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Le canal syrien par l’économie: le dossier agricole devient un acte diplomatique

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La frontière transformée en levier politique

Les difficultés des produits libanais à la frontière syrienne ne sont plus décrites comme un simple accident administratif. Elles prennent la forme d’un dossier structurant. Elles touchent directement le revenu des agriculteurs. Elles pèsent sur les prix en interne. Elles fragilisent aussi la capacité du Liban à exporter vers les pays arabes par la route.

Le point de départ est une réalité logistique. La Syrie est présentée comme le passage terrestre obligé des exportations libanaises vers plusieurs marchés arabes. Elle est aussi un marché important pour l’écoulement de certaines productions. Dès lors, toute restriction, même partielle, devient une pression immédiate sur l’économie agricole libanaise.

Dans ce contexte, le dossier agricole devient un acte diplomatique. Il impose au ministère libanais de l’Agriculture de négocier, comme on négocie un accès stratégique. Il impose aussi de coordonner avec d’autres administrations, car la question dépasse les cultures et les saisons.

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Une visite ministérielle à Damas, pensée comme opération de “déblocage”

Le ministre libanais de l’Agriculture, Nizar Hani, annonce une visite officielle en Syrie prévue un dimanche proche du 9 janvier 2026. L’objectif affiché est explicite. Il s’agit de “réordonner” les relations commerciales, après un durcissement des deux côtés qui a fini par se traduire en obstacles concrets.

La formulation est importante. Elle suggère que le problème n’est pas une mesure isolée. Il s’agit d’un enchaînement de décisions et de réponses. Il s’agit aussi d’un climat. Or, quand un climat se dégrade, la frontière devient un outil. Elle peut ralentir. Elle peut taxer. Elle peut aussi humilier par des contrôles.

La visite est présentée comme une tentative de remettre ce dossier dans un cadre de comité et de discussion, plutôt que dans un cadre de gestes unilatéraux. L’idée est de sortir de l’improvisation, qui coûte très cher à un secteur dépendant du temps.

Des restrictions syriennes décrites comme “non justifiées” et coûteuses

Les obstacles rapportés côté syrien sont détaillés. Il est question de frais de transit imposés aux camions libanais, sur la route vers les pays de destination. Il est aussi question de procédures d’inspection dures pour certains produits. Ces inspections sont décrites comme aggravant le risque de détérioration.

Un exemple précis est mentionné. Des cargaisons d’avocats auraient été abîmées récemment, à la suite de ces pratiques de contrôle. Ce type d’incident est lourd de conséquences. Il détruit la valeur. Il rend les exportateurs prudents. Il pousse aussi certains à réduire les volumes, par crainte de pertes répétées.

Un autre point concret est avancé sur le niveau de coût. Il est fait état d’un droit de passage pouvant atteindre environ 1500 dollars par camion de transit, pour traverser le territoire syrien vers d’autres pays. Ce chiffre change la nature du débat. Il ne s’agit plus d’un détail. Il s’agit d’un coût fixe, qui peut annuler la marge sur des produits périssables.

En parallèle, les textes mentionnent des décisions syriennes répétées de restriction sur l’entrée de certains produits agricoles. Le mécanisme décrit n’est pas une fermeture totale. Il s’agit plutôt d’une alternance de permis et d’interdictions, qui crée une incertitude permanente.

Une réponse syrienne qui renvoie à des autorités multiples

La réaction du ministre syrien de l’Agriculture, Amjad Badr, est rapportée de manière nuancée. Il explique que les mesures imposées visent, selon lui, à protéger la production locale. Il insiste sur l’idée que le dossier n’est pas réglé par un seul ministère. Certaines décisions seraient prises par d’autres autorités, dont celles qui gèrent les passages et les ports terrestres.

Cette précision est centrale. Elle signifie que négocier ne consiste pas seulement à convaincre un ministre. Il faut aussi traiter une architecture. Il faut parler à ceux qui contrôlent la frontière. Il faut aussi comprendre quelles décisions relèvent d’un cadre économique et lesquelles relèvent d’un cadre sécuritaire.

Amjad Badr présente aussi un calendrier. Il évoque une réunion de comités conjoints, à tenir le dimanche de la visite, comme occasion de mettre chaque partie face à ses engagements. Il insiste sur la présence attendue des acteurs concernés, y compris des commerçants et des exportateurs, pour viser une solution “acceptable pour tous”.

Le message final est volontairement apaisant. Il affirme que la Syrie est ouverte à la coopération avec tous les pays et que “chaque problème a une solution”. Cette formule a un rôle diplomatique. Elle permet de dire non à une accusation de fermeture, tout en gardant la main sur les conditions.

La lecture des agriculteurs: une relation “non équilibrée” et une marge de pression limitée

La parole des producteurs libanais introduit une autre lecture. Les agriculteurs et exportateurs ne cachent pas leur inquiétude. Ils estiment que le Liban a une capacité limitée à imposer ses conditions dans une relation jugée non équilibrée. La raison est logistique et commerciale. La Syrie reste à la fois le corridor et un marché.

Cette lecture met en lumière un paradoxe. Le Liban a besoin d’un accès fluide. Or il ne contrôle pas le corridor. Il peut protester. Il peut négocier. Mais il ne peut pas déplacer la route du jour au lendemain. Cette dépendance rend les frais de transit et les inspections particulièrement efficaces comme instruments de pression.

Le président de l’association des agriculteurs libanais, Antoine Houayek, propose une hiérarchie claire. Il estime que le cœur de la crise est le niveau élevé des droits imposés sur les camions de transit libanais. Pour lui, ce point est “l’entrée obligatoire” de toute solution sérieuse. La phrase est lourde. Elle signifie que sans traitement du coût, le reste est du bruit.

Le problème ne vient pas seulement de Damas: l’instabilité des décisions libanaises aggrave la crise

Les textes introduisent aussi une autocritique. Ils décrivent une gestion libanaise irrégulière des décisions d’importation. Il est question d’un “tâtonnement” entre imposer des licences préalables puis les lever plus tard. Ce va-et-vient aurait conduit à des volumes importants sur le marché. Il aurait provoqué un effondrement de prix sur certains produits.

Ce point complète le tableau. Quand le marché libanais est inondé, les agriculteurs perdent en interne. Quand les exportations sont freinées, ils perdent à l’extérieur. Les deux dynamiques se renforcent. Elles compressent le revenu. Elles encouragent aussi les comportements d’urgence, comme vendre vite, même à perte, pour éviter la destruction des récoltes.

Le même passage évoque une simultanéité frappante. Au moment où le Liban change ses règles d’importation, la Syrie prend des décisions de restriction sur l’entrée de certains produits. L’effet combiné est destructeur. Il crée une instabilité continue. Il empêche les producteurs de planifier.

Ce que dit le dossier douanier: une relation commerciale faite de postes concrets

Le dossier fournit aussi une lecture par les marchandises, sur la base de données douanières présentées jusqu’à août 2025. La relation n’est pas décrite en abstractions. Elle se voit dans des postes précis, avec des valeurs en millions de dollars.

Du côté des exportations libanaises vers la Syrie, plusieurs produits apparaissent comme des postes majeurs dans la liste fournie. On trouve notamment des bananes, des légumes préparés ou conservés autrement que dans le vinaigre, des polymères d’éthylène sous forme primaire, des cigares, des voitures, et des eaux minérales et gazeuses, avec des valeurs indiquées pour chaque catégorie.

Du côté des importations depuis la Syrie, la liste met en avant des articles comme des bouteilles et grands contenants en verre, des agents de surface organiques et préparations de lavage, des vêtements de type costumes et vestes, des chaussures avec semelles et dessus en caoutchouc ou plastique, du fromage, ainsi que des pierres de construction, là encore avec des valeurs par poste.

Ces listes servent un objectif politique. Elles montrent que la relation est dense et diverse. Elle touche l’alimentaire. Elle touche l’industrie. Elle touche aussi la consommation. Dès lors, un blocage sur la frontière agricole n’est pas un sujet isolé. Il devient un symptôme d’une relation commerciale plus large, où chaque secteur peut être tenté de “répondre” par une mesure.

La frontière comme théâtre du périssable: pourquoi l’agriculture paie le prix le plus vite

Le caractère périssable rend l’agriculture plus vulnérable que d’autres secteurs. Une voiture peut attendre. Une cargaison de fruits ne le peut pas. Chaque heure ajoutée par une inspection augmente le risque de détérioration. Chaque taxe fixe réduit la marge. Chaque incertitude sur les règles pousse les exportateurs à limiter les volumes.

Le dossier insiste sur la transformation des obstacles en “goulot d’étranglement”. La frontière terrestre devient une “nœud”. Cette image a une valeur technique. Elle décrit un point qui concentre le risque. Elle décrit aussi un point où une décision administrative peut déstabiliser toute une saison.

Il y a aussi un effet sur le marché libanais. Quand l’export se bloque, la production revient vers l’intérieur. L’offre augmente localement. Les prix baissent. Les producteurs perdent des deux côtés, car ils subissent à la fois la fermeture de l’extérieur et la chute du prix intérieur.

Une “solution” attendue, mais un test sur la méthode et sur les interlocuteurs

La réunion annoncée du dimanche est présentée comme un moment de clarification. Les Syriens mettent en avant la présence de tous les acteurs. Les Libanais mettent en avant l’urgence économique. Les exportateurs veulent un résultat. Ils veulent une règle stable. Ils veulent aussi une réduction tangible du coût de transit.

Le test porte sur la méthode. Si la discussion reste limitée à une explication générale sur la “protection du produit local”, le dossier risque de rester bloqué. Si la discussion traite des points concrets, comme le droit de transit, la sévérité des inspections, et les produits interdits, alors un accord peut être mesuré. Il peut être vérifié sur la route, dans les jours qui suivent.

Le test porte aussi sur les interlocuteurs. Si une partie des décisions est prise par les autorités en charge des passages, alors l’accord doit inclure ces acteurs, ou au moins engager leur application. Sinon, un compromis politique peut être neutralisé au premier poste de contrôle.

Enfin, ce dossier met à nu une fragilité libanaise. Le Liban négocie sur un corridor qu’il ne contrôle pas. Il négocie donc avec une contrainte structurelle. Dans ce cadre, la meilleure marge consiste souvent à obtenir de la stabilité. Une règle stable vaut parfois plus qu’une concession ponctuelle, car elle permet de planifier les récoltes, les contrats et les itinéraires.

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