Une position intermédiaire entre ouverture relative et surveillance croissante
Selon l’édition 2024 du rapport Freedom on the Net publié par Freedom House, le Liban obtient un score global de 50 sur 100 en matière de liberté sur Internet. Ce résultat place le pays au 41ᵉ rang mondial sur 70 pays évalués, et au 3ᵉ rang arabe, derrière la Tunisie (64/100) et le Maroc (53/100), mais devant la Jordanie, l’Arabie saoudite ou l’Égypte. Freedom House qualifie la situation du Liban comme « partiellement libre », reflétant une réalité ambivalente : un accès largement ouvert au web et aux réseaux sociaux, mais une intensification des pressions judiciaires et des intimidations à l’égard des journalistes et activistes numériques.
Méthodologie de classement de Freedom House
Le score est calculé selon trois dimensions principales :
- Obstacles à l’accès (infrastructure, prix, coupures)
- Limitation des contenus (censure, filtrage, manipulation)
- Violations des droits des utilisateurs (surveillance, harcèlement, arrestations)
Le Liban obtient :
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- 18/25 pour l’accès
- 19/35 pour les contenus
- 13/40 pour les droits des utilisateurs
Les points faibles se situent principalement dans l’usage de lois obsolètes, comme le Code pénal et la loi sur les publications, pour réprimer la liberté d’expression en ligne, ainsi que dans l’absence de cadre légal protégeant la vie privée numérique des citoyens.
Détail du score Freedom House 2024 pour le Liban
| Critère | Score / Total |
|---|---|
| Obstacles à l’accès | 18 / 25 |
| Limitation des contenus | 19 / 35 |
| Violations des droits | 13 / 40 |
| Score total | 50 / 100 |
Source : Freedom House, Freedom on the Net 2024
Un accès internet encore inégalitaire
Bien que l’infrastructure de télécommunications ait été partiellement restaurée depuis 2021, l’accès à Internet au Liban reste fortement inégal selon les régions. Le taux de pénétration d’Internet est estimé à 79 %, mais seulement 54 % dans la Békaa et le Liban-Nord. Les coûts de l’abonnement restent élevés par rapport au revenu médian, surtout depuis la levée de subventions sur les services mobiles et Internet en 2022. La vitesse de connexion moyenne est parmi les plus lentes du bassin méditerranéen, avec 11 Mbps en moyenne selon Ookla.
Pressions judiciaires et censure indirecte
Le rapport recense au moins 17 cas de poursuites judiciaires pour publications en ligne durant l’année 2024, visant des journalistes, blogueurs, ou simples citoyens exprimant des opinions critiques sur la classe politique ou l’armée. Les poursuites sont souvent menées sur la base de lois sur la diffamation ou l’atteinte à la réputation de l’État. Bien qu’aucune loi formelle de censure ne soit en vigueur, plusieurs fournisseurs d’accès bloquent temporairement certains sites, notamment durant les périodes de mobilisation sociale.
Réseaux sociaux sous surveillance
Les plateformes comme Facebook, Twitter (X), TikTok et Instagram sont librement accessibles, mais de plus en plus surveillées. Le ministère de l’Information et les agences de sécurité ont mis en place des unités de veille numérique, avec coopération directe de certains fournisseurs pour identifier les auteurs de contenus sensibles. En l’absence d’un cadre légal protecteur, ces pratiques s’apparentent à une forme de surveillance extrajudiciaire. Plusieurs journalistes font état de pressions pour retirer des publications ou fermer leurs comptes sous menace de poursuites.
Manque de cadre pour la cybersécurité et la protection des données
Le Liban ne dispose toujours pas d’une loi sur la protection des données personnelles conforme aux standards internationaux. Le projet de loi en discussion depuis 2019 n’a pas été adopté. Il n’existe pas non plus d’agence nationale indépendante de cybersécurité. Les violations de données, piratages de comptes officiels et attaques contre les serveurs publics se sont multipliés sans réponse institutionnelle structurée. L’absence de cadre juridique crée une insécurité numérique persistante, et favorise l’autocensure.
Comparaison régionale : pays arabes selon Freedom on the Net 2024
| Pays | Score / 100 | Rang mondial |
|---|---|---|
| Tunisie | 64 | 25ᵉ |
| Maroc | 53 | 37ᵉ |
| Liban | 50 | 41ᵉ |
| Jordanie | 43 | 48ᵉ |
| Égypte | 26 | 62ᵉ |
| Arabie saoudite | 24 | 64ᵉ |
| Émirats arabes | 22 | 66ᵉ |
Source : Freedom House
Liberté d’expression et société civile sous pression
Les ONG locales, comme SKeyes ou SMEX, notent une hausse des cas d’autocensure chez les créateurs de contenu et les journalistes indépendants. La criminalisation croissante des opinions critiques limite le débat public sur des sujets sensibles comme la corruption, la gouvernance sécuritaire ou les droits des minorités. Le web libanais reste un espace de liberté relatif, mais fragile, instable et de plus en plus conditionné à la conjoncture politique.
Données de contexte sur Freedom House
Freedom House est une organisation non gouvernementale américaine fondée en 1941, spécialisée dans l’évaluation des libertés civiles et politiques. Son indice « Freedom on the Net » est publié depuis 2009. En 2024, il couvre 70 pays représentant 88 % de la population connectée mondiale. L’organisation classe les pays en trois catégories : libres (score > 70), partiellement libres (30 à 69), non libres (< 30). Le Liban est classé comme « partiellement libre » depuis 2017, avec une tendance à la détérioration progressive.



