À Beyrouth et dans l’ensemble du Liban, la Journée mondiale de l’enfance, célébrée ce 20 novembre 2025, met en exergue une situation critique pour les plus jeunes. Le thème retenu cette année, « Ma journée, mes droits » et « Pour chaque enfant, chaque droit », insiste sur l’écoute des voix enfantines et la reconnaissance de leurs droits fondamentaux. Pourtant, au Liban, les répercussions du conflit armé qui a escaladé en 2024 entre Israël et le Hezbollah, alliées à une crise économique persistante depuis 2019, compromettent gravement l’avenir d’une génération. Une enquête menée par l’Unicef en janvier 2025 auprès de milliers de familles révèle que 72 % des aidants naturels ont observé chez leurs enfants des signes d’anxiété ou de nervosité durant les hostilités, tandis que 62 % ont noté une augmentation des pleurs et des crises émotionnelles. Ces données, collectées dans des zones touchées comme le sud du pays, soulignent l’ampleur des traumatismes psychologiques. Plus de 310 enfants ont perdu la vie dans les violences, et au moins 1 500 ont été blessés, avec des impacts physiques et émotionnels durables. Cette commémoration intervient alors que le pays amorce une reconstruction fragile après un cessez-le-feu précaire, avec plus de 400 000 enfants forcés au déplacement interne. Des initiatives locales, soutenues par l’Unicef et le gouvernement formé en février 2025 sous la direction du premier ministre Nawaf Salam, visent à atténuer ces vulnérabilités, mais les défis restent immenses.
Le contexte de cette journée s’inscrit dans une année marquée par des hostilités intenses, particulièrement au sud du Liban, où les bombardements ont perturbé la vie quotidienne. Les enfants, souvent les victimes les plus vulnérables, voient leurs droits à l’éducation, à la santé et à la protection systématiquement menacés. Ettore Rosato, représentant de l’Unicef au Liban, a déclaré en février 2025 lors de la publication d’un rapport clé : « La guerre a infligé des blessures physiques et émotionnelles dévastatrices aux enfants, et sans une intervention immédiate, ces impacts pourraient perdurer des décennies. » Ce rapport, intitulé « Shattered Childhoods », compile des données de terrain indiquant que près de chaque enfant au Liban a été affecté d’une manière ou d’une autre par l’escalade des hostilités à partir de septembre 2024. Des témoignages recueillis dans des villes comme Tyr et Nabatiyeh décrivent des écoliers contraints à abandonner leurs classes pour se réfugier dans des abris, avec des interruptions scolaires prolongées. Au total, plus de 700 000 enfants étaient déjà hors du système éducatif avant l’intensification du conflit, un chiffre exacerbé par les déplacements massifs.
Les défis éducatifs au cœur des préoccupations
Comparez rapidement les prix des vols avec Fly2Leb.
L’éducation, un pilier essentiel des droits de l’enfant, figure parmi les secteurs les plus durement frappés au Liban en 2025. Selon les estimations de l’Unicef, environ 387 000 enfants, incluant des Libanais et des réfugiés, ont pu reprendre les cours en novembre 2024 grâce à des efforts conjoints avec le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Cependant, les dommages aux infrastructures scolaires, avec plus de 200 écoles endommagées ou détruites dans les zones frontalières, ont déscolarisé temporairement des centaines de milliers d’élèves. Le ministère, dirigé par Abbas Halabi jusqu’à la formation du nouveau gouvernement en février 2025, a déployé des programmes d’enseignement à distance, mais les coupures d’électricité chroniques et le manque d’accès à internet – affectant 40 % des ménages – en limitent l’efficacité. Dans le nouveau cabinet de Nawaf Salam, le ministre de l’Éducation, dont le nom est confirmé comme étant Imad Hoballah, a annoncé en mars 2025 l’allocation de fonds pour réparer 150 établissements, priorisant les régions du sud.
La crise économique, qui a vu la livre libanaise perdre plus de 95 % de sa valeur depuis 2019, aggrave ces inégalités. Plus de 75 % des enfants libanais vivent dans une pauvreté multidimensionnelle, mesurée par l’accès à l’éducation, à la santé et à la nutrition, selon des données croisées de la Banque mondiale et de l’Unicef. Dans les camps de réfugiés syriens et palestiniens, comme Bourj el-Barajneh à Beyrouth ou Ein el-Hilweh à Saïda, les taux d’abandon scolaire atteignent 54 % pour les enfants syriens réfugiés, avec seulement 47 000 d’entre eux ayant accès à une éducation non formelle en août 2025. Les filles sont particulièrement exposées, avec un risque accru de mariages précoces dans les zones rurales comme l’Akkar ou la Bekaa, où 30 % des adolescentes signalent une absence de consultation familiale sur leur avenir éducatif. L’Unicef, en partenariat avec le gouvernement, a lancé en avril 2025 un programme de soutien ciblant 100 000 enfants vulnérables, distribuant des kits éducatifs et offrant un appui psychologique, mais les grèves des enseignants, dues à des salaires inadaptés à l’inflation de 120 % en 2024, ont paralysé plusieurs districts comme Tripoli en septembre 2025.
L’impact psychologique de la guerre sur les jeunes générations
Les séquelles mentales émergent comme un enjeu majeur pour l’enfance libanaise en 2025. L’enquête de l’Unicef de janvier, couvrant 5 000 ménages, indique que 51 % des enfants présentent des difficultés de concentration, 45 % souffrent d’insomnies liées au stress post-traumatique, et 38 % montrent des signes de retrait social. Ces troubles, amplifiés par les souvenirs des raids aériens et des évacuations, affectent non seulement leur bien-être immédiat mais aussi leur développement cognitif à long terme. Bassem Kaissi, ministre des Affaires sociales dans le cabinet Salam, a déclaré lors d’une réunion avec des représentants onusiens en avril 2025 : « Nos enfants portent le fardeau d’une guerre qu’ils n’ont pas choisie ; il est impératif de renforcer les services de santé mentale pour préserver leur avenir. » Le ministère a étendu son réseau de centres, ouvrant 40 nouvelles structures dans les gouvernorats du Sud et du Mont-Liban, proposant des thérapies de groupe pour mineurs.
Dans les zones frontalières comme Bint Jbeil ou Marjayoun, où les combats ont été intenses en 2024, les enfants ont été exposés à des niveaux de violence extrêmes. Des rapports humanitaires décrivent des jeunes de 8 à 12 ans dessinant des scènes de destruction lors de sessions thérapeutiques, révélant un traumatisme profond. L’ONU, via une résolution renforçant la 1701 en mars 2025, a appelé à une protection accrue des civils, y compris les enfants, dans ces régions. Malgré cela, des incidents sporadiques en juin 2025 ont maintenu un climat d’insécurité. Les programmes de résilience, soutenus par l’Union européenne, intègrent des modules de gestion du stress dans les curriculums scolaires. À Beyrouth, les « espaces amis des enfants » de l’Unicef ont accueilli plus de 20 000 mineurs depuis janvier 2025, avec des activités ludiques pour restaurer la normalité.
La santé et la nutrition, enjeux vitaux pour la survie
La santé des enfants libanais demeure précaire, avec une hausse de 15 % du taux de malnutrition infantile entre 2023 et 2025, selon le Programme alimentaire mondial. Dans les ménages les plus pauvres, particulièrement au nord, un enfant sur cinq souffre de retards de croissance dus à une alimentation insuffisante, avec 29 % des enfants confrontés à des niveaux de faim de crise en janvier 2025. Le ministère de la Santé publique, dirigé par Firas Abiad jusqu’en février 2025 puis par un successeur dans le nouveau gouvernement, a lancé en mai 2025 une campagne de vaccination couvrant 80 % des enfants de moins de cinq ans contre la rougeole et la poliomyélite. Un porte-parole a indiqué lors du lancement à Zahlé : « Cette initiative est cruciale pour prévenir des épidémies dans un contexte de surpeuplement des camps. »
Les réfugiés, représentant environ 20 % de la population enfantine, affrontent des défis accrus. Les enfants syriens, arrivés depuis 2011, voient leurs droits limités par des barrières administratives, avec 43 000 d’entre eux exclus de l’éducation formelle en 2024 en raison de exigences documentaires. En juillet 2025, le gouvernement a régularisé partiellement 15 000 naissances non déclarées, permettant l’accès à des services de santé. Les hôpitaux publics rapportent une hausse de 25 % des maladies respiratoires chez les mineurs, liée à la pollution et aux conditions précaires. L’Unicef a distribué plus de 300 000 kits nutritionnels en 2025, incluant des suppléments vitaminiques, mais les besoins surpassent les ressources, avec 93 % des réfugiés palestiniens vivant en pauvreté. À Saïda, des cliniques mobiles traitent quotidiennement des cas de déshydratation et d’infections dans les camps.
Les droits à la participation et à l’expression
Le thème de cette Journée mondiale de l’enfance 2025 met l’accent sur la voix des enfants, souvent négligée au Liban. Des ateliers organisés par l’Unicef dans des écoles de Beyrouth et Tripoli en novembre ont permis à des centaines de jeunes de s’exprimer sur leurs aspirations. Une fillette de 10 ans du sud a confié lors d’une session : « Je veux une école sans peur des bombes. » Ces initiatives intègrent les perspectives enfantines dans les politiques. Le Parlement des enfants, réactivé en juin 2025 sous l’égide du ministère des Affaires sociales, réunit 50 représentants juvéniles pour débattre de l’environnement et de l’éducation inclusive.
Malgré ces progrès, les obstacles culturels persistent. Dans les communautés conservatrices, 30 % des adolescentes estiment ne pas être consultées sur les décisions familiales. Le gouvernement a intégré des modules d’éducation civique dans les programmes, promouvant la Convention relative aux droits de l’enfant ratifiée en 1991. Des partenariats avec des ONG à Baalbek encouragent la participation à des campagnes contre le travail infantile, qui touche 18 % des enfants réfugiés en octobre 2025.
Les implications économiques sur l’enfance
La précarité financière amplifie les vulnérabilités en 2025, avec une dette publique dépassant 150 % du PIB et une inflation à deux chiffres. Le ministre des Finances, Youssef Khalil jusqu’en février puis remplacé par Charbel Cordahi dans le cabinet Salam, a présenté en juillet 2025 un budget augmentant de 20 % les allocations familiales pour 200 000 ménages. Pourtant, 45 % des familles ont réduit les dépenses en santé, et 38 % en éducation en raison de la crise. Dans les quartiers comme Tarik el-Jdideh à Beyrouth, des enfants de 12 ans travaillent dans les rues, exposés à l’exploitation, avec 10 % des familles recourant au travail infantile.
Les programmes d’assistance sociale ont couvert 10 000 orphelins de guerre supplémentaires en 2025. La ministre des Affaires sociales a indiqué en septembre : « Ces aides sont essentielles pour briser le cycle de la pauvreté. » Cependant, les retards de paiements laissent des familles dans l’incertitude, avec une hausse de la dépression chez les enfants de foyers appauvris.
Les initiatives locales face aux crises régionales
Au sud du Liban, les tensions persistantes perturbent l’enfance. Malgré le cessez-le-feu de novembre 2024, des incidents en octobre 2025 ont forcé des évacuations, impactant la rentrée scolaire. L’ONU, via la Finul, a renforcé les patrouilles, mais les enfants vivent dans une peur latente. Des programmes de déminage ont sécurisé 50 km² de terres, permettant le retour de familles.
Les Journées bleues de l’Unicef, de novembre à décembre 2025, mobilisent les communautés pour sensibiliser aux droits. À Beyrouth, un événement au parc Horsh a réuni 2 000 participants, avec des ateliers sur la résilience climatique, affectant l’accès à l’eau dans la Bekaa.
Les vulnérabilités spécifiques des enfants réfugiés
Les enfants réfugiés syriens et palestiniens, estimés à 400 000 en 2025, font face à des discriminations. Dans les camps, l’accès à l’eau potable couvre seulement 60 % des besoins. Le Haut-Commissariat pour les réfugiés a rapporté une hausse de 18 % du travail infantile parmi eux en octobre 2025. Le gouvernement a étendu les permis pour 50 000 familles en juin, facilitant l’inscription scolaire. Le secrétaire général de l’ONU a déclaré en juin 2025 : « Les enfants réfugiés au Liban méritent une protection égale, sans distinction d’origine. » Des écoles mixtes à Chiyah intègrent des programmes bilingues, mais les classes surchargées étirent les ressources.
Les perspectives immédiates pour la protection infantile
En novembre 2025, les autorités renforcent les mécanismes contre les violences domestiques, en hausse de 12 % depuis la guerre. Le ministère des Affaires sociales a formé 500 travailleurs sociaux pour intervenir dans les cas de maltraitance, particulièrement ruraux. Des lignes d’assistance ont reçu plus de 10 000 appels depuis janvier, traitant des abus. Ces services s’appuient sur des protocoles internationaux adaptés.
Dans les gouvernorats du Nord, des centres de jour pour enfants des rues offrent repas et éducation non formelle à 1 500 mineurs quotidiennement à l’Akkar, où 70 % des ménages sont pauvres. Ces mesures, déployées en réponse aux besoins immédiats, illustrent les efforts pour sauvegarder les droits des enfants au milieu des tensions régionales persistantes, avec 82 632 personnes toujours déplacées en juin 2025, dont 70 % de femmes et d’enfants, et une insécurité alimentaire touchant 1,65 million de personnes entre décembre 2024 et mars 2025.



