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Jour pour jour: Le rejet du plan britannique pour la Palestine, le 7 février 1947, Arabes et Juifs unissent leur refus

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Le 7 février 1947 marque un épisode décisif dans l’histoire du mandat britannique sur la Palestine, lorsque les représentants arabes et juifs rejettent conjointement une proposition du gouvernement de Sa Majesté visant à diviser le territoire en zones arabe et juive sous une administration de tutelle temporaire. Présentée dans le cadre de la conférence de Londres, cette initiative, souvent désignée comme le plan Bevin du nom du ministre des Affaires étrangères Ernest Bevin, visait à résoudre les tensions croissantes entre les communautés en instaurant un régime transitoire sous l’égide des Nations unies, avec une perspective d’indépendance à terme. Les délégations arabes, menées par des figures comme Jamal Husseini, dénoncent une atteinte à leurs droits nationaux, tandis que les représentants juifs, sous la direction de David Ben Gourion et Chaim Weizmann, y voient une entrave à l’établissement d’un État souverain juif. Ce refus unanime, bien que motivé par des raisons opposées, illustre les impasses diplomatiques du mandat britannique, épuisé par des années de violences intercommunautaires et confronté à l’impossibilité de concilier les aspirations contradictoires. La Palestine, sous administration britannique depuis 1920, est alors le théâtre d’une escalade de conflits, avec des attentats et des émeutes qui ont déjà causé des milliers de victimes depuis la grande révolte arabe de 1936-1939. Ce rejet du 7 février accélère la décision britannique de renvoyer la question aux Nations unies, préfigurant la résolution 181 de novembre 1947. L’événement s’inscrit dans un contexte postcolonial où l’empire britannique, affaibli par la Seconde Guerre mondiale, cherche à se désengager de ses territoires mandataires tout en préservant ses intérêts stratégiques au Moyen-Orient.

Les racines du mandat et les frustrations arabes accumulées

Pour comprendre le rejet catégorique du plan Bevin par les représentants arabes, il faut remonter aux fondements mêmes du mandat britannique sur la Palestine, octroyé par la Société des Nations en 1920. Ce mandat, qui succède à l’occupation ottomane, intègre la déclaration Balfour de 1917, par laquelle le gouvernement britannique s’engage à favoriser l’établissement d’un foyer national juif en Palestine, tout en précisant que rien ne doit porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives existantes. Dès le départ, cette formulation ambiguë suscite l’inquiétude des Arabes palestiniens, qui constituent alors plus des deux tiers de la population et possèdent la majeure partie des terres cultivables. Les congrès arabes successifs, comme celui de Jérusalem en 1919, expriment déjà une opposition ferme à toute immigration juive massive, perçue comme une menace à l’identité arabe du territoire.

Au fil des années 1920 et 1930, les tensions s’exacerbent avec l’arrivée croissante d’immigrants juifs, favorisée par les autorités britanniques. Les Arabes palestiniens, organisés autour du Comité arabe suprême dirigé par le mufti Hajj Amin al-Husseini, dénoncent une politique qui altère la démographie et l’économie locale. La grande révolte arabe de 1936-1939, marquée par des grèves générales, des sabotages et des affrontements armés, reflète cette frustration profonde. Les forces britanniques répriment durement le mouvement, causant plus de 5 000 morts arabes et affaiblissant les structures politiques palestiniennes. En réponse, le Livre blanc de 1939 limite l’immigration juive à 75 000 personnes sur cinq ans et restreint les achats de terres par les Juifs, mais ces mesures sont vues par les Arabes comme trop tardives et insuffisantes pour inverser le cours des événements.

Dans ce contexte, la conférence de Londres de 1946-1947 apparaît comme une ultime tentative britannique de trouver un compromis. Initiée après la publication du rapport du Comité anglo-américain d’enquête en avril 1946, qui recommande l’admission immédiate de 100 000 Juifs déplacés par la guerre en Europe, la conférence vise à associer les États arabes, le Comité arabe suprême et l’Agence juive. Cependant, dès l’ouverture en septembre 1946, les délégations arabes, représentant l’Égypte, l’Irak, la Syrie, le Liban, la Transjordanie et l’Arabie saoudite, ainsi que les Palestiniens, boycottent les discussions formelles avec les représentants juifs, refusant toute reconnaissance implicite d’une légitimité égale. Le Comité arabe suprême, réformé en 1946 sous la présidence de Hajj Amin al-Husseini en exil, insiste sur le principe d’un État unitaire indépendant où les Arabes, majoritaires, exerceraient le pouvoir démocratique.

Le plan Morrison-Grady : un prélude au rejet

Avant la proposition du 7 février, les Britanniques soumettent en octobre 1946 le plan Morrison-Grady, du nom du vice-Premier ministre Herbert Morrison et de l’ambassadeur américain Henry Grady. Ce projet envisage une fédéralisation de la Palestine en provinces autonomes arabes et juives, avec un district central autour de Jérusalem et Bethléem sous contrôle britannique direct. Les provinces juives couvriraient environ 17 % du territoire, incluant la plaine côtière et la Galilée orientale, tandis que les Arabes obtiendraient 40 %, le reste restant sous tutelle. L’immigration juive serait limitée à 100 000 personnes sur deux ans, après quoi un conseil consultatif majoritairement arabe déciderait de la suite.

Du point de vue arabe, ce plan est inacceptable car il pose les bases d’une partition déguisée, accordant aux Juifs des terres fertiles disproportionnées par rapport à leur population, estimée à environ un tiers du total. Les délégations arabes, menées par Jamal Husseini en tant que vice-président du Comité arabe suprême, arguent que cela viole les droits historiques des Arabes sur la Palestine, un territoire qu’ils considèrent comme partie intégrante du monde arabe depuis des siècles. Ils rappellent que les Arabes ont soutenu les Alliés pendant la Première Guerre mondiale en échange de promesses d’indépendance, promises par la correspondance Hussein-McMahon de 1915-1916, mais trahies par les accords Sykes-Picot et la déclaration Balfour. Le plan Morrison-Grady est perçu comme une continuation de cette duplicité britannique, favorisant l’expansion sioniste au détriment des aspirations nationales arabes.

Les États arabes, unis au sein de la Ligue arabe fondée en 1945, soutiennent cette position. Lors de la conférence de Bloudan en juin 1946, ils rejettent déjà le rapport anglo-américain, appelant à un boycott économique des produits juifs et à une mobilisation contre toute forme de partition. Pour les Palestiniens, ce plan menace non seulement leur souveraineté mais aussi leur économie agraire, les Juifs contrôlant déjà une part significative des industries et des terres cultivables malgré leur minorité numérique. Le refus arabe force les Britanniques à ajourner la conférence en octobre 1946, pour la reprendre en janvier 1947 avec une participation palestinienne directe.

Les détails du plan Bevin et ses implications

Le 7 février 1947, Ernest Bevin présente sa proposition finale, conçue comme un compromis entre les exigences arabes et juives. Le plan prévoit une tutelle britannique de cinq ans sous l’égide des Nations unies, préparant l’indépendance. La Palestine serait divisée en zones autonomes arabes et juives, délimitées pour assurer une majorité substantielle à chaque communauté, avec un Haut-Commissaire britannique veillant à la protection des minorités. Un conseil consultatif central, composé de représentants proportionnels, serait établi. L’immigration juive serait autorisée à hauteur de 96 000 personnes sur deux ans (4 000 par mois), puis soumise à l’approbation du conseil, qui inclurait une majorité arabe en raison de la démographie. Au bout de quatre ans, une assemblée constituante serait élue ; en cas d’accord entre Arabes et Juifs, l’indépendance suivrait immédiatement. Sinon, la question serait renvoyée au Conseil de tutelle des Nations unies.

Du côté arabe, ce plan est vu comme une manœuvre pour prolonger le mandat britannique tout en favorisant l’immigration juive, risquant de modifier irréversiblement l’équilibre démographique. Jamal Husseini, s’exprimant au nom du Comité arabe suprême, déclare que les Arabes n’accepteront jamais une solution qui nie leur droit à l’autodétermination dans un État unitaire. Il argue que la Palestine, avec sa population arabe majoritaire de près de deux millions contre 600 000 Juifs, doit devenir un État indépendant démocratique où les Juifs actuels bénéficieraient de droits civils égaux, mais sans immigration supplémentaire ni transferts de terres sans consentement majoritaire arabe. Les délégations arabes soulignent que le plan Bevin, en permettant l’entrée de 100 000 Juifs, ouvre la voie à une future partition, contredisant les engagements du Livre blanc de 1939.

Les représentants arabes insistent sur le caractère sacré de la Palestine pour le monde musulman, avec ses lieux saints comme la mosquée Al-Aqsa, et dénoncent toute mesure qui pourrait altérer le statu quo religieux. Ils rappellent les violences passées, comme les émeutes de 1929 autour du Mur des Lamentations, pour illustrer les dangers d’une immigration incontrôlée. Pour eux, le plan n’est pas un pas vers l’indépendance mais un moyen pour la Grande-Bretagne de se désengager progressivement tout en laissant les Arabes face à une minorité juive renforcée et armée.

Le refus juif : des motivations divergentes

Bien que le rejet soit unanime, les motivations juives diffèrent radicalement. L’Agence juive, représentée par David Ben Gourion et Chaim Weizmann lors de discussions informelles parallèles, rejette le plan Bevin pour son absence d’État juif souverain immédiat. Les Juifs exigent l’ouverture totale des portes à l’immigration, arguant des besoins des survivants de l’Holocauste en Europe, et la reconnaissance d’un commonwealth juif sur l’ensemble de la Palestine, conformément au programme de Biltmore de 1942. Ils voient dans la tutelle de cinq ans une entrave à leur développement, et dans les limitations démographiques une trahison des promesses de Balfour.

Cette opposition juive, bien que ferme, renforce paradoxalement la position arabe en démontrant l’irréconciliabilité des aspirations. Cependant, du point de vue palestinien, elle confirme les craintes d’une expansion sioniste agressive, les groupes armés juifs comme l’Irgoun et le Lehi ayant déjà perpétré des attentats contre les forces britanniques et les villages arabes. L’attentat contre l’hôtel King David en juillet 1946, causant 91 morts, illustre cette escalade, perçue par les Arabes comme une stratégie pour forcer le départ britannique et imposer un fait accompli.

Les réactions arabes et la solidarité régionale

Le refus arabe du plan Bevin s’inscrit dans une solidarité plus large au sein du monde arabe. Les délégations des États voisins, présentes à Londres, réitèrent leur opposition à toute forme de division territoriale. Le roi Ibn Saoud d’Arabie saoudite, dans des communications antérieures au Comité anglo-américain, avait déjà averti que l’immigration juive massive provoquerait une hostilité durable. Les Palestiniens, affaiblis par la répression de 1939 et l’exil de leurs leaders, comptent sur ce soutien pour contrer les pressions britanniques et américaines.

Jamal Husseini, figure clé de la délégation palestinienne, articule clairement cette position : les Arabes refusent de reconnaître la légalité de la déclaration Balfour ou du mandat, qu’ils considèrent comme imposés sans leur consentement. Ils proposent un contre-plan pour un État unitaire indépendant, avec des garanties pour les Juifs résidents, la liberté de culte et la protection des lieux saints, mais sans immigration juive supplémentaire. Cette vision reflète l’aspiration à une Palestine arabe intégrée au croissant fertile, où les communautés coexisteraient sous une majorité démocratique arabe.

Les conséquences diplomatiques immédiates

Le 14 février 1947, un communiqué conjoint britanno-arabe annonce l’échec des négociations, aucune proposition n’ayant été jugée acceptable. Ernest Bevin, le 18 février, déclare au Parlement britannique que le gouvernement de Sa Majesté ne peut imposer une solution par la force et décide de soumettre la question aux Nations unies, sans recommandation spécifique. Cette décision marque la fin effective du mandat, les Britanniques reconnaissant l’impraticabilité de concilier les obligations contradictoires envers Arabes et Juifs.

Pour les Arabes palestiniens, ce renvoi à l’ONU représente à la fois une opportunité et un risque. Ils espèrent que l’Assemblée générale, encore naissante, tiendra compte de leurs droits historiques et démographiques. Le Comité arabe suprême prépare déjà ses arguments, insistant sur le principe de l’autodétermination énoncé dans la Charte des Nations unies. Cependant, les tensions sur le terrain s’intensifient, avec des incidents armés entre communautés et une militarisation croissante des milices juives comme la Haganah.

Les implications pour la société palestinienne

Au-delà de la diplomatie, le rejet du plan Bevin affecte profondément la société arabe palestinienne. Composée majoritairement de fellahs ruraux et d’une bourgeoisie urbaine à Jaffa, Haïfa et Jérusalem, elle subit les retombées économiques de l’instabilité. L’immigration juive a déjà transformé le paysage, avec des kibboutzim et des industries modernes concurrençant l’agriculture arabe traditionnelle. Les Arabes, détenant encore la plupart des terres mais voyant leur influence politique érodée, se mobilisent à travers des grèves et des manifestations.

Le leadership palestinien, malgré ses divisions internes entre les Husseini et les factions plus modérées comme les Nashashibi, reste uni sur le refus de toute partition. Ce consensus reflète une conscience nationale émergente, forgée par des décennies de résistance au colonialisme britannique et au sionisme. Les implications immédiates incluent une préparation à une confrontation potentielle, les Arabes renforçant leurs comités locaux pour défendre leurs villages contre d’éventuelles incursions.

L’évolution vers la crise de 1947

À la suite du rejet, les Britanniques annoncent en avril 1947 la formation d’un Comité spécial des Nations unies sur la Palestine (UNSCOP), chargé d’enquêter et de proposer des solutions. Les Arabes palestiniens boycottent initialement ce comité, refusant de légitimer une enquête qu’ils perçoivent comme biaisée en faveur des intérêts occidentaux. Les délégations arabes à l’ONU, soutenues par la Ligue arabe, plaident pour un État unitaire, arguant que la Palestine ne peut être divisée sans violer les droits de sa majorité autochtone.

Sur le terrain, les violences s’amplifient avec des attaques réciproques. Les Arabes, armés modestement comparés aux forces juives bien organisées, organisent des défenses locales. Ce contexte de tension croissante illustre les retombées directes du rejet du 7 février, où l’impossibilité d’un compromis diplomatique pave la voie à une confrontation ouverte. Les implications immédiates pour les Palestiniens incluent une mobilisation accrue, avec des appels à l’unité face à ce qu’ils considèrent comme une menace existentielle à leur présence sur la terre ancestrale.

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