvreté, avec un chômage culminant à 13,27 % en 2020. Les envois de fonds des expatriés, autrefois cruciaux, ont baissé en raison des restrictions bancaires. Les importations couvrent 80 % des besoins en biens, entraînant des pénuries en médicaments, nourriture et énergie.

L’évolution des prix des carburants depuis 2019

Avant 2019, les prix étaient stables, avec l’essence 95 octanes autour de 25 000 livres pour 20 litres, subventionnée par la Banque centrale. En 2016, le prix au litre en dollars était de 0,74, comparable à d’autres importateurs. La crise a forcé la levée progressive des subventions, coûtant 3 milliards de dollars annuels pour les carburants.

En juin 2021, les prix ont augmenté de 35 %, portant l’essence 95 octanes à 61 100 livres. Août a vu une hausse de 66 %, alignée sur un taux de change plus réaliste. Septembre a ajouté 16 %, basé sur 14 000 livres par dollar. Octobre a quadruplé certains tarifs, avec des records pour le mazout. Ces changements ont provoqué des protestations et des blocages.

En 2022, la Banque centrale a supprimé les subventions restantes, augmentant la volatilité. Les prix fluctuent hebdomadairement, influencés par les cours mondiaux et le taux parallèle. En janvier 2023, l’essence a atteint des pics nominaux. Depuis, les hausses se succèdent : en novembre 2025, +7 000 livres pour l’essence 95 octanes et +9 000 pour le mazout ; en janvier 2026, des progressions similaires. La récente augmentation, avec +22 000 livres pour le mazout, s’inscrit dans cette tendance, poussée par les tensions internationales.

Les mesures gouvernementales face à la flambée des prix

Le cabinet de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025 avec 24 ministres, a hérité d’une situation complexe. Soutenu par une coalition incluant indépendants et représentants confessionnels, il priorise la stabilisation financière. Parmi les ministres clés, Yassine Jaber aux finances supervise les ajustements budgétaires, tandis que Joe Saddi à l’énergie gère les importations de pétrole. Le conseil des ministres, réuni au palais de Baabda, valide ces hausses pour éviter l’épuisement des réserves.

Dès 2021, les autorités ont opté pour des prix libres, abandonnant les subventions opaques profitant aux contrebandiers. Un porte-parole du ministère de l’énergie a déclaré en 2021 : « Ceux qui ne peuvent pas payer 200 000 livres pour un réservoir devraient arrêter d’utiliser une voiture et opter pour autre chose. » Plus récemment, face aux tensions américano-iraniennes, un représentant des stations-service a averti : « Les tensions américano-iraniennes font grimper les prix du pétrole, mais nous écartons tout risque de pénurie au Liban. »

Le gouvernement explore des accords bilatéraux, comme avec l’Irak en 2021 pour du fuel contre des services médicaux. Sous l’actuel cabinet, des négociations avec fournisseurs régionaux persistent, malgré sanctions et instabilités. Le ministère de l’économie, dirigé par Amer Al-Bassat, contrôle la spéculation.

Les impacts sur la population et les secteurs économiques

Avec un salaire minimum à 18 millions de livres – environ 200 dollars au taux parallèle –, remplir un réservoir de 20 litres d’essence 95 octanes absorbe plus de 7 % du revenu mensuel. Les familles rurales, dans la Békaa ou le sud, limitent leurs déplacements, optant pour des transports collectifs ou renonçant à des soins essentiels.

Le secteur des transports est impacté : taxis et bus répercutent les coûts, avec des hausses de tarifs jusqu’à 50 % sur certaines lignes. En 2021, des grèves ont paralysé Beyrouth lors d’augmentations similaires. Aujourd’hui, les camionneurs signalent des retards, aggravant les pénuries alimentaires. Les prix des denrées ont bondi : viande bovine +110 % fin 2020, poulet +68,4 % récemment, en partie dus aux transports.

L’électricité, fournie par des générateurs au mazout pour seulement deux heures publiques par jour, devient prohibitive. Les abonnements privés absorbent 30 % des budgets. La levée des subventions en 2021 a causé des coupures, affectant la santé – malnutrition chez un enfant sur trois en 2021 – et l’éducation. L’agriculture souffre : fermiers utilisant du mazout pour pompes et tracteurs voient leurs coûts exploser, menaçant la production de céréales et fruits.

Dans l’industrie, les usines réduisent les heures pour économiser, entraînant des licenciements. Le tourisme est freiné par les coûts élevés, avec une chute des visites à Baalbek ou Byblos. Les petites entreprises, comme les boulangeries au gaz, ajustent leurs prix, contribuant à une inflation alimentaire à 332 % en juin 2022.

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Newsdesk Libnanews
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