La fin du mandat de Joe Biden et l’élection de son successeur à la présidence des États-Unis marquent un tournant géopolitique aux répercussions profondes pour le Moyen-Orient. Cette transition politique intervient dans un contexte régional déjà marqué par des tensions croissantes et des équilibres fragiles. Les priorités stratégiques de la nouvelle administration américaine pourraient redéfinir les relations entre Washington et ses alliés, ainsi que ses adversaires, dans cette région clé.
Un bilan contrasté de l’administration Biden au Moyen-Orient
Joe Biden a hérité d’une région en pleine transformation, marquée par les accords d’Abraham conclus sous Donald Trump et par un retrait américain progressif des conflits militaires directs. Son administration a poursuivi cette tendance en cherchant à limiter l’engagement militaire américain tout en renforçant la diplomatie. L’un des aspects les plus marquants de la politique de Biden a été sa tentative de relancer l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA). Malgré des négociations prolongées avec Téhéran, aucun consensus n’a été atteint, laissant le dossier nucléaire iranien dans une impasse. Ce blocage a exacerbé les tensions avec les alliés traditionnels des États-Unis, comme Israël et l’Arabie saoudite, qui ont critiqué cette approche comme étant trop conciliante envers l’Iran. Par ailleurs, le retrait chaotique d’Afghanistan a entaché la crédibilité des États-Unis auprès de leurs partenaires au Moyen-Orient, renforçant la perception d’une Amérique en désengagement stratégique. Cependant, Biden a maintenu une présence militaire réduite en Irak et en Syrie, visant principalement à contrer l’influence de l’État islamique et de l’Iran.
Les priorités de la nouvelle administration : continuité ou rupture ?
Le successeur de Biden devra clarifier la posture américaine au Moyen-Orient. Deux grandes approches semblent possibles :
- Un retour à une présence accrue : Cela impliquerait un renforcement des alliances traditionnelles avec Israël et les monarchies du Golfe, une intensification des efforts pour contenir l’Iran et une réaffirmation du rôle des États-Unis comme garant de la sécurité régionale.
- Un désengagement progressif : Une administration orientée vers un désengagement continuerait de réduire la présence militaire américaine tout en encourageant les acteurs locaux à prendre plus de responsabilités pour leur propre sécurité. Les premières décisions de la nouvelle administration seront scrutées de près par les alliés et adversaires des États-Unis. Une politique plus ferme envers l’Iran pourrait raviver les tensions, tandis qu’une tentative de médiation plus équilibrée pourrait redonner de l’élan aux accords régionaux.
Les dossiers brûlants du Moyen-Orient
Le Moyen-Orient reste une région de crises interconnectées. Parmi les dossiers prioritaires pour la nouvelle administration figurent :
- La question palestinienne : Le statu quo entre Israël et la Palestine demeure une source de tensions. Bien que Biden ait soutenu une solution à deux États, son administration n’a pas proposé d’initiatives concrètes. Le nouveau président devra décider s’il souhaite relancer ce processus ou se concentrer sur la normalisation entre Israël et les pays arabes.
- L’Iran et le nucléaire : Le programme nucléaire iranien continue de représenter une menace majeure pour la stabilité régionale. La nouvelle administration devra choisir entre des sanctions renforcées, une diplomatie révisée ou même des actions militaires ciblées.
- Les relations avec les monarchies du Golfe : L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis s’attendent à un engagement renouvelé des États-Unis pour contrer les menaces régionales, notamment en ce qui concerne l’Iran et les milices soutenues par Téhéran.
Un impact stratégique pour le Liban et la Syrie
Le Liban et la Syrie sont particulièrement sensibles aux changements dans la politique américaine. Une approche plus ferme envers l’Iran pourrait affaiblir les soutiens financiers et logistiques fournis au Hezbollah, tandis qu’un désengagement accru des États-Unis laisserait la Russie et l’Iran jouer des rôles encore plus dominants dans ces pays. Dans le contexte libanais, le rôle des États-Unis en tant que principal soutien des Forces armées libanaises reste crucial. Une réduction de cette aide pourrait aggraver la crise économique et sécuritaire du pays.
La Chine et la Russie : concurrents stratégiques
La présence accrue de la Chine et de la Russie au Moyen-Orient ajoute une couche de complexité. Ces deux puissances ont renforcé leurs relations économiques et militaires avec plusieurs États de la région, ce qui pourrait forcer la nouvelle administration américaine à adopter une stratégie plus proactive pour contrer leur influence.
Conclusion
La transition politique aux États-Unis représente une opportunité mais aussi un risque pour le Moyen-Orient. Le successeur de Joe Biden devra jongler entre les attentes contradictoires des acteurs régionaux, les priorités stratégiques globales et les pressions internes pour réduire l’implication américaine à l’étranger. Cette période de transition pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs dans une région où chaque décision américaine a des répercussions majeures.



