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Hausse du trafic aérien à Beyrouth en décembre 2025 : un retour massif des expatriés libanais qui peine à relancer l’économie touristique

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Au seuil des fêtes de fin d’année 2025, l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth enregistre une augmentation notable du trafic aérien, avec des projections indiquant une hausse de 5 à 10 % du nombre de voyageurs par rapport à l’année précédente. Ce surcroît d’activité, impulsé par les retours des expatriés libanais pour Noël et le Nouvel An, masque cependant une réalité plus nuancée : il s’agit principalement de binationaux rentrant auprès de leurs familles, plutôt que d’une affluence de touristes étrangers. Les statistiques des onze premiers mois de l’année font état de 6 494 519 passagers, en progression de 23,83 % sur 2024, avec des arrivées en hausse de 28,69 % à 3 293 250 personnes. Pourtant, cette dynamique aérienne ne se traduit pas par une relance vigoureuse du secteur touristique, où les réservations hôtelières restent modestes et la consommation locale prudente, soulignant les limites économiques de ces retours familiaux.

Les chiffres d’octobre et novembre confirment cette tendance : 263 000 arrivées en octobre, suivies de 223 000 en novembre, et décembre s’annonce comme le pic de l’année. Fadi Jaber, directeur général de l’aviation civile, a déclaré que le trafic devrait encore s’intensifier dans les prochains jours, avec des taux d’occupation des avions avoisinant les 90 %. Jean Aboud, président du syndicat des agences de voyage, a quant à lui souligné une intensification des fréquences sur certaines destinations, comme Paris et Dubaï. Mais ces hausses concernent essentiellement les Libanais de la diaspora, originaires d’Europe, des États-Unis ou des pays du Golfe, qui privilégient des séjours courts, souvent limités à une ou deux semaines chez des parents ou dans des propriétés familiales. Cette configuration restreint l’impact sur l’économie touristique, car ces voyageurs dépensent peu en hébergements ou en services hôteliers, se concentrant sur des dépenses familiales ciblées plutôt que sur une consommation touristique classique.

Un ciel encombré par les retours familiaux, loin d’une invasion touristique

L’aéroport de Beyrouth, pivot de cette affluence saisonnière, opère à un rythme soutenu, avec plus de 100 vols quotidiens en pointe. Middle East Airlines, la compagnie nationale, a renforcé ses liaisons vers Paris avec plusieurs rotations quotidiennes, en partenariat avec Air France, tandis que Emirates et Flydubai ont augmenté leurs fréquences vers Dubaï pour absorber la demande. Qatar Airways et Turkish Airlines ont suivi, passant de trois à cinq vols hebdomadaires sur des routes comme Londres ou Frankfurt. Ces ajustements répondent à une mobilité qui n’a pas fléchi malgré les tensions sécuritaires persistantes au sud du pays, mais ils illustrent avant tout le poids des expatriés : ces binationaux, souvent détenteurs de passeports européens ou américains, représentent la majorité des passagers, injectant des devises via des transferts familiaux plutôt que par des dépenses touristiques étendues.

Le gouvernement, sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, tente de capitaliser sur cette période pour promouvoir le Liban comme destination. Laura Khazen Lahoud, ministre du Tourisme, a réaffirmé lors d’une conférence de presse récente l’engagement à repositionner le pays auprès des visiteurs du Golfe. « Nous travaillons à rétablir le Liban comme une destination touristique de choix pour les pays du Golfe », a-t-elle déclaré, évoquant des initiatives comme la plateforme « Smart Tourism », développée avec le ministère de la Technologie et de l’Intelligence Artificielle. Cette application facilite les réservations en ligne et met en valeur les sites patrimoniaux, mais son impact reste limité : les données montrent que les arrivées de touristes purs, hors diaspora, stagnent, avec une occupation hôtelière moyenne de 50-60 % à Beyrouth et bien inférieure en province.

Cette vitalité aérienne vue d’en haut cache une précarité au sol, où les expatriés optent pour des hébergements familiaux plutôt que pour des hôtels ou des appartements meublés. Les opérateurs du secteur rapportent que les appartements hors capitale sont presque vides, un signe de séjours abrégés et d’une hésitation liée au contexte sécuritaire. Les tensions au sud, atténuées depuis la fin des hostilités en 2024, influencent encore les choix, poussant les voyageurs à se cantonner à Beyrouth pour minimiser les risques. Ainsi, l’apport économique de ces retours est circonscrit : bien que les expatriés injectent des liquidités via des cadeaux ou des aides familiales, ils ne génèrent pas les revenus touristiques espérés, comme ceux d’un visiteur étranger explorant les sites archéologiques de Baalbek ou les stations de ski de Faraya.

Une affluence aérienne dominée par la diaspora, aux retombées économiques modestes

Les projections pour décembre indiquent plus de 300 000 arrivées, surpassant les records de 2024, mais cette hausse est attribuée en grande partie aux binationaux libanais. Des événements comme la visite papale de Léon XIV du 30 novembre au 2 décembre ont boosté les bookings, avec des vols complets des semaines à l’avance, particulièrement depuis l’Europe. Pourtant, ces passagers, souvent des familles élargies rentrant pour des retrouvailles, limitent leurs dépenses à l’essentiel : transports aéroportuaires, achats alimentaires locaux et cadeaux modestes. Contrairement à un tourisme conventionnel, où les visiteurs dépensent en restaurants, excursions et souvenirs, ces retours se traduisent par une consommation intra-familiale, avec peu d’effet multiplicateur sur l’économie formelle.

Les rues de Beyrouth, Tripoli et Saïda s’animent de décorations festives, avec des marchés illuminés par des sapins géants et des étals artisanaux. Des concerts en plein air et des foires alimentaires attirent les foules, mais l’ambiance masque une instabilité économique persistante. L’inflation a atteint 16,42 % en octobre 2025, en hausse par rapport aux 15,1 % de septembre, impactant les prix des biens festifs. La dette publique nette, estimée à 113 % du PIB d’ici fin 2025 – soit environ 37 milliards de dollars –, pèse sur les ménages, qui arbitrent leurs budgets en protégeant les liquidités. Les taux d’intérêt à 20 % maintenus par la Banque du Liban freinent l’emprunt, encourageant une épargne prudente plutôt qu’une consommation expansive.

Dans les régions rurales, l’impact est encore plus marqué. Les stations de ski comme Faraya ou les plages de Tyr voient une affluence limitée, malgré une saison hivernale prometteuse. Les annulations sporadiques, liées à des alertes sécuritaires ou budgétaires, soulignent la vulnérabilité : « Les familles optent pour des séjours courts, concentrés sur Beyrouth, pour minimiser les risques et les coûts », observe un représentant hôtelier. Cette prudence s’étend à la consommation quotidienne, où les supermarchés notent une hausse modérée des ventes de produits festifs, mais une stagnation des achats de luxe. Les importations ont augmenté de 12 % sur les huit premiers mois de 2025, accompagnées d’une inflation importée de 5,3 %, renchérissant les biens étrangers sans stimuler une demande touristique externe.

Les expatriés, pilier fragile d’une économie sous tension

Le rôle des binationaux dans cette dynamique est central, mais leur contribution reste limitée. Leurs transferts d’argent, via des plateformes comme Western Union ou des banques locales, soutiennent les familles, mais ne compensent pas l’absence de touristes étrangers. En décembre 2025, ce phénomène s’amplifie avec les fêtes, générant un effet localisé : achats dans les commerces de proximité, soutien aux petites entreprises familiales, mais peu d’investissements dans l’hébergement ou les loisirs payants. Les compagnies aériennes ajustent en temps réel, comme Middle East Airlines ajoutant deux rotations vers Paris le 24 décembre, pour faciliter ces retours. Cependant, ces voyageurs, chargés de valises familiales, ne dépensent pas comme des touristes typiques : pas de nuits en hôtels de luxe, peu d’excursions organisées, et une préférence pour les repas à domicile.

Les défis infrastructurels aggravent cette situation. L’aéroport de Beyrouth fait face à des congestions en période de pointe, avec des files d’attente prolongées aux contrôles. Les routes vers les sites périphériques souffrent d’un entretien insuffisant, exacerbé par les intempéries hivernales. La crise énergétique persiste, avec des coupures d’électricité obligeant les hôtels à recourir à des générateurs coûteux, ce qui augmente les tarifs et décourage les réservations. Dans ce contexte, la croissance du PIB annualisée à -0,7 % en 2025, après un recul de 5,7 % en 2024 dû au conflit Israël-Hezbollah, reflète une reprise fragile. Le chômage à 11,5 % pèse sur le pouvoir d’achat, forçant les ménages à prioriser les besoins essentiels, avec des dépenses de consommation en baisse de 4,2 milliards de dollars en 2024 – une tendance qui se poursuit.

Les marchés de Noël, comme celui de la place des Martyrs à Beyrouth, illustrent cette résilience limitée. Artisans locaux vendent des décorations handmade, pâtisseries traditionnelles et vins régionaux, attirant résidents et expatriés. Pourtant, les prix ont grimpé de 10-15 % par rapport à 2024, reflétant l’inflation. « Nous observons une affluence, mais les achats sont plus mesurés », note un commerçant. Dans les restaurants et cafés, les menus festifs attirent, mais avec des portions réduites ou des options économiques, les expatriés préférant les célébrations familiales pour contenir les coûts.

Une consommation festive concentrée sur l’essentiel familial

En cette fin décembre, les hébergements peinent à suivre le rythme aérien. Les hôtels de luxe comme le Phoenicia ou le Four Seasons affichent 70 % d’occupation, concentrée sur les week-ends, tandis que les établissements moyens luttent à moins de 40 %. Les plateformes comme Airbnb montrent une disponibilité élevée hors Beyrouth, avec des prix en baisse de 20 % pour attirer les clients – en vain, car les expatriés privilégient les domiciles familiaux. Ce contraste révèle des séjours focalisés sur la capitale, évitant les zones instables, et une consommation qui se replie sur l’intime plutôt que sur l’exploratoire.

Les supermarchés comme Spinneys ou Monoprix voient une hausse des ventes de dindes, vins et chocolats, mais les importations haut de gamme stagnent. Les familles optent pour des célébrations à domicile, limitant les sorties coûteuses. Dans les régions chrétiennes comme Jounieh ou Zahlé, les églises décorées attirent les fidèles, mais les événements communautaires sont réduits, priorisant la sécurité. Le ministère du Tourisme a lancé la campagne « Liban en Fêtes », promouvant des itinéraires sécurisés et des réductions sur les visites guidées, mais l’adhésion reste faible parmi les expatriés, focalisés sur les retrouvailles.

Les autorités renforcent les contrôles aux frontières pour rassurer, avec des protocoles sanitaires post-pandémie. Pourtant, les défis macroéconomiques persistent : dette écrasante, réserves en devises limitées, et un taux de change officieux du dollar autour de 89 500 livres libanaises. Les ménages ajustent, privilégiant les achats locaux pour minimiser les dépenses. Dans les marchés comme Souk el Tayeb, les produits agricoles bio voient une demande accrue, reflétant un shift vers une consommation durable, mais toujours contrainte.

Les liens avec les pays du Golfe, réchauffés depuis début 2025, ouvrent des perspectives limitées : campagnes ciblant Saoudiens et Émiratis mettent en avant Tyr ou la Bekaa, mais les arrivées gulfiques restent marginales face aux expatriés libanais. Laura Khazen Lahoud a multiplié les rencontres, comme celle du 3 décembre avec des représentants gulfiques, pour renforcer ces partenariats, sans pour autant transformer la nature des flux aériens.

Au final, les données du trafic pour les derniers jours de décembre indiquent une poursuite de la hausse, avec des arrivées supplémentaires pour le Nouvel An, renforçant les secteurs aéroportuaires. Les vols du 25 décembre, bondés d’expatriés rentrant avec des cadeaux, illustrent cette affluence, même si les rues illuminées portent les marques d’une économie où les retours familiaux, bien que vitaux, ne suffisent pas à combler les lacunes touristiques. Les projections pour les fêtes soulignent une occupation hôtelière provinciale toujours faible, avec des expatriés optant pour des séjours chez l’habitant, limitant ainsi les retombées sur les opérateurs locaux.

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Newsdesk Libnanews
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