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Joseph Aoun : « Le Liban ne pliera pas devant l’intimidation »

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Dans une déclaration du 6 juin 2025, au lendemain des frappes israéliennes sur plusieurs quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, le président libanais Joseph Aoun a affirmé que « le Liban ne pliera pas devant l’intimidation ». Cette formulation centrale s’inscrit dans une rhétorique politique précise, marquée par la réaffirmation de la souveraineté nationale, l’appel à l’unité intérieure, et une adresse implicite à la scène internationale. L’analyse de cette déclaration permet de comprendre les ressorts stratégiques, institutionnels et symboliques d’un discours présidentiel en temps de crise.

Choix d’un format écrit : posture présidentielle institutionnelle

En optant pour une déclaration écrite, le président a choisi une forme solennelle et non événementielle. Ce format lui permet de maîtriser l’énonciation, de se placer au-dessus du brouhaha médiatique, et d’inscrire sa parole dans la continuité institutionnelle. Il ne s’agit pas d’un discours émotionnel mais d’un texte structuré, destiné à être cité, lu, interprété dans la durée.

Cette approche renforce le caractère présidentiel de la prise de parole. Elle s’inscrit dans la tradition libanaise des communications écrites des chefs d’État dans les moments de tension extrême. Elle vise aussi à éviter les pièges du direct ou de l’improvisation, en favorisant une lecture mesurée, officielle, délibérée.

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Affirmation de souveraineté : sémantique du refus

Le passage clef du texte, « Le Liban ne pliera pas devant l’intimidation », s’inscrit dans un champ lexical de résistance et d’auto-affirmation. Le président ne décrit pas simplement un acte militaire : il le caractérise comme une tentative de soumission psychologique. En utilisant le mot « pliera », il évoque un affrontement moral et politique autant que militaire.

La déclaration s’organise autour de ce refus : refus de l’intimidation, refus de la division, refus de la résignation. Cette triple négation construit une figure de l’État debout, appuyée sur la résilience nationale et l’histoire récente de confrontations et de reconstructions.

Omission stratégique de l’adversaire : désignation indirecte

Aucune mention explicite d’Israël n’apparaît dans le texte. L’agresseur est désigné par des périphrases : « ceux qui cherchent à semer la peur », « ceux qui menacent notre sécurité », « les ennemis de la stabilité ». Ce choix lexical permet de maintenir une posture présidentielle transversale, en ne prenant pas ouvertement le parti d’un camp contre un autre.

Cette ambiguïté assumée offre au président une double marge de manœuvre : à l’intérieur, elle lui permet de ne pas exacerber les tensions politiques sur la question du Hezbollah ; à l’extérieur, elle évite de compromettre les canaux diplomatiques encore actifs avec les partenaires occidentaux.

Rappel de l’histoire nationale : résistance et continuité

La déclaration inscrit les événements récents dans une continuité historique. Il est fait référence à des épisodes antérieurs de « souffrance partagée », de « reconstruction nationale », de « solidarité collective ». Cette stratégie vise à construire une mémoire immédiate de l’événement en l’alignant sur les précédents traumatiques, notamment ceux de 2006 et de 1982.

Cette contextualisation historique permet de transformer un épisode ponctuel en moment structurant de la souveraineté. Elle réaffirme également la légitimité du Liban comme acteur résilient, capable d’absorber les chocs sans altérer son orientation politique fondamentale.

Unité nationale comme levier d’autorité

La déclaration appelle explicitement à la « cohésion entre toutes les composantes du peuple libanais » et à la « responsabilité partagée dans la défense de la nation ». Ce vocabulaire non confessionnel, non partisan, évite toute référence aux forces en présence. L’objectif est de produire un effet de rassemblement fondé sur l’idée de peuple et non de parti.

En se plaçant au-dessus des divisions, Joseph Aoun affirme sa fonction d’incarnation de l’État unitaire. Il renforce aussi son autorité dans un système politique où le président est souvent cantonné à un rôle symbolique. La crise devient alors un levier pour rehausser son profil institutionnel.

Silences significatifs : Hezbollah, gouvernement et international

Le texte n’évoque ni le Hezbollah, ni le gouvernement, ni la communauté internationale. Ces absences ne relèvent pas d’un oubli, mais d’une construction discursive précise. Ne pas nommer le Hezbollah permet de ne pas trancher la controverse interne sur sa légitimité armée. Ne pas citer le gouvernement évite de diluer la posture présidentielle dans le collectif exécutif. Ne pas s’adresser directement aux puissances étrangères permet de ne pas apparaître comme dépendant de leur appui.

Ces silences sont stratégiques : ils évitent les clivages, préservent l’autonomie de la parole présidentielle, et permettent à chacun des destinataires internes ou externes d’interpréter le message selon son propre registre.

Adresse implicite à la communauté internationale

Malgré l’absence de destinataires explicitement désignés, la déclaration contient plusieurs appels indirects à la scène internationale. Des expressions comme « le respect du droit », « les principes de la légalité internationale », « les partenaires de la paix » sont destinées à mobiliser une attention extérieure sans formuler de demande directe.

Cette stratégie permet d’articuler un discours de dignité nationale avec un positionnement international ouvert. Elle maintient une posture de sujet politique souverain tout en rappelant la nécessité d’un cadre multilatéral pour assurer la sécurité régionale.

Résonance dans la scène politique libanaise

La publication de la déclaration a suscité peu de controverses immédiates. Plusieurs figures politiques ont exprimé leur soutien ou leur approbation sans réserves. D’autres ont choisi de ne pas commenter. Ce consensus relatif autour de la parole présidentielle en période de crise renforce l’effet unificateur recherché par le texte.

En évitant les provocations, les prises de position partisanes ou les justifications techniques, le président a produit un énoncé qui peut être relayé, commenté, repris dans différents discours sans contradiction majeure. Cela participe à sa consolidation en tant que figure d’équilibre dans une phase d’instabilité.

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Newsdesk Libnanews
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