Des négociations sécuritaires entre la Syrie et Israël, deux nations en état de guerre technique depuis 1948, ont été révélées, marquant un tournant potentiel dans les dynamiques géopolitiques du Moyen-Orient. Menées sous médiation américaine à Washington, où le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad Hassan al-Shaibani, était en visite, ces discussions visent à lever les sanctions économiques imposées par le « Caesar Syria Civilian Protection Act » de 2019. Elles incluent également des pourparlers pour conclure des accords militaires et de sécurité d’ici la fin de l’année 2025, dans le but de réduire les risques d’escalade le long de la frontière syro-israélienne et de soutenir la reconstruction de zones dévastées en Syrie avec des fonds internationaux. Ces pourparlers, suivis de près par les chancelleries arabes et occidentales, pourraient redéfinir les relations entre Damas et Tel-Aviv, dans un contexte régional marqué par une instabilité persistante.
Une frontière sous tension après la chute du régime Assad
Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024, orchestrée par une coalition de groupes islamistes, la Syrie traverse une phase de transition politique fragile sous la présidence par intérim d’Ahmed al-Sharaa. Cet événement a intensifié les tensions le long de la frontière syro-israélienne, notamment dans la zone démilitarisée du plateau du Golan, surveillée par la Force des Nations unies chargée d’observer le désengagement (UNDOF) en vertu de l’accord de désengagement de 1974. Des frappes aériennes israéliennes répétées sur des cibles militaires syriennes et des incursions dans la zone tampon ont exacerbé la situation.
Le 12 septembre 2025, une frappe israélienne a visé une position militaire dans le sud de la Syrie, près de la frontière, causant des dommages matériels significatifs, selon un communiqué du ministère syrien de la Défense. Cet incident a entraîné un appel urgent de l’UNDOF le 13 septembre 2025, exhortant toutes les parties à respecter l’accord de 1974. Le général Filippo Ortolani, commandant de l’UNDOF, a déclaré : « Toute violation de la zone démilitarisée menace la stabilité régionale et doit être évitée. » Ces tensions, combinées à la crise économique syrienne, ont poussé Damas à engager un dialogue inédit avec Israël pour désamorcer les risques d’escalade militaire.
Lever les sanctions économiques : une priorité pour Damas
Au cœur des discussions menées à Washington par Asaad Hassan al-Shaibani se trouve la levée des sanctions imposées par le « Caesar Syria Civilian Protection Act ». Entré en vigueur en 2020, ce texte américain cible les entités et individus soutenant l’ancien régime Assad, ainsi que ceux impliqués dans des violations des droits humains ou des activités économiques liées à ce gouvernement. Ces sanctions ont paralysé l’économie syrienne, limitant l’accès aux devises étrangères, aux financements internationaux et aux investissements nécessaires à la reconstruction.
Lors de sa visite à Washington, le ministre syrien des Affaires étrangères a rencontré des responsables du département d’État américain, dont l’envoyé spécial Thomas Barrack, pour négocier un allégement de ces mesures. Un haut responsable syrien a affirmé : « La levée des sanctions est essentielle pour répondre aux besoins urgents de la population et relancer la reconstruction. Nous sommes engagés à garantir la stabilité régionale en échange de concessions économiques. » Ces négociations visent à obtenir une suspension partielle des sanctions, permettant à la Syrie d’accéder à des financements internationaux pour reconstruire ses infrastructures dévastées.
La situation économique syrienne reste désastreuse. Plus de treize ans de guerre civile ont détruit les réseaux routiers, électriques et hydrauliques, tandis que la dévaluation de la livre syrienne et l’inflation galopante ont aggravé les conditions de vie. Les sanctions du « Caesar Act » ont amplifié ces défis, rendant la reconstruction quasi impossible sans soutien extérieur. Les pourparlers à Washington reflètent la volonté de la nouvelle direction syrienne de sortir de l’isolement international et de répondre aux besoins de sa population.
Des accords militaires pour stabiliser la frontière
Les discussions entre la Syrie et Israël incluent des pourparlers sur des accords militaires et de sécurité, prévus pour être finalisés d’ici la fin de l’année 2025. Ces accords visent à réduire les risques d’escalade dans la zone tampon du plateau du Golan, occupée par Israël depuis 1967 et annexée en 1981, une annexion non reconnue par la communauté internationale. L’accord de désengagement de 1974 avait établi une zone démilitarisée surveillée par l’UNDOF, mais la chute d’Assad en décembre 2024 a conduit Israël à intensifier ses opérations dans cette zone, invoquant des menaces sécuritaires.
Un responsable syrien a indiqué : « Les négociations portent sur des mécanismes bilatéraux pour prévenir les incidents armés et rétablir la stabilité à la frontière. » Ces pourparlers, menés sous médiation américaine, ont impliqué des réunions directes à Paris en juillet et août 2025 entre Asaad al-Shaibani et une délégation israélienne dirigée par le ministre des Affaires stratégiques, Ron Dermer. Les discussions se concentrent sur la démilitarisation complète du sud de la Syrie et la réactivation des termes de l’accord de 1974, afin de garantir l’absence de forces armées non étatiques dans la région.
Le président par intérim Ahmed al-Sharaa a réaffirmé cet engagement le 13 septembre 2025, déclarant : « La Syrie est déterminée à respecter l’accord de désengagement et à travailler à un accord de sécurité pour éviter toute escalade. » Ces discussions répondent également aux préoccupations israéliennes concernant la présence de forces iraniennes ou du Hezbollah dans le sud de la Syrie. Le ministère israélien de la Défense a indiqué, le 15 septembre 2025, que des frappes aériennes récentes visaient à neutraliser ces menaces, soulignant l’importance d’un accord pour garantir la stabilité.
Reconstruction des zones dévastées : un défi économique
Les négociations incluent un volet consacré à la reconstruction des zones syriennes dévastées, en particulier dans le sud, proche de la frontière avec Israël. Ces régions ont subi des destructions massives dues aux combats et aux frappes aériennes israéliennes. Un responsable syrien a souligné : « La reconstruction est une priorité absolue. Sans stabilité à nos frontières et sans accès à des fonds internationaux, nous ne pourrons pas répondre aux besoins de la population. » Les pourparlers visent à mobiliser des financements auprès de partenaires occidentaux et arabes, conditionnés à des progrès dans les discussions sécuritaires.
La reconstruction nécessite des investissements massifs pour réhabiliter les infrastructures routières, électriques et hydrauliques. Les discussions à Washington incluent des engagements pour accéder à des fonds d’institutions internationales, bien que les modalités précises restent en négociation. Ces efforts reflètent la volonté de la nouvelle direction syrienne de consolider sa légitimité en répondant aux besoins urgents de la population, tout en renforçant ses relations avec la communauté internationale.
Une médiation américaine au cœur du dialogue
Les négociations entre la Syrie et Israël s’appuient sur une médiation américaine, dans le cadre d’une diplomatie parallèle qui contourne les canaux traditionnels. L’envoyé spécial américain Thomas Barrack, accompagné de la diplomate Morgan Ortagus, a organisé plusieurs rounds de discussions à Paris, réunissant des responsables syriens et israéliens. Un responsable américain a exprimé un optimisme prudent, déclarant : « Ces pourparlers offrent une opportunité de stabiliser la région, mais ils exigent un engagement mutuel des deux parties. »
Ces discussions s’inscrivent dans une dynamique régionale plus large, marquée par la volonté de la Syrie de renforcer ses liens avec des pays arabes comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Ces États soutiennent discrètement les négociations, voyant dans un rapprochement syro-israélien une opportunité de contrer l’influence iranienne et de stabiliser le sud de la Syrie. La visite d’Asaad al-Shaibani à Washington illustre cette ambition de réintégration internationale, dans un contexte où la Syrie cherche à sortir de son isolement.
Une reconnaissance implicite d’Israël en perspective
Les négociations soulèvent la question d’une possible reconnaissance de facto d’Israël par la Syrie, marquant une rupture avec la position historique de Damas, qui a toujours refusé de reconnaître l’État hébreu et revendiqué la restitution du plateau du Golan. Le président par intérim Ahmed al-Sharaa a suggéré une inflexion dans cette posture le 13 septembre 2025, déclarant : « Si un accord sert les intérêts du peuple syrien, nous sommes prêts à explorer toutes les options. » Bien qu’un accord de paix global ne soit pas envisagé à ce stade, ces pourparlers pourraient constituer une reconnaissance implicite d’Israël, en échange de garanties sécuritaires et économiques.
Les discussions incluent des engagements syriens à geler les revendications sur le Golan, en échange de l’arrêt des incursions israéliennes et d’un soutien à la reconstruction. Ces concessions, bien que pragmatiques, restent sensibles dans un pays marqué par des décennies de conflit avec Israël. Les chancelleries arabes et occidentales suivent ces développements avec attention, y voyant un possible prélude à une normalisation partielle des relations syro-israéliennes.
Une région confrontée à des tensions persistantes
Les négociations syro-israéliennes interviennent dans un contexte régional marqué par des conflits multiples. La guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, a fait plus de 41 000 morts palestiniens et 1 200 morts israéliens, selon un rapport de l’ONU du 15 septembre 2025. Au Liban, une frappe israélienne à Kfar Kila le 12 septembre 2025 a tué quatre combattants du Hezbollah, exacerbant les tensions le long de la frontière sud. La coordinatrice spéciale de l’ONU pour le Moyen-Orient, Tor Wennesland, a appelé à une désescalade lors d’une réunion du Conseil de sécurité le 17 septembre 2025, déclarant : « La stabilité régionale dépend d’un dialogue inclusif entre toutes les parties. »
Les pourparlers syro-israéliens pourraient contribuer à réduire les tensions dans le sud de la Syrie, mais ils font face à des obstacles significatifs, notamment la présence de groupes armés non étatiques et les pressions des acteurs régionaux comme l’Iran. La médiation américaine reste cruciale pour maintenir l’élan des discussions, dans un contexte où les intérêts des parties prenantes divergent.



