Dans un contexte marqué par les défis énergétiques persistants et les besoins croissants en mobilité durable, le Liban a assisté, ce 18 février 2026, à l’annonce officielle du lancement du premier taxi intelligent électrique fonctionnant à l’énergie solaire, entièrement conçu et fabriqué sur le sol national. Cette initiative, portée par l’ingénieur Hisham Hussami, s’inscrit dans une série d’innovations locales visant à transformer le secteur des transports publics, particulièrement à Beyrouth où les embouteillages et les coûts élevés du carburant pèsent sur le quotidien des citoyens.
Une réponse innovante à la crise du transport public
Le projet, baptisé « Lira Taxi Smart », émerge au moment où le Liban continue de faire face à une crise économique et énergétique amorcée en 2019, avec des pénuries récurrentes d’électricité et une dépendance accrue aux importations de combustibles fossiles. Selon les données récentes du ministère de l’Énergie et de l’Eau, les coupures d’électricité atteignent encore jusqu’à 20 heures par jour dans certaines régions, rendant les solutions alternatives comme l’énergie solaire particulièrement pertinentes. Ce taxi, qui repose sur une technologie propre, vise à réduire les coûts opérationnels pour les conducteurs tout en améliorant la qualité du service pour les usagers. Hisham Hussami, l’initiateur du projet, a déclaré dans un communiqué que cette réalisation « représente un saut qualitatif dans le secteur des transports à Beyrouth, incarnant une vision industrielle qui soutient l’économie nationale et propose un modèle urbain de transport durable tenant compte de toutes les couches de la société ».
Les spécificités techniques du véhicule
Le « Lira Taxi Smart » se distingue par une série de fonctionnalités avancées intégrant l’intelligence artificielle et les énergies renouvelables. Alimenté principalement par l’énergie électrique soutenue par des panneaux solaires flexibles installés sur le toit, le véhicule permet une recharge autonome partielle lors des déplacements diurnes, réduisant ainsi la dépendance aux réseaux électriques instables. La batterie offre une autonomie allant jusqu’à 300 kilomètres, avec une option de charge rapide en 30 minutes ou une charge complète en neuf heures via une prise domestique standard, sans nécessiter d’infrastructures spécialisées. À l’intérieur, l’habitacle spacieux inclut des sièges individuels, un réfrigérateur à eau offrant des bouteilles gratuites, et un écran Android de 15 pouces fixé au plafond pour le suivi des trajets en temps réel via GPS.
Parmi les innovations les plus notables figure un système de traduction vocale en temps réel supportant plus de 80 langues, facilitant la communication entre passagers et conducteurs dans une ville multiculturelle comme Beyrouth. « Le passager parle dans sa langue, et cela est traduit directement en arabe, tandis que l’arabe est traduit en retour dans la langue du passager », a expliqué Hussami lors d’une présentation détaillée. Un compteur numérique intelligent calcule les tarifs en fonction de la distance parcourue, émettant un reçu détaillé à la fin du trajet, avec des paiements acceptés par carte de crédit pour promouvoir les transactions sans espèces. Pour la sécurité, des caméras internes enregistrent l’ensemble du voyage, tandis qu’un système d’intelligence artificielle (DSM) surveille le comportement du conducteur, alertant en cas de somnolence, de manque d’attention, de non-port de la ceinture de sécurité ou de tabagisme à bord.
L’accessibilité constitue un pilier central du design : des rampes dédiées permettent l’entrée aisée des personnes en fauteuil roulant, et un mécanisme coulissant facilite l’accès pour les mères avec poussettes, assurant une expérience sûre et confortable pour tous. Un code QR apposé sur le véhicule permet aux usagers d’accéder instantanément aux informations du conducteur et du véhicule, renforçant la transparence et la confiance. Ces éléments techniques, développés localement, soulignent la capacité de l’industrie libanaise à produire des solutions conformes aux normes modernes, comme l’a affirmé Hussami : « Cet accomplissement confirme la capacité de l’industrie libanaise à produire des solutions avancées selon des standards contemporains, reflétant à la fois l’esprit d’innovation et la responsabilité sociale ».
Le parcours de l’ingénieur Hisham Hussami
Hisham Hussami, ingénieur mécanique originaire du Liban, n’en est pas à son premier coup d’essai dans le domaine des véhicules durables. Dès 2022, il a introduit le Liban dans le secteur de la fabrication de voitures électriques avec le lancement de la « Lira », une voiture solaire présentée comme la première du genre dans le monde arabe. Ce modèle initial, capable d’atteindre 75 kilomètres par heure et d’une autonomie de 200 kilomètres, a été conçu pour soutenir la monnaie nationale et relancer l’économie locale au milieu de la dévaluation de la livre libanaise. Hussami a financé ce projet sur fonds propres, démontrant une résilience face aux contraintes économiques. En juillet 2023, lors d’une cérémonie à Beyrouth, il a dévoilé un prototype équipé de panneaux solaires sur le toit, permettant une recharge rapide et une vitesse maximale de 130 kilomètres par heure.
Par la suite, en décembre 2024, Hussami a élargi son portefeuille avec le « Sky Lira », un taxi aérien électrique doté de huit moteurs, offrant une vitesse de pointe de 130 kilomètres par heure et une portée de 40 kilomètres sans interruption. Ce véhicule, conçu pour un passager unique dans sa version prototype, intègre des mesures de sécurité redondantes : même en cas de panne d’un moteur, il peut continuer avec les sept autres, et fonctionner minimalement avec quatre. Hussami a souligné la simplicité de pilotage, accessible en quelques minutes sans formation spécialisée, et des plans pour une version autonome intégrant le GPS. Fabriqué localement avec des matériaux disponibles au Liban – à l’exception des composants électroniques importés –, ce projet vise une production à moindre coût, estimée à moins de 150 000 dollars par unité contre 250 000 à 300 000 dollars pour les équivalents importés de Chine.
En mars 2025, Hussami a annoncé le « Lira Bus », une autobus électrique solaire pouvant transporter 14 personnes, avec un lancement prévu initialement pour mai 2025 lors d’une exposition nationale. Bien que des retards liés aux instabilités régionales aient repoussé certaines étapes, ces initiatives successives illustrent une trajectoire cohérente vers une mobilité intégrée. Le « Lira Taxi Smart » s’inscrit dans cette lignée, avec un prix fixé à 5 000 dollars par véhicule, réservé aux conducteurs titulaires de plaques rouges, et un déploiement progressif débutant par un prototype pour recueillir les retours d’expérience.
Implications pour l’économie libanaise
Dans un pays où le secteur des transports représente environ 15 % des émissions de gaz à effet de serre, selon les rapports du Programme des Nations unies pour l’environnement datant de 2025, l’adoption de véhicules électriques solaires pourrait contribuer à une réduction significative de la pollution urbaine. À Beyrouth, où les taxis traditionnels – souvent des modèles anciens et polluants – dominent les rues, ce nouveau modèle promet une baisse des coûts d’exploitation pour les conducteurs, éliminant les dépenses en carburant qui ont explosé avec la levée des subventions en 2021. Hussami a insisté sur cet aspect : « Le véhicule est écologique, il abaisse les coûts de transport pour les passagers et augmente les revenus des conducteurs en supprimant le fardeau des frais de carburant ».
Sur le plan social, l’intégration de fonctionnalités inclusives répond aux besoins d’une population diversifiée, incluant les personnes à mobilité réduite et les touristes étrangers, dans une capitale qui accueille annuellement des millions de visiteurs malgré les tensions régionales. Le système de paiement sans espèces aligne le service sur les tendances globales, favorisant l’inclusion financière dans un contexte où les transactions bancaires restent limitées par la crise. De plus, la production locale pourrait stimuler l’emploi dans les ateliers de fabrication, comme celui de Hussami à Bchamoun, où des modifications itératives ont été apportées aux prototypes, incluant des caméras de trajectoire, des écrans tactiles et des capteurs.
Dynamiques régionales et défis persistants
Le lancement intervient alors que le Liban navigue entre instabilités géopolitiques et efforts de reconstruction. Les tensions au sud du pays, exacerbées par les événements de 2024 impliquant des acteurs régionaux, ont impacté les chaînes d’approvisionnement, retardant l’importation de composants électroniques essentiels. Pourtant, Hussami a maintenu un focus sur l’autosuffisance, utilisant des matériaux locaux pour la structure des véhicules. Des discussions avec le ministre de l’Industrie, George Bouchikian, en poste depuis la formation du gouvernement en février 2025, visent à promouvoir ces innovations sous supervision étatique, potentiellement via des incitations fiscales pour les fabricants locaux.
Les implications immédiates de ce lancement se manifestent dans les préparatifs pour une expansion graduelle. Le prototype, déjà opérationnel, sera testé dans les rues de Beyrouth dans les semaines à venir, avec une ouverture des candidatures pour les conducteurs éligibles. Hussami a indiqué que l’initiative pourrait s’étendre à d’autres villes comme Tripoli ou Saïda, en fonction des retours. Les fonctionnalités de sécurité, comme les alertes automatiques et la surveillance en temps réel, pourraient réduire les incidents routiers, un fléau persistant avec plus de 4 000 accidents annuels rapportés par la police libanaise en 2025. Ce développement, ancré dans les réalités locales, illustre comment des initiatives privées comblent les lacunes infrastructurelles, avec des véhicules capables de fonctionner sans stations de recharge dédiées grâce à l’énergie solaire abondante dans la région.

