Une amélioration partielle mais fragile de la balance commerciale
Au cours des deux premiers mois de l’année 2025, le déficit commercial du Liban s’est contracté de 3,2 %, atteignant 2,2 milliards de dollars selon les données de l’administration des douanes libanaises. Ce résultat s’explique par la progression significative des exportations libanaises, qui ont totalisé 625,75 millions de dollars sur la période, enregistrant une croissance de 41,2 % par rapport aux 443,3 millions de dollars constatés sur les deux premiers mois de 2024. Cette performance à l’export a permis d’amortir l’impact d’une hausse simultanée des importations, lesquelles ont progressé de 4,1 % pour atteindre 2,83 milliards de dollars.
Cependant, cette amélioration reste marginale au regard de la structure chronique du commerce extérieur libanais, où le déséquilibre entre importations massives et exportations limitées persiste. La couverture des importations par les exportations, bien qu’en amélioration, demeure insuffisante avec un ratio de 22 % sur les deux premiers mois de l’année contre seulement 16,3 % un an plus tôt.
Analyse des flux commerciaux : une dépendance structurelle aux importations
La ventilation des données commerciales révèle que les importations de produits non-hydrocarbures ont augmenté de seulement 0,6 %, atteignant 1,95 milliard de dollars. Cette relative stabilité masque des disparités sectorielles importantes. Les importations de produits pétroliers et minéraux ont grimpé de 12,5 %, atteignant 882 millions de dollars, représentant désormais 31 % de la facture totale des importations, contre 28,8 % l’année précédente.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
| Composition des importations libanaises (janvier-février 2025) | Montant (USD) | Part des importations totales | Évolution annuelle |
|---|---|---|---|
| Produits pétroliers et minéraux | 882 millions | 31 % | +12,5 % |
| Produits non-hydrocarbures | 1,95 milliard | 69 % | +0,6 % |
Cette forte dépendance à l’énergie souligne la vulnérabilité du Liban aux fluctuations des prix internationaux des matières premières. De plus, l’essentiel des biens importés reste constitué de produits essentiels et intermédiaires, nécessaires au fonctionnement de l’économie mais contribuant au maintien d’un déficit structurel.
Une embellie du côté des exportations, portée par les métaux précieux
Côté exportations, la hausse est principalement imputable à l’explosion des ventes de perles, pierres précieuses et métaux, qui ont bondi de 180 % pour atteindre 172,7 millions de dollars. D’autres secteurs industriels ont également progressé : les métaux de base (+24,7 %), les produits chimiques (+29,6 %), et dans une moindre mesure les équipements de transport (+3,7 %).
| Principales exportations libanaises (janvier-février 2025) | Montant (USD) | Évolution annuelle |
|---|---|---|
| Pierres précieuses et métaux | 172,7 millions | +180 % |
| Métaux de base | 20,1 millions | +24,7 % |
| Produits chimiques | 10,8 millions | +29,6 % |
| Équipements de transport | 141 millions | +3,7 % |
Cette orientation exportatrice vers des produits à forte valeur ajoutée témoigne d’un certain dynamisme mais reste concentrée sur des catégories de biens volatiles, notamment les métaux précieux dont la demande est sensible aux cycles mondiaux et aux arbitrages d’investissement internationaux.
Diversification des débouchés géographiques, mais dépendances persistantes
L’analyse des marchés d’exportation montre des évolutions contrastées. Les exportations vers la Suisse ont explosé de manière spectaculaire, avec un bond de 9 183 % sur la période, atteignant un niveau record en valeur absolue. Les flux vers la Grèce ont progressé de 286,5 %, vers la Syrie de 44,4 %, et vers les États-Unis de 40,3 %. À l’opposé, les exportations vers l’Égypte ont chuté de 32,6 %, vers la Turquie de 29,8 %, et vers l’Irak de 16,8 %.
Cette diversification partielle offre une respiration à l’économie libanaise mais ne corrige pas la concentration géographique excessive vers certains partenaires, souvent eux-mêmes soumis à des contraintes économiques ou politiques fortes.
| Principaux marchés d’exportation du Liban (janvier-février 2025) | Évolution annuelle |
|---|---|
| Suisse | +9 183 % |
| Grèce | +286,5 % |
| Syrie | +44,4 % |
| États-Unis | +40,3 % |
| Égypte | -32,6 % |
| Turquie | -29,8 % |
Le port de Beyrouth demeure le premier point de sortie des marchandises libanaises, représentant 38,8 % du total, suivi par l’aéroport de Beyrouth-Rafic Hariri avec 47,3 %, ce qui reflète encore une forte centralisation logistique.
Un redressement encore insuffisant au regard des déséquilibres extérieurs
Si le recul du déficit commercial constitue un signal modérément positif, il ne saurait masquer les vulnérabilités persistantes du modèle commercial libanais. La dépendance aux importations énergétiques reste structurelle, tandis que la dynamique des exportations repose largement sur des secteurs volatils comme les métaux précieux. La faible diversification des exportations de biens manufacturés et la concentration des partenaires commerciaux pèsent sur la capacité du pays à améliorer durablement sa balance commerciale.
Ce constat est d’autant plus critique que le Liban doit faire face à des obligations extérieures élevées, tandis que ses réserves de change, malgré une légère amélioration récente, restent limitées pour assurer le financement des déficits jumeaux — budgétaire et commercial.
En somme, si les chiffres de début d’année apportent une éclaircie statistique, ils ne reflètent pas encore un changement structurel profond de l’économie libanaise, qui reste vulnérable aux chocs externes et à l’instabilité politique régionale.



