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Joseph Aoun, la négociation comme pari de survie

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Un pari posé au milieu des drones et des violations du cessez-le-feu

Depuis l’accord de cessez-le-feu annoncé le 27 novembre 2024 sous médiation américaine, le Sud n’a jamais réellement basculé dans une paix stable. Un journal arabophone rappelle que cet accord visait à mettre fin à une guerre qui avait commencé à l’automne 2023 et s’était muée, en septembre 2024, en conflit généralisé, avec plus de quatre mille morts et des milliers de blessés au Liban. 

Selon ce même quotidien, au moins 114 civils ont été tués depuis l’entrée en vigueur de cet accord, sous l’effet de frappes aériennes répétées contre des villages du Sud, malgré le texte censé encadrer les hostilités. Le porte-parole d’un organisme onusien y souligne que les habitants de ces régions vivent « dans un état d’instabilité et d’insécurité depuis plus de deux ans », sans perspective visible de sortie de crise. 

C’est dans ce contexte que le chef de l’État choisit de faire de la négociation son axe principal de communication et de stratégie. Devant des responsables libanais, il répète que les guerres ne conduisent à rien de durable et que toutes finissent, tôt ou tard, par des pourparlers. Un autre quotidien résume ainsi son propos: la guerre ne présente « aucun intérêt direct » pour le Liban, et la seule issue viable passe par un retour au cadre des discussions, avant même de débattre de leur forme concrète. 

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Ce pari n’est pas posé dans le vide. Au Sud, les frappes continuent de viser des voitures, des motos, des maisons et des cafés. Un article décrit les villages où les drones ciblent des véhicules, puis où la communication militaire adverse affirme qu’il s’agissait de combattants, alors que les victimes sont, dans bien des cas, des civils. Dans ce paysage, l’insistance sur la négociation apparaît comme une tentative de proposer une sortie politique à un conflit qui, pour la population, ressemble à une guerre d’usure sans horizon.

« La guerre ne mène nulle part »: la doctrine publique du président

Lors d’un échange relaté par un journal publié à l’étranger, le chef de l’État résume sa vision en quelques phrases. Il rappelle que l’action politique se joue sur trois registres, la diplomatie, l’économie et la guerre, puis pose une question: lorsque la guerre « ne mène à rien », que reste-t-il à faire? Sa réponse est claire: « Toutes les guerres dans le monde se sont terminées par des négociations, et les négociations ne se font pas avec les amis mais avec les ennemis. » 

Cette position est reprise par un quotidien libanais qui rapporte des propos similaires devant des responsables politiques: la guerre ne procure « aucun bénéfice direct » au Liban, tandis que chaque conflit se termine, de toute façon, par un retour à la table des discussions. Le président y est présenté comme appelant à considérer la négociation non pas comme un aveu de faiblesse, mais comme un cadre obligé, qu’il vaut mieux assumer dès maintenant plutôt que d’y être poussé plus tard après de nouvelles pertes.

Cette doctrine publique s’accompagne d’un message indirect adressé à la résistance. Toujours selon ce même quotidien, le chef de l’État souligne que toute guerre finit par des négociations et invite le parti armé à « se comporter avec réalisme » face à ce constat, en acceptant de traiter, avec l’État, les dossiers qui vont de la gestion de l’après-guerre à la question plus sensible de l’armement. 

Dans le même temps, il prend soin de noter que, au sud du Litani, ce parti a respecté le cessez-le-feu et n’a pas tiré « une seule balle » ni mené d’opérations armées, tandis que les unités de l’armée poursuivent leurs missions de démantèlement de dépôts d’armes, de destructions de tunnels et de prévention des manifestations armées. Ce rappel lui sert à renvoyer la responsabilité des violations sur l’ennemi, tout en mettant en avant le rôle de l’institution militaire comme instrument central de la politique de l’État au Sud.

Face aux rédacteurs, un discours sans gants sur la guerre et ses effets

Lors d’une rencontre avec les responsables d’un syndicat de rédacteurs de presse, le chef de l’État choisit un ton inhabituellement direct. Un quotidien rapporte qu’il a « appelé les choses par leur nom », évoquant sans détour la gravité de la situation sécuritaire, économique et sociale, tout en refusant d’entrer dans la logique de ceux qui annoncent une guerre totale comme un destin inévitable. 

Dans ce discours, il répète que l’objectif prioritaire est de « sauver le Liban de l’occupation israélienne » et d’arriver à l’application intégrale du cessez-le-feu, notamment par le retrait des forces adverses des cinq points encore occupés et des quatre nouveaux sites créés depuis 2024, ainsi que par la libération des prisonniers libanais détenus dans les prisons israéliennes. 

Surtout, il met en garde contre une autre forme de guerre, moins visible: celle des récits et des campagnes à l’étranger. Il accuse certains Libanais de se rendre aux États-Unis pour « répandre le poison » sur leur propre pays, se présentant comme sources d’informations négatives qui alimentent une perception particulièrement noire de la situation. Un quotidien explique qu’en évoquant ces personnes, le président cherche à rappeler que le Liban ne peut pas, selon lui, défendre sa position dans les négociations tout en étant sapé de l’intérieur par des discours alarmistes à destination des partenaires internationaux.

Il insiste également sur la nécessité de préserver l’unité nationale et rejette l’idée d’isoler un composant politique ou communautaire. Le même article souligne qu’il refuse la logique de l’affrontement interne et préfère mettre en avant le dialogue et la recherche d’un « consensus national » pour faire face à l’étape suivante, qu’il s’agisse de discuter des armes, de la reconstruction ou des contours d’une négociation avec l’ennemi. 

Enfin, il n’ignore pas la dimension économique de la crise. Cette intervention devant les journalistes est l’occasion de rappeler l’ampleur des défis financiers, sociaux et monétaires, et de réaffirmer le droit des déposants à leurs avoirs, en soulignant que la gestion de la crise bancaire est indissociable de la capacité du pays à tenir sur le long terme. 

La séquence avec l’émissaire française: vendre la négociation comme option de stabilité

La visite de la conseillère politique du président français constitue l’un des moments où le pari de la négociation est le plus clairement formulé. Arrivée à Beyrouth pour prendre la température politique et sécuritaire avant la venue d’un nouveau ambassadeur américain, elle rencontre successivement les trois têtes de l’exécutif ainsi que le ministre des Affaires étrangères. 

Selon un quotidien, la représentante française assure que son pays veut continuer à aider le Liban, travailler à la tenue de deux conférences – l’une pour soutenir l’armée et les forces armées, l’autre pour la reconstruction – et œuvrer à la stabilisation du Sud, notamment en réactivant le mécanisme de suivi du cessez-le-feu « selon la demande libanaise ». 

Lors de son passage au palais présidentiel, le chef de l’État saisit l’occasion pour exposer publiquement sa ligne. Il lui explique que le « choix de la négociation » qu’il a annoncé est, selon lui, « de nature à ramener la stabilité au Sud et à l’ensemble du pays », car la poursuite de l’agression ne conduit « à aucun résultat ». 

Dans le même échange, il précise que ce qui empêche l’armée de compléter son déploiement jusqu’à la frontière internationale au Sud, ce n’est pas un refus interne, mais la poursuite des « opérations hostiles » de l’ennemi et le non-respect de l’accord de novembre 2024. Il insiste sur le fait que l’institution militaire applique « avec précision » les instructions reçues, qu’elle jouit de la confiance des Libanais et des habitants du Sud, et que les accusations de défaillance relayées par l’ennemi ne sont, selon lui, qu’« une pure calomnie ». 

Toujours selon les comptes rendus de cette visite, il souligne enfin que le soutien « moral » ne suffit pas: l’armée a besoin d’équipements, de véhicules et de moyens pour assumer les tâches qui lui sont confiées. Ce volet matériel doit être abordé dans la conférence de soutien aux forces armées que Paris et ses partenaires envisagent d’organiser, parallèlement à une conférence d’aide à la reconstruction. 

La commission de supervision et le mécanisme: négocier sous un ciel ouvert

En parallèle des rencontres bilatérales, le chef de l’État s’adresse à la commission chargée de superviser l’application du cessez-le-feu. Un journal relate qu’il lui demande d’étudier « comment arrêter l’agression » et d’envisager les moyens de calmer la situation sur la frontière. 

Cette commission, qui réunit des représentants des parties et de la force internationale, se réunit régulièrement à Naqoura. Une publication basée à l’étranger note que la treizième réunion a permis à la partie libanaise d’exposer la liste des violations commises sur son territoire, mais qu’aucune « bonne nouvelle politique » n’en est sortie. Dans le même texte, on explique que le commandement de l’armée a protesté contre le refus de l’ennemi de laisser ses unités entrer dans certaines zones où il suspecte la présence d’armes ou d’installations de la résistance, préférant poursuivre ses attaques aériennes plutôt que de permettre à l’institution libanaise de mener ses propres opérations de contrôle. 

Le président fait donc face à une contradiction: d’un côté, il met en avant la négociation et le mécanisme comme outils centraux; de l’autre, il voit que les réunions de la commission ne débouchent sur aucun changement tangible sur le terrain, tandis que les drones et l’artillerie continuent de frapper villages et routes. 

Ne pas « politiser » la commission: la bataille du format de la négociation

Un texte publié à l’étranger insiste sur un autre aspect de ce pari: le format de la négociation. Ce journal rapporte que les États-Unis souhaiteraient que les discussions avec l’ennemi prennent la forme de pourparlers plus clairement politiques, avec la participation de responsables civils, et non plus uniquement de militaires. 

Le chef de l’État, lui, refuse jusqu’à présent de modifier la composition de la commission qui supervise le cessez-le-feu. Selon ce même article, il craint qu’une telle modification ne donne l’impression de lancer des « négociations politiques » à part entière, ce qui pourrait être contesté sur la scène intérieure et exposer la présidence à des accusations de normalisation. 

Un quotidien libanais, citant des sources diplomatiques, rapporte de son côté que les États-Unis ne souhaitent pas que le dossier du Sud soit traité uniquement à travers le mécanisme militaire, et qu’ils préfèrent une formule de négociation directe, avec une représentation politique explicite. Ces sources affirment que, pour Washington, une médiation via la seule structure technique ne suffit pas et qu’un cadre plus politique est nécessaire. 

Dans cette perspective, le pari de la négociation se double d’une bataille sur la forme: le président tente de garder le processus dans un cadre qu’il présente comme technique, basé sur le cessez-le-feu et ses mécanismes, afin d’éviter d’ouvrir frontalement le débat interne sur un dialogue politique avec l’ennemi. Les partenaires, eux, poussent vers un format plus explicite.

« Respect du cessez-le-feu au Sud du Litani »: renvoyer la balle à l’ennemi

Pour soutenir son approche, le chef de l’État s’appuie aussi sur son propre récit des faits sur le terrain. Devant des responsables politiques, il affirme que la résistance a respecté l’accord de cessez-le-feu dans la zone située au sud du Litani, qu’elle n’y a pas tiré de coups de feu ni mené d’opérations. Il met en avant le rôle de l’armée, qui, dit-il, intervient pour démanteler des dépôts d’armes, neutraliser des tunnels et empêcher les manifestations armées quand elles se produisent. 

Ce discours vise à renverser l’argument souvent avancé par l’ennemi et certains milieux occidentaux. Pour lui, si le cessez-le-feu est violé, ce n’est pas à cause d’un manquement libanais, mais parce que l’ennemi refuse de se conformer à ses obligations: retrait des points encore occupés, arrêt des frappes, respect des dispositions interdisant les attaques contre des objectifs civils. 

Un éditorial explique en détail le contenu de l’accord de novembre 2024, rappelant que l’ennemi devait cesser toute opération offensive contre des cibles au Liban, qu’elles soient civiles ou militaires, et retirer progressivement ses forces au sud de la ligne bleue. Or, ajoute ce texte, non seulement ce retrait n’a pas eu lieu, mais les zones occupées ont été élargies. Sur cette base, une partie de la classe politique considère que le Liban pourrait, dans une éventuelle phase de négociation, exiger des garanties américaines claires sur l’application stricte de l’accord, y compris la mise en place d’un mécanisme de surveillance plus transparent. 

Prisonniers, CICR et diplomatie humanitaire

Le pari de la négociation ne se limite pas aux aspects militaires: il s’étend au dossier des prisonniers. Lors d’une rencontre au palais présidentiel avec une délégation de la Croix-Rouge internationale, le chef de l’État met au centre de la discussion le sort des Libanais détenus dans les prisons israéliennes. 

Selon le compte rendu d’un quotidien, il réclame la libération de ces prisonniers et souligne que certains ont été arrêtés après l’annonce du cessez-le-feu de novembre 2024, ce qui constitue, selon lui, une violation supplémentaire de l’accord. Il demande à l’organisation internationale de fournir des informations précises sur leur situation et leur état de santé, et de jouer un rôle dans la pression exercée pour leur libération. 

Le même article indique qu’il présente à ses interlocuteurs les démarches diplomatiques en cours pour pousser l’ennemi à mettre fin à ses attaques, à se retirer des zones occupées et à relâcher les prisonniers. Ce volet humanitaire s’inscrit, là encore, dans une approche où la négociation – ici via des canaux internationaux – est considérée comme la voie principale, à défaut d’autre levier réel.

Entre soutien et critiques: une scène intérieure divisée

Si le pari de la négociation est assumé et répété, il n’est pas unanimement accepté. Un journal relaie les propos d’un dirigeant d’opposition qui reconnaît que le président « parle de négociations », mais affirme ne pas savoir de quelles discussions il s’agit, sous quelle forme, ni avec quel contenu. Il refuse, pour l’instant, de se prononcer sur des « négociations inconnues » dans leur format et leur agenda. 

Un autre éditorial, plus critique, reproche au chef de l’État de demander l’acceptation d’une négociation avec l’ennemi, tout en affirmant que l’option de la résistance armée ne serait plus utile. Le texte dénonce ce qu’il présente comme des réunions entre responsables libanais et « principaux alliés » de l’ennemi pour discuter d’un plan de désarmement dans le Sud, en laissant entendre que le discours officiel sur la négociation cacherait une volonté d’aller beaucoup plus loin dans les concessions. 

D’autres voix, enfin, se concentrent sur les modalités proposées par les partenaires étrangers. Des sources diplomatiques citées par un quotidien expliquent que Washington ne souhaite pas jouer le rôle de médiateur dans le cadre du mécanisme actuel et préfère un schéma de négociation directe avec l’ennemi, ce qui placerait la présidence face à un choix délicat: accepter un format qui risque d’ouvrir une crise politique interne, ou s’en tenir à une approche plus technique, au risque d’irriter ses alliés. 

La négociation comme condition de survie d’un État épuisé

Au-delà des formulations, le pari du chef de l’État tient à un calcul simple, qu’un quotidien résume ainsi: l’agression qui se poursuit « détruit toute la vie » dans les villages et villes du Sud, et le danger d’une occupation de facto dépasse désormais la seule zone au sud du Litani. 

Dans le même temps, la crise économique et financière continue de ronger les bases de l’État. Le président sait que sans conférence de soutien à l’armée, sans conférence de reconstruction, sans accord sur la gestion des dépôts et des finances publiques, le pays risque de ne plus disposer des moyens de soutenir un front prolongé ni même de répondre aux besoins essentiels de sa population. 

Il n’annonce pas une paix proche, ni même une négociation imminente. Un article étranger note qu’il « attend toujours une réponse » de l’ennemi, transmise par les médiateurs américains, à sa proposition d’ouvrir des pourparlers. Le même texte souligne que, dans la perception dominante, l’ennemi préfère pour l’instant profiter d’un ciel ouvert qui lui offre une liberté d’action militaire plutôt que de s’engager dans un cadre contraignant. 

Dans ces conditions, son insistance sur la négociation ressemble moins à un pari de prestige qu’à une stratégie de survie: tenter d’ouvrir un espace politique avant que l’usure des bombardements, l’affaiblissement économique et les divisions internes ne réduisent encore davantage la marge de manœuvre de l’État. C’est ce que la presse laisse apparaître, à travers les discours, les rencontres et les signaux envoyés vers l’intérieur comme vers l’extérieur: un président qui mise sur les pourparlers non par goût de la diplomatie abstraite, mais parce qu’il estime que le Liban, dans l’état où il se trouve, ne peut plus se permettre une guerre sans fin.

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