mardi, février 10, 2026

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Jour pour jour : La reddition de Bagdad aux Mongols scelle la fin du califat abbasside

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Le 10 février 1258 demeure une date pivot dans l’histoire du monde islamique, marquant la reddition du calife abbasside al-Musta’sim aux forces mongoles commandées par Hulagu Khan. Cet événement, survenu précisément ce jour-là selon les chroniques contemporaines, met un terme brutal à cinq siècles de domination abbasside, inaugurant une ère de recompositions géopolitiques en Mésopotamie et au-delà. La chute de Bagdad, capitale emblématique de l’âge d’or islamique, illustre les dynamiques impitoyables des conquêtes mongoles au XIIIe siècle, où une puissance nomade issue des steppes asiatiques terrasse un empire sédentaire affaibli par des décennies de déclin interne. Cette analyse historique se penche sur les circonstances précises de cet assaut, en soulignant les facteurs stratégiques, les acteurs impliqués et les répercussions immédiates, sans extrapoler sur des évolutions ultérieures.

Le contexte du califat abbasside au XIIIe siècle

Au début du XIIIe siècle, le califat abbasside, fondé en 750 après l’éviction des Omeyyades, n’est plus que l’ombre de sa gloire passée. Bagdad, érigée en 762 par le calife al-Mansur comme une cité ronde fortifiée, s’était imposée comme le cœur intellectuel et commercial du monde musulman. Située au confluent de routes caravanières reliant l’Asie centrale à la Méditerranée, elle abritait la Maison de la Sagesse, un centre de traduction et de recherche où des savants comme al-Khwarizmi ou Ibn Sina puisaient dans les héritages grec, indien et persan pour avancer dans les domaines des mathématiques, de l’astronomie et de la médecine. La ville comptait plus d’un million d’habitants vers l’an 1000, rivalisant avec les métropoles chinoises comme Kaifeng.

Pourtant, dès le Xe siècle, le pouvoir réel des califes s’effrite. Les Buyides, une dynastie chiite d’origine persane, s’emparent de Bagdad en 945, reléguant les Abbassides à un rôle symbolique. En 1055, les Seljouks turcs, sunnites, prennent le relais, installant un sultanat qui protège le califat mais le vide de sa substance politique. Le calife al-Nasir, régnant de 1180 à 1225, tente une renaissance en repoussant les menaces khorezmiennes et en renforçant son autorité locale. Cependant, sous ses successeurs, dont al-Musta’sim (r. 1242-1258), les dissensions internes s’aggravent. Le vizir chiite Muhammad ibn al-Alqami est accusé de favoriser les intérêts sectaires au détriment de l’unité sunnite, tandis que l’armée, réduite à 30 000 à 50 000 hommes mal entraînés, dépend de milices locales et de mercenaires. Les inondations récurrentes du Tigre affaiblissent les remparts, et les querelles entre quartiers sunnites et chiites, exacerbées par une crue dévastatrice en 1256, minent la cohésion urbaine.

Parallèlement, l’empire mongol émerge comme une force irrésistible. Fondé par Gengis Khan en 1206, il s’étend de la Chine à l’Europe orientale, intégrant des techniques de guerre nomades – mobilité équestre, archerie composite – à des innovations ingénieriques empruntées aux peuples conquis. Après la mort de Gengis en 1227, ses successeurs, dont Ögödei et Möngke, consolident ces conquêtes. En 1251, Möngke, issu de la branche toluid, accède au trône et ordonne à son frère Hulagu de pacifier l’Ouest : détruire les Assassins nizaris et soumettre les Abbassides. Cette mission s’inscrit dans une stratégie globale de domination eurasiatique, où les Mongols exploitent les divisions locales pour asseoir leur hégémonie.

L’ascension de l’empire mongol et les provocations envers Bagdad

Les Mongols entrent en contact avec le Proche-Orient dès les années 1220. Après l’invasion de l’empire khorezmien en 1219-1221, déclenchée par l’assassinat d’une caravane mongole, les forces de Gengis ravagent la Transoxiane et la Perse. En 1230, sous Chormaqan, ils s’installent en Azerbaïdjan, éliminant le dernier shah khorezmien Jalal al-Din en 1231. Baiju, successeur de Chormaqan, étend l’influence mongole : il capture Ispahan en 1236, assiège Erbil en 1237 et vainc les Seljouks à Köse Dağ en 1243, transformant l’Anatolie en vassal. Des raids annuels menacent Bagdad dès 1238, mais en 1245, les forces abbassides repoussent une incursion, préservant un semblant d’autonomie.

Les Assassins, secte ismaélienne chiite retranchée dans les monts Elbourz, compliquent la situation. Dirigés par Ala ad-Din Muhammad jusqu’en 1255, puis par Rukn al-Din Khurshah, ils assassinent des commandants mongols dans les années 1240 et tentent d’atteindre la cour de Karakorum. Möngke charge Hulagu de les anéantir. Parti en octobre 1253 avec une armée estimée à 138 000 à 300 000 hommes – incluant des contingents géorgiens, arméniens et chinois, ainsi que des ingénieurs comme Guo Kan –, Hulagu reçoit l’hommage des princes locaux à Kish en novembre 1255. Son avant-garde, menée par Kitbuqa, saccage les forteresses assassines dès 1256. Rukn al-Din se rend le 19 novembre 1256 à Maymun-Diz, et Alamut capitule le 15 décembre.

Entre-temps, les relations avec Bagdad se tendent. En 1256, al-Musta’sim refuse d’envoyer des renforts contre les Assassins, arguant de sa neutralité. Hulagu, campé sur la plaine d’Hamadan en été 1257, envoie une lettre en septembre exigeant soumission et démolition des fortifications. La réponse du calife, arrogante, invoque la protection divine et menace d’une coalition musulmane. Une seconde missive mongole, plus menaçante, avertit : « Je vous ferai chuter… Si vous refusez… Je vous montrerai la signification de la volonté de Dieu. » Ces échanges révèlent l’incompréhension abbasside face à la détermination mongole, ancrée dans une tradition de conquête impitoyable.

La marche vers Bagdad et les préparatifs du siège

En décembre 1257, Hulagu tient conseil de guerre et disperse ses forces pour une invasion multidirectionnelle. Baiju traverse le Tigre à Mossoul et avance par l’ouest, tandis que Kitbuqa longe l’est. Hulagu saccage Kermanshah le 6 décembre, atteignant les abords de Bagdad mi-janvier 1258. Les défenses abbassides, affaiblies par les inondations, consistent en des remparts de brique mal entretenus et une garnison hétéroclite. Al-Musta’sim, conseillé par son vizir soupçonné de sympathies pro-mongoles, envoie une sortie le 17 janvier, mais Baiju inonde leur camp en rompant les digues du canal Dujayl, causant une déroute massive.

Le 22 janvier, Hulagu installe son camp dans les faubourgs est, accueilli par des chiites locaux hostiles au calife sunnite. Les Mongols construisent un palissade et un fossé autour de la ville en une journée, bloquant toute fuite. Des pontons sur le Tigre empêchent les évacuations fluviales. Des munitions sont acheminées des monts Jebel Hamrin, incluant naphtha pour des projectiles incendiaires. Al-Musta’sim tente des négociations, offrant tributs et allégeance, mais Hulagu exige une capitulation inconditionnelle, tirant des flèches porteuses de messages de clémence pour les non-combattants.

Le siège : Assauts et brèches dans les défenses

L’assaut commence les 29-30 janvier 1258. Les Mongols érigent des monticules de terre pour leurs mangonels et balistes, bombardant les murailles sud-est. Des ingénieurs chinois dirigent les opérations, utilisant des techniques avancées pour affaiblir les fondations. Le 1er février, une brèche est ouverte à la tour Ajami. Le 4 février, les Mongols contrôlent les remparts est. Al-Musta’sim envoie des soldats désarmés supplier la clémence, mais ils sont exécutés, renforçant la terreur psychologique.

Le 7 février, face à l’inéluctable, le calife négocie via son vizir et le patriarche nestorien Makkikha II. Hulagu promet la sécurité à la famille califale et aux dignitaires. Le 10 février, al-Musta’sim sort avec son fils Ahmed, sa famille et 3 000 notables, remettant la ville. Cette reddition précise, consignée dans les chroniques, souligne la rapidité du siège – treize jours – due à la supériorité numérique et technique mongole face à une défense désorganisée.

La chute et l’entrée des Mongols dans la ville

Les Mongols attendent trois jours avant d’entrer le 13 février, permettant un pillage ordonné. Hulagu visite le palais le 15 février, organisant un banquet où il confronte al-Musta’sim à ses trésors : « Mangez ! » raille-t-il, pointant l’or accumulé au lieu de fortifier la ville. Le calife réplique : « Telle était la volonté de Dieu. » Le sac dure une semaine, jusqu’au 20 février. Des maisons sont marquées pour épargner marchands, artisans et chrétiens – grâce à l’intercession de Doquz Khatun, épouse chrétienne de Hulagu. Les églises nestoriennes sont protégées, et des chroniques arméniennes, comme celle de Kirakos Gandzaketsi, notent la satisfaction des chrétiens face à la chute des musulmans.

Les destructions et massacres : Une dévastation systématique

Les massacres sont massifs. Hulagu rapporte 200 000 morts dans une lettre à Louis IX de France, tandis que des sources musulmanes évoquent 800 000 à 2 millions, incluant peut-être des épidémies. Des médecins contemporains décrivent une « pestilence » frappant les réfugiés, avec des corps jetés dans le Tigre, noircissant ses eaux d’encre des livres détruits et rougissant de sang. La Maison de la Sagesse est ravagée, perdant des manuscrits irremplaçables. Mosquées et palais sont pillés, mais Hulagu ordonne la reconstruction des bazars pour relancer le commerce. Il quitte Bagdad le 8 mars, laissant 3 000 soldats, fuyant l’air putride et une possible épidémie liée au transport de millet.

Conséquences immédiates sur le monde islamique

La fin du califat abbasside, vieux de 500 ans, transfère le pouvoir à Tabriz, future capitale de l’Ilkhanat fondé par Hulagu. L’annexion de la Mésopotamie intègre la région à l’empire mongol, avec des vassaux comme l’émir de Mossoul Badr al-Din Lu’lu’ fournissant ravitaillement. Al-Musta’sim est exécuté le 20 février, enveloppé dans un tapis et piétiné par des chevaux, respectant la coutume mongole évitant le sang royal. Son héritier est installé comme puppet au Caire sous les Mamlouks, marquant un déplacement symbolique du centre islamique.

Héritage culturel et intellectuel : Pertes incommensurables

La destruction de Bagdad efface un patrimoine inestimable. Des bibliothèques rouvrent en deux ans sous patronage ilkhanide, mais les pertes sont irrémédiables. Nasir al-Din al-Tusi, conseiller de Hulagu, sauve certains ouvrages pour son observatoire de Maragha. Des folios du Jami al-tawarikh de Rashid al-Din, datant du XIVe siècle, dépeignent les scènes, tandis que des récits comme celui de Marco Polo relatent la légende du calife enfermé avec son or. Ces sources primaires soulignent l’impact : une rupture dans la transmission du savoir, où l’encre du Tigre symbolise la fin d’une ère.

Récits contemporains et implications immédiates

Les chroniques persanes et arabes, telles que celles d’Ata-Malik Juvayni, dépeignent Hulagu comme un conquérant inexorable, conseillant aux princes : soumettez-vous ou périssez. La présence de polymathes comme al-Tusi illustre l’intégration mongole de talents conquis. L’épidémie post-siège, potentiellement liée à la peste via les approvisionnements, frappe Damas et la Syrie, où les réfugiés propagent la maladie. À Bagdad, les marchés reprennent, mais la ville, réduite à une province ilkhanide, voit son rôle diminué, avec des tributs redirigés vers l’Est. Les dynamiques sectaires persistent, les chiites gagnant temporairement sous occupation mongole, tandis que les nestoriens consolident leur influence. Ces ajustements immédiats reflètent une reconfiguration administrative, où les Mongols imposent leur fiscalité sur les ruines d’un empire déchu.

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