Ce mercredi 4 mars 2026, à l’ouverture des marchés européens, le baril de Brent a dépassé les 83 dollars pour la première fois depuis janvier 2025, enregistrant une hausse de près de 5 % en séance après une progression cumulée de plus de 12 % depuis le début du conflit samedi dernier. À Londres, le contrat à terme sur le pétrole de mer du Nord s’échangeait autour de 83,86 dollars vers 8 heures, tandis que le West Texas Intermediate américain frôlait les 77 dollars à New York. Ces mouvements interviennent au cinquième jour des opérations américano-israéliennes contre l’Iran et des ripostes iraniennes sur les monarchies du Golfe, qui ont déjà perturbé les flux énergétiques dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de l’approvisionnement pétrolier mondial.
Dans les salles de marchés de Paris, Francfort et Londres, les écrans affichent une volatilité extrême. Les traders suivent en temps réel les images satellites montrant des navires à l’ancre dans le Golfe et les communiqués de l’armée israélienne sur les frappes aériennes nocturnes en Iran. À Beyrouth comme à Riyad ou Doha, les bourses locales ont ouvert en forte baisse, reflétant les craintes d’un embrasement prolongé. Le ministère irakien du Pétrole a confirmé une réduction immédiate de sa production de 1,5 million de barils par jour, avec la possibilité de doubler ce volume si les exportations restent bloquées par manque de stockage. Ces chiffres, relayés par les opérateurs de marché, expliquent en partie la tension sur les cours.
Le pétrole, première victime directe des disruptions dans le Golfe
La flambée des cours du brut s’explique par plusieurs facteurs convergents observés depuis le week-end. Les frappes iraniennes sur les infrastructures énergétiques des Émirats arabes unis, du Qatar et d’Arabie saoudite ont entraîné l’arrêt temporaire de plusieurs terminaux d’exportation. À Ras Tanura, en Arabie saoudite, un incendie rapidement maîtrisé a tout de même ralenti les chargements. Au Qatar, le site de Ras Laffan, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, a subi des dommages directs, forçant la suspension partielle des expéditions. Résultat : les tankers qui transportent habituellement 15 millions de barils par jour via le détroit d’Ormuz ont vu leur trafic chuter drastiquement. Selon des données de suivi maritime, près de 150 navires ont jeté l’ancre dans les eaux internationales en attendant des instructions.
Le président américain Donald Trump a déclaré hier soir que les États-Unis étaient prêts à déployer la marine pour escorter les tankers dans le détroit d’Ormuz, une mesure qui, si elle se concrétise, pourrait stabiliser les flux mais aussi accroître les risques d’incidents militaires. En parallèle, l’Irak, deuxième producteur de l’Opep derrière l’Arabie saoudite, a réduit sa production pour éviter un engorgement des stockages terrestres. Ces coupes, estimées à 1,5 million de barils par jour et potentiellement doublées, privent le marché d’un volume significatif au moment où les stocks stratégiques des pays occidentaux sont déjà sous pression après les hivers précédents.
Les analystes de marché notent que le Brent a déjà gagné plus de 12 % depuis samedi, atteignant des niveaux inédits depuis plus d’un an. Le contrat à terme pour livraison en avril affiche une prime de risque géopolitique estimée à 15-20 dollars par baril. À Paris, le prix à la pompe du gazole et du sans-plomb a commencé à refléter ces hausses : les distributeurs français ont annoncé des augmentations de 4 à 6 centimes par litre dès ce matin, selon les données transmises à la Commission de régulation de l’énergie. En Allemagne et en Italie, pays fortement dépendants des importations, les gouvernements ont activé des mécanismes de surveillance des prix pour éviter une spirale inflationniste.
Le gaz naturel liquéfié et européen sous tension maximale
Le marché du gaz n’est pas épargné. Le contrat TTF néerlandais, référence européenne, a bondi de 30 à 50 % en quelques séances, atteignant ce matin entre 46 et 47 euros par mégawattheure. La raison principale réside dans l’interruption des exportations qataries depuis Ras Laffan, qui fournit une part non négligeable du GNL destiné à l’Europe. Avec la mer Rouge déjà perturbée par les tensions antérieures et le détroit d’Ormuz menacé, les acheteurs européens se tournent massivement vers les cargaisons américaines et norvégiennes, faisant grimper les prix spot. En Asie, le JKM (Japan Korea Marker) a suivi la même trajectoire, avec une hausse de plus de 25 % depuis lundi.
Les gouvernements européens, encore marqués par la crise énergétique de 2022, ont réactivé leurs cellules de crise. La Commission européenne a indiqué qu’elle surveillait en continu les niveaux de remplissage des stockages, actuellement à 58 % en moyenne dans l’Union, un taux supérieur à l’année dernière mais insuffisant en cas de prolongation du conflit. En France, le ministère de la Transition énergétique a confirmé que les stocks stratégiques permettaient de tenir plusieurs semaines, mais a appelé à une modération de la consommation industrielle. À Berlin, le chancelier a présidé une réunion d’urgence avec les opérateurs énergétiques pour anticiper d’éventuelles pénuries hivernales tardives.
L’or et les métaux précieux comme valeurs refuges
Face à l’incertitude, les investisseurs se ruent sur l’or. Le cours de l’once a franchi ce matin les 5 200 dollars, avec des pics à 5 400 dollars en séance asiatique, avant un léger repli. Ce mouvement, typique des périodes de tension géopolitique, s’explique par le statut de valeur refuge du métal jaune. Les fonds d’investissement ont enregistré des entrées nettes massives sur les ETF aurifères, tandis que les banques centrales, notamment en Asie, ont accéléré leurs achats. Le platine et l’argent suivent une trajectoire similaire, avec des hausses de 8 à 12 % depuis le début du conflit.
Les analystes soulignent que cette envolée de l’or reflète également les craintes d’une inflation importée. Si le baril reste durablement au-dessus de 80 dollars, les prévisions d’inflation pour 2026 dans la zone euro pourraient être révisées à la hausse de 0,5 à 0,8 point de pourcentage, selon des modèles économiques utilisés par les institutions internationales. Aux États-Unis, la Réserve fédérale suit de près ces évolutions, d’autant que le dollar s’est renforcé de 1,5 % face à l’euro et au yen depuis lundi, attirant les capitaux vers les actifs américains.
Les marchés actions plongent dans la volatilité
Les places boursières mondiales accusent le coup. À Paris, le CAC 40 a ouvert en baisse de 2,3 %, entraîné par les valeurs du luxe et du transport aérien, particulièrement sensibles aux prix du carburant. À Londres, le FTSE 100 perdait plus de 2 % en matinée, tandis que le Dax allemand cédait 1,8 %. En Asie, la séance de nuit a été particulièrement rude : le Nikkei a terminé en repli de 3,2 %, et les indices chinois ont chuté de plus de 4 % après l’annonce de perturbations sur les routes maritimes. Seuls les titres des compagnies pétrolières et gazières résistent : ExxonMobil, Shell et TotalEnergies affichent des gains de 4 à 7 % à l’ouverture.
Les secteurs du tourisme et de l’aviation sont les plus touchés. Les compagnies européennes ont vu leurs cours dégringoler de 5 à 8 % après l’annonce de nouvelles restrictions de vol au-dessus du Golfe et du Levant. Les assureurs maritimes ont relevé leurs primes de 30 à 50 % pour les navires transitant près de l’Iran. À Wall Street, où les marchés ouvrent dans quelques heures, les prévisions tablent sur une ouverture mitigée, avec un Dow Jones attendu en baisse de 1 à 2 %.
Les risques inflationnistes et les conséquences sur les économies importatrices
Les économistes alertent sur les effets en cascade. Une hausse prolongée du pétrole à plus de 90 dollars le baril pourrait ajouter jusqu’à 0,8 point à l’inflation dans les pays développés, selon des simulations réalisées par des institutions financières internationales. L’Europe, qui importe 90 % de son pétrole, serait particulièrement vulnérable, tout comme le Japon et la Corée du Sud. En Inde, troisième importateur mondial, le gouvernement a déjà commencé à puiser dans ses réserves stratégiques pour limiter la hausse des prix à la pompe.
Les pays du Golfe eux-mêmes ne sont pas épargnés malgré leurs revenus pétroliers. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, dont les économies reposent en partie sur le tourisme et les services, voient leurs bourses locales chuter et leurs projets de diversification ralentir. À Dubaï, le secteur hôtelier et aérien enregistre déjà des annulations massives. Le Liban, déjà fragilisé par les frappes, fait face à une nouvelle envolée des prix des carburants importés, aggravant la crise humanitaire.
Le détroit d’Ormuz au cœur des inquiétudes logistiques mondiales
Le point névralgique reste le détroit d’Ormuz, large de seulement 40 kilomètres à son point le plus étroit. Les menaces iraniennes de fermeture totale, même si elles n’ont pas été mises à exécution, ont suffi à paralyser une partie du trafic. Les compagnies de navigation internationales ont détourné leurs routes vers le cap de Bonne-Espérance, ajoutant jusqu’à 15 jours de transit et des coûts supplémentaires de 1 à 2 millions de dollars par voyage. Les assureurs ont classé la zone en risque de guerre, multipliant les primes par trois.
Les observateurs notent que même une fermeture partielle de quelques jours pourrait priver le marché de 4 à 5 millions de barils par jour, un choc comparable à celui de 1973. Les États-Unis, grâce à leur production domestique record, sont moins dépendants, mais l’Europe et l’Asie risquent des pénuries localisées si le conflit s’éternise.
Les réactions officielles et la surveillance internationale
Les autorités monétaires mondiales restent en alerte. Le Fonds monétaire international suit de près les évolutions, soulignant que la durée et l’ampleur des perturbations énergétiques détermineront l’impact sur la croissance globale. Le président Trump a réaffirmé que Washington prendrait toutes les mesures nécessaires pour sécuriser les flux énergétiques, y compris un déploiement naval. En Europe, la présidente de la Commission a convoqué une réunion extraordinaire des ministres de l’Énergie pour ce jeudi.
À l’heure où ces lignes sont écrites, les marchés continuent de réagir aux dernières informations en provenance du Golfe. Le Brent oscille autour de 83,50 dollars, le TTF gazier maintient ses gains à 46,80 euros par mégawattheure, et l’or reste fermement au-dessus de 5 200 dollars l’once. Les opérateurs scrutent les prochains communiqués militaires et les déclarations des pays producteurs de l’Opep+. Les faits sur le terrain et sur les marchés continuent d’évoluer heure par heure, dictés par la succession rapide des opérations militaires et des ajustements logistiques dans l’ensemble du Moyen-Orient.
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