Les derniers articles

Articles liés

Le Liban classé 77e mondial pour son écosystème de startups : un classement flatteur en décalage avec la réalité du terrain

- Advertisement -

Une amélioration apparente dans l’indice mondial de l’entrepreneuriat, sans réformes de fond ni cadre opérationnel stable

Le Liban s’est classé 77e sur 100 pays dans l’édition 2025 de l’indice mondial de l’écosystème des startups publié par StartupBlink, un classement international fondé sur la quantité, la qualité et l’environnement de soutien des startups nationales. Ce résultat marque une amélioration de deux places par rapport à 2024, dans un contexte économique marqué par une récession prolongée, une crise bancaire non résolue et une fragmentation profonde du tissu productif.

Le classement repose sur trois piliers : le volume des startups actives, leur visibilité ou performance globale, et la qualité de l’environnement entrepreneurial, incluant la connectivité internet, les infrastructures, les programmes de soutien et la dynamique des investissements. Le Liban obtient ses meilleurs résultats dans les deux premières dimensions, grâce à un effet d’accumulation d’initiatives créées entre 2016 et 2019. Toutefois, l’environnement d’accueil reste hautement dégradé, en l’absence de cadre légal pour les levées de fonds, de système judiciaire fonctionnel, ou de soutien public structuré.

Une concentration excessive sur Beyrouth, hors sol et instable

Le rapport souligne que Beyrouth est le seul pôle référencé dans le classement mondial des villes, se plaçant à la 354e position sur plus de 1 000 métropoles, mais ne représentant en réalité qu’une enclave déconnectée du reste du pays. Aucun autre écosystème régional (Tripoli, Zahlé, Saida, Nabatieh) n’a été mesuré, faute de densité ou d’infrastructure de base.

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

La capitale concentre plus de 90 % des structures d’incubation, des espaces de coworking et des investisseurs locaux, ce qui reflète un développement asymétrique. Or, les coupures d’électricité quotidiennes, l’insécurité juridique, l’instabilité fiscale et l’érosion du pouvoir d’achat affectent directement la capacité des startups à fonctionner. Les acteurs du secteur reconnaissent qu’une part croissante des opérations effectives est désormais délocalisée hors Liban, via des structures immatriculées à Dubaï, Istanbul ou Paris.

Absence de politique publique nationale

Malgré l’embellie apparente du classement, aucune politique publique cohérente n’a été formulée depuis 2020 en matière de soutien aux jeunes entreprises. Les rares dispositifs antérieurs (Circular 331 de la Banque du Liban, financement via Kafalat, partenariats avec des agences européennes) sont gelés, détournés ou suspendus. Le vide institutionnel est tel que plusieurs fondateurs de startups opèrent sans statut légal clair, sans fiscalité adaptée, et sans protection contractuelle.

Les syndicats professionnels, les fédérations de développeurs et les chambres de commerce dénoncent régulièrement l’absence d’une loi sur l’économie numérique, de tribunaux commerciaux spécialisés, et de mécanismes de règlement de litiges. L’État libanais, sans moyens de financement ni vision stratégique, s’est retiré du soutien à l’innovation, laissant place à une initiative privée fragile, précaire, et sans filets.

IndicateurRésultat Liban 2025Évolution vs 2024
Classement mondial77e / 100+2
Position région MENA10e / 18
Score global0,478+4 %
Ville classée (Beyrouth)354e / 1 000-18 places
Autres villes classéesAucuneAucune

Une visibilité numérique en trompe-l’œil

Le rapport reconnaît que le score du Liban est largement influencé par la visibilité en ligne de certaines plateformes et hubs technologiques créés avant la crise, mais dont les équipes sont souvent expatriées ou dissoutes. Il s’agit d’un phénomène déjà observé dans d’autres pays en crise : le signal numérique d’une startup demeure même si l’activité réelle s’est arrêtée.

Autrement dit, le score élevé masque une réalité de déclin, où des noms persistent sur les bases de données internationales, tandis que leurs structures physiques, humaines et financières ont été démantelées ou exilées. Cette “présence fantôme” dans les classements crée un décalage statistique entre l’indice perçu et les indicateurs économiques nationaux.

Le capital-risque local reste à l’arrêt

Le rapport ne peut masquer le gel total du capital-risque libanais depuis 2020. Les grands fonds locaux ne lèvent plus de capitaux, les conditions macroéconomiques sont jugées trop incertaines, et les investisseurs internationaux évitent le marché. La Banque centrale, ex-principal catalyseur, n’a plus ni outil ni autorité opérationnelle pour réguler ou soutenir l’innovation. Le crédit est inexistant, les fonds d’amorçage ont été dilapidés, et les incubateurs opèrent à flux tendu, souvent grâce à des dons privés ou des fonds européens très ciblés.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi