Beyrouth, 4 mars 2026. Les accusations contre l’armée israélienne concernant l’emploi de munitions au phosphore blanc dans ses opérations militaires au sud du Liban se sont renouvelées ce mercredi. Au cœur de l’escalade en cours, marquée par la publication d’une nouvelle carte d’évacuation et l’avancée de troupes terrestres, des témoignages et des observations locales font état de l’utilisation de cette substance incendiaire lors de bombardements récents dans la région. Ces allégations interviennent alors que les opérations de la 91e division israélienne se poursuivent au sud du fleuve Litani, dans un contexte où les frappes aériennes et terrestres se multiplient.
Le phosphore blanc, substance chimique utilisée principalement pour créer des écrans de fumée ou illuminer les zones de combat, est au centre de ces reproches récurrents. Lorsqu’il entre en contact avec l’air, il s’enflamme spontanément et produit une fumée dense et toxique. Ses effets sur les tissus humains sont dévastateurs : brûlures profondes, douleurs intenses et complications respiratoires graves. Sur le plan environnemental, il contamine les sols et les cultures pour de longues périodes, rendant certaines terres agricoles impropres à l’exploitation. Son utilisation dans des zones densément peuplées ou à proximité de civils est strictement encadrée par le droit international humanitaire, notamment le Protocole III de la Convention sur les armes classiques.
Des accusations qui s’inscrivent dans une escalade militaire en cours
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Ces nouvelles accusations surviennent au moment précis où l’armée israélienne a diffusé, mercredi, une carte d’évacuation ordonnant à tous les résidents des villages situés au sud du Litani de se relocaliser vers le nord de la rivière. Le porte-parole Avichay Adraee a explicitement lié cette mesure à la préparation d’une nouvelle phase d’invasion terrestre. Dans ce cadre opérationnel, les bombardements d’artillerie et les frappes aériennes se sont intensifiés dans plusieurs secteurs du sud, provoquant des mouvements de population massifs et des tensions humanitaires immédiates.
Les forces israéliennes, selon des observations rapportées sur le terrain, ont engagé des unités de la 91e division dans des localités au sud du fleuve. Des frappes ont également touché les faubourgs sud de Beyrouth. Dans ce climat de violence accrue, les signalements concernant l’emploi de phosphore blanc se sont multipliés, rappelant les schémas observés lors des phases précédentes du conflit. Les habitants des zones affectées décrivent des nuages de fumée blanche dense et des incendies persistants sur les terres agricoles, des phénomènes caractéristiques de cette munition.
Le phosphore blanc au cœur des débats juridiques internationaux
Le droit international ne prohibe pas totalement le phosphore blanc, mais son emploi comme arme incendiaire dans des zones civiles est interdit. Le Protocole III de 1980 exige que les parties à un conflit évitent de viser des objectifs militaires situés au sein de concentrations civiles lorsque des armes incendiaires sont utilisées. Human Rights Watch a rappelé, dans un communiqué publié le 2 mars 2026, que les forces israéliennes avaient déjà commis de nombreuses violations du droit de la guerre au Liban, y compris l’utilisation illégale de munitions au phosphore blanc dans des zones peuplées. L’organisation a souligné que ces pratiques s’ajoutaient à d’autres atteintes, telles que des attaques contre des civils, des journalistes et des infrastructures civiles.
Amnesty International avait, dès octobre 2023, documenté l’emploi de ces munitions par l’artillerie israélienne le long de la frontière sud du Liban entre le 10 et le 16 octobre de cette année-là. Des vidéos et des photographies analysées par l’ONG montraient des tirs sur les localités de Dhayra, al-Mari et Aita al-Chaab. L’organisation avait alors appelé l’armée israélienne à cesser immédiatement cet usage, rappelant l’engagement pris par Israël en 2013 de ne plus employer ces armes dans des zones peuplées.
Une étude récente qui documente l’ampleur des frappes
Une enquête approfondie menée par le chercheur en sources ouvertes Ahmad Baydoun, publiée en janvier 2026, a cartographié pas moins de 248 frappes au phosphore blanc dans le sud du Liban entre octobre 2023 et novembre 2024. Selon cette étude, 91 % de ces tirs ont eu lieu avant l’entrée des forces israéliennes au sol en octobre 2024, contredisant les explications officielles israéliennes qui présentaient ces munitions comme un outil strictement défensif ou destiné à créer des écrans de fumée. Le travail de Baydoun, basé sur la géolocalisation de vidéos, de photographies et de témoignages de résidents, met en lumière une utilisation systématique qui a affecté des villages entiers et des zones agricoles.
Le chercheur, affilié à l’université de technologie de Delft aux Pays-Bas, a insisté sur le fait que ces frappes ont rendu certaines parties du sud du Liban inhabitables à long terme. Les sols contaminés par les résidus de phosphore blanc continuent de poser des risques pour les populations qui tentent de revenir dans leurs foyers après les phases de cessez-le-feu.
Les conséquences humanitaires et environnementales au sud du Liban
Les effets du phosphore blanc vont bien au-delà des dommages immédiats. Les brûlures qu’il provoque sont particulièrement difficiles à traiter, car la substance continue de s’enflammer au contact de l’oxygène jusqu’à ce qu’elle soit entièrement consumée ou privée d’air. Les médecins libanais ont rapporté, lors des conflits précédents, des cas de patients présentant des lésions profondes et des infections secondaires graves. Sur le plan agricole, les terres touchées perdent leur fertilité pour des années, avec des conséquences économiques dramatiques pour des communautés déjà fragilisées par des années de tensions.
Au 4 mars 2026, des milliers de personnes ont déjà fui les villages au sud du Litani en raison de la carte d’évacuation diffusée par l’armée israélienne. Les routes menant vers le nord sont saturées. Les organisations humanitaires, dont le Croissant-Rouge libanais et des agences de l’ONU, tentent d’organiser l’accueil des déplacés dans des centres temporaires. La présence de résidus toxiques complique encore davantage ces mouvements, car les habitants craignent de laisser derrière eux des terres contaminées qui pourraient affecter leur retour futur.



