Les autorités iraniennes ont officiellement confirmé ce dimanche 1er mars 2026 la mort du guide suprême Ali Khamenei, survenue la veille lors d’une offensive aérienne conjointe menée par les États-Unis et Israël contre des installations stratégiques à Téhéran. Cette annonce, diffusée par la télévision d’État et l’agence officielle IRNA, déclenche un processus de succession inédit depuis 1989, année où Khamenei avait lui-même succédé à l’ayatollah Ruhollah Khomeini. Âgé de 86 ans, Khamenei exerçait un pouvoir absolu sur les institutions de la République islamique, supervisant les forces armées, la politique étrangère et les orientations idéologiques du régime. Son décès, qualifié de « martyre » par les médias officiels, intervient dans un contexte de chaos régional marqué par des ripostes iraniennes massives et des perturbations mondiales sur les marchés énergétiques. Le Conseil provisoire de direction, formé dans les heures suivant l’attaque, assume désormais les responsabilités intérimaires, tandis que l’Assemblée des experts est convoquée pour élire un nouveau guide suprême. Ce mécanisme constitutionnel, ancré dans les principes de la Révolution islamique de 1979, soulève des interrogations sur la stabilité interne de l’Iran et les équilibres de pouvoir entre factions cléricales et militaires.
Le mécanisme constitutionnel de la succession en République islamique
La Constitution iranienne de 1979, amendée en 1989, définit un cadre précis pour la succession du guide suprême, rôle central du système théocratique où le velayat-e faqih – le gouvernement du jurisconsulte – confère à cette figure une autorité suprême sur les branches exécutive, législative et judiciaire. En cas de décès, le processus s’active immédiatement avec la formation d’un Conseil provisoire de direction, composé du président de la République, du chef du pouvoir judiciaire et d’un membre du Conseil des gardiens choisi par le Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime. Ce conseil assure la continuité des affaires de l’État jusqu’à l’élection d’un successeur permanent. Dans le cas présent, le président Masoud Pezeshkian, élu en juillet 2024, le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i, et un représentant du Conseil des gardiens – probablement désigné parmi les juristes les plus conservateurs – forment ce triumvirat intérimaire. Leur mandat est limité à la gestion des urgences, sans pouvoir de modifier les orientations fondamentales du régime.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
L’élection proprement dite revient à l’Assemblée des experts, un organe de 88 membres, tous des clercs chiites duodécimains, élus pour huit ans par suffrage direct mais sous un contrôle strict du Conseil des gardiens qui valide les candidatures. Présidée par l’ayatollah Mohammad-Ali Movahedi Kermani depuis 2024, cette assemblée doit se réunir « au plus vite » pour délibérer et voter à bulletin secret. La Constitution exige que le nouveau guide suprême soit un marja’ al-taqlid – une source d’imitation religieuse – doté d’une expertise en jurisprudence islamique, d’une piété exemplaire et d’une capacité à diriger la communauté des croyants. En 1989, l’assemblée avait élu Khamenei en quelques jours, malgré son rang initial de hojjatoleslam, élevé rétroactivement au statut d’ayatollah pour satisfaire les critères formels. Aujourd’hui, les délibérations pourraient s’étendre en raison des frappes en cours, qui imposent des mesures de sécurité renforcées pour les membres de l’assemblée, dispersés entre Téhéran, Qom et Machhad.
Les critères religieux et politiques pour le poste de guide suprême
Le choix du successeur n’est pas seulement une affaire théologique ; il reflète les luttes de pouvoir au sein de l’élite révolutionnaire. La Constitution stipule que le guide doit être un mujtahid – un interprète indépendant du droit islamique – capable de guider l’oumma dans les affaires temporelles et spirituelles. Khamenei, formé à Qom et Machhad, avait consolidé son autorité en s’appuyant sur les Gardiens de la révolution islamique (Pasdaran) et le réseau des imams du vendredi, nommés par lui. Son successeur devra naviguer entre les factions conservatrices, dominantes dans l’assemblée, et les pressions des militaires, particulièrement influents depuis la mort de plusieurs commandants lors des frappes du 28 février. Des sources proches du régime indiquent que Khamenei avait, avant sa mort, désigné discrètement trois clercs comme candidats potentiels, une pratique rappelant celle de Khomeini qui avait signalé son préférence pour Khamenei des mois avant son décès en 1989.
Parmi les exigences, le candidat doit démontrer une adhésion inébranlable aux principes de la Révolution, une hostilité envers les « ennemis » de l’Iran – États-Unis et Israël en tête – et une capacité à maintenir l’unité du régime face aux sanctions internationales et aux contestations internes. Les manifestations de 2022, déclenchées par la mort de Mahsa Amini, avaient révélé des fissures sociétales, et le nouveau guide devra équilibrer répression et concessions pour préserver la légitimité du système. Le Conseil des gardiens, chargé de valider les lois et les candidatures électorales, joue un rôle indirect mais crucial en filtrant les profils modérés ou réformistes, favorisant ainsi les hardliners alignés sur l’idéologie khameneïste.
Les candidats potentiels issus du cercle clérical conservateur
Plusieurs noms circulent depuis des années comme successeurs potentiels, bien que le secret entoure les délibérations. Mojtaba Khamenei, fils cadet du défunt guide, âgé de 56 ans, émerge comme une figure controversée. Formé en théologie à Qom, il a occupé des rôles discrets dans l’ombre de son père, supervisant des institutions comme le bureau du guide suprême et influençant les nominations militaires. Des rapports du New York Times et de Reuters le présentent comme un candidat naturel, mais sa nomination risquerait d’être perçue comme un népotisme, contredisant les principes anti-monarchiques de la Révolution. Khamenei père avait publiquement opposé l’idée d’une succession héréditaire, arguant qu’elle minerait la légitimité républicaine. Malgré cela, Mojtaba bénéficie du soutien des Pasdaran et de factions ultraconservatrices, qui voient en lui un garant de continuité.
Un autre prétendant est l’ayatollah Alireza Arafi, 67 ans, membre du Conseil des gardiens et directeur des séminaires islamiques d’Iran. Originaire de Meybod, il a étudié à Qom et occupe des postes clés dans l’éducation religieuse, supervisant la formation de milliers de clercs. Désigné par Khamenei comme l’un des trois successeurs potentiels avant sa mort, selon des sources citées par le Council on Foreign Relations, Arafi incarne l’orthodoxie chiite et défend une ligne dure contre l’Occident. Son influence sur le réseau des hawzas – les écoles théologiques – lui confère une base solide au sein de l’assemblée, où il siège depuis 2016.
Hojjatoleslam Mohsen Qomi, 62 ans, conseiller proche de Khamenei dans son bureau, est également mentionné. Natif de Qom, il a servi comme député au Majlis et comme représentant du guide suprême auprès des étudiants. Sa proximité avec les cercles de pouvoir et son rôle dans la diplomatie religieuse – notamment avec les communautés chiites en Irak et au Liban – le positionnent comme un candidat pragmatique, capable de maintenir les alliances régionales de l’Iran. Qomi a été impliqué dans les négociations indirectes avec les États-Unis sur le nucléaire, démontrant une expertise en affaires étrangères cruciale dans le contexte actuel de sanctions renforcées.
L’ayatollah Mohsen Araki, 68 ans, membre de longue date de l’Assemblée des experts, représente une autre option. Originaire de Najaf en Irak, il a étudié sous la tutelle de grands marjas comme l’ayatollah Sistani et défend une vision transnationale du chiisme. Son expérience comme secrétaire général de l’Organisation mondiale pour le rapprochement des écoles islamiques lui vaut un réseau international, utile pour contrer l’isolement de l’Iran. Araki a critiqué publiquement les ingérences étrangères et soutient une économie de résistance face aux sanctions, alignée sur la doctrine khameneïste.
Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i, 69 ans, chef du pouvoir judiciaire depuis 2021, est un hardliner pur. Ancien ministre du Renseignement, il a supervisé la répression des manifestations de 2009 et 2022, gagnant la confiance des Pasdaran. Son inclusion dans la liste des successeurs potentiels par Khamenei, rapportée par des think tanks américains, reflète son rôle dans la consolidation du contrôle judiciaire sur les dissidents. Enfin, l’ayatollah Hashem Hosseini Bushehri, 70 ans, imam du vendredi à Qom, est un clerc influent dans les cercles théologiques. Président de la Société des enseignants du séminaire de Qom, il défend une ligne conservatrice sur les questions sociétales et a critiqué les accords nucléaires passés comme des concessions excessives.
Le rôle des Gardiens de la révolution dans la transition
Les Pasdaran, force parallèle à l’armée régulière avec un budget estimé à 20 milliards de dollars annuels, jouent un rôle pivot dans la succession. Créés en 1979 pour protéger la Révolution, ils contrôlent des pans de l’économie – pétrole, construction, télécoms – et disposent d’une milice de 125 000 hommes. Leur commandant en chef, Hossein Salami, a déclaré samedi que les frappes étaient une « agression sionisto-américaine » et promis une vengeance « écrasante ». Dans le vide créé par la mort de Khamenei, les Gardiens pourraient influencer l’assemblée pour favoriser un candidat aligné sur leurs intérêts, comme Mojtaba Khamenei ou Mohseni-Eje’i, tous deux proches de leurs réseaux.
Des analystes du Council on Foreign Relations estiment que les Pasdaran pourraient opter pour une consolidation collective du pouvoir, installant un clerc figure de proue tout en exerçant un contrôle de facto. Cette dynamique rappelle la transition de 1989, où les militaires avaient soutenu Khamenei contre des candidats plus modérés. Aujourd’hui, avec des unités provinciales indépendantes – 32 au total – conçues pour opérer en cas de décapitation, les Gardiens assurent une résilience institutionnelle. Leur influence s’étend aux proxies régionaux : Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen, milices en Irak et en Syrie, qui pourraient être activés pour des opérations de diversion pendant la transition.
Les défis internes et les risques de contestation populaire
La succession se déroule dans un climat de tensions sociales exacerbées par l’inflation à 40 % en 2025, selon la Banque centrale iranienne, et des sanctions qui ont réduit les exportations pétrolières de 2,8 millions de barils par jour en 2018 à 1,5 million en 2025. Les manifestations de 2022, réprimées avec plus de 500 morts selon Amnesty International, ont révélé un fossé entre le régime et une jeunesse urbaine aspirant à plus de libertés. Un nouveau guide devra gérer ces pressions, potentiellement en durcissant la répression ou en ouvrant un dialogue limité, comme lors des négociations nucléaires de 2015.
Les factions réformistes, marginalisées depuis l’élection de Pezeshkian – un modéré élu sur fond d’abstention record à 40 % – pourraient tenter de s’insérer dans le processus, mais le Conseil des gardiens les exclut souvent. Hassan Khomeini, petit-fils de l’ayatollah fondateur, âgé de 53 ans, représente une voix plus ouverte, mais son exclusion de l’assemblée en 2016 le discrédite auprès des conservateurs. Des experts comme ceux du Stimson Center notent que l’absence d’un successeur clair pourrait mener à un « pouvoir contesté » pendant des mois, avec des factions des Pasdaran, des clercs et des provinciaux en concurrence.
Les implications régionales de la transition
La mort de Khamenei et la succession en cours redessinent les équilibres au Moyen-Orient. L’Iran, pilier de l’« axe de la résistance » contre Israël et les États-Unis, pourrait voir ses alliances ébranlées. Le Hezbollah, financé à hauteur de 700 millions de dollars annuels par Téhéran, observe une posture prudente, mais des mouvements de troupes au sud du Liban ont été rapportés par la Force intérimaire des Nations unies (Finul). En Irak, des milices pro-iraniennes ont attaqué des bases américaines à Erbil samedi soir, blessant trois soldats. Au Yémen, les Houthis ont lancé des drones vers des navires en mer Rouge, perturbant le trafic maritime.
Les frappes continues américano-israéliennes, avec des survols en Syrie évitant les batteries russes S-400, visent à exploiter ce vide. Le Centcom américain a rapporté des renforts vers Bahreïn, incluant deux destroyers en mer d’Arabie. Israël a mobilisé 10 000 réservistes au Golan, anticipant des représailles. Le détroit d’Ormuz, où les Gardiens ont interdit le passage via des messages radio, voit des tankers ancrés, poussant le Brent à 85 dollars le baril.
Les perturbations infrastructurelles et les bilans humains
Dans la nuit de samedi à dimanche, l’Iran a lancé des missiles supplémentaires vers une base jordanienne près d’Aqaba, abattus avec des débris tombant en mer. À Téhéran, des manifestations pro-régime ont réuni des milliers de personnes, avec des chants de deuil et des appels à la vengeance. Des blackouts persistent à Qom et Ispahan, affectant hôpitaux et services essentiels. À Minab, les fouilles des décombres de l’école touchée samedi continuent, avec un bilan à 53 morts et des blessés supplémentaires. En Israël, des routes restent fermées près de Nahariya, et des hôpitaux comme celui de Haïfa traitent des traumatismes.
Au Golfe, l’incendie au Fairmont Hotel de Dubaï a causé des brûlures et fractures pour quatre blessés, traités à l’hôpital Rashid. Des débris à Abu Dhabi ont endommagé des quartiers, avec une personne tuée. Les aéroports de Dubaï et Doha sont isolés, avec 2 000 vols annulés. Au Liban, l’armée a renforcé 20 checkpoints à Beyrouth, déployant 1 000 agents pour contrôler les accès. Des mouvements de réfugiés syriens vers le nord ont été observés, fuyant des zones potentiellement affectées. La Finul a ajouté 500 troupes pour patrouiller 24 heures sur 24, enregistrant des survols israéliens sur Tyr.
Les stocks d’armes iraniens ont subi des pertes : 30 % des missiles balistiques détruits à Semnan, selon le Pentagone. Des dommages près de Persépolis sont évalués par l’Unesco, avec des artefacts touchés indirectement. Des ambassades américaines en Europe renforcent leur sécurité contre des représailles. Le Conseil de sécurité de l’ONU discute d’un cessez-le-feu proposé par la Russie, avec la Chine insistant sur la souveraineté iranienne. Les opérations persistent, avec des interceptions de missiles à Dubaï et en Jordanie affectant les infrastructures, des débris rapportés dans plusieurs villes, et des tankers retardés au large perturbant les chaînes logistiques mondiales.



