8 octobre 2026
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Le Liban peut-il éviter une nouvelle crise monétaire ? Derrière les mises en garde de Joseph Aoun, les fragilités d’une stabilité sous surveillance

Joseph Aoun met en garde contre les discours annonçant une nouvelle crise monétaire au Liban. Malgré la stabilité apparente de la livre, les fragilités bancaires, budgétaires et financières persistent. Entre hausse des obligations, négociations avec le FMI et risques régionaux, le pays peut-il éviter une répétition de 2019 ?

Le Liban peut-il éviter une nouvelle crise monétaire ? Derrière les mises en garde de Joseph Aoun, les fragilités d’une stabilité sous surveillance

Joseph Aoun dénonce les annonces d’un retour à 2019

Le président Joseph Aoun a choisi de répondre publiquement aux discours annonçant une nouvelle flambée du dollar et une répétition de la crise de 2019. Le 7 octobre 2026, il a mis en garde contre les tentatives de politisation de la situation économique, alors que le gouvernement de Nawaf Salam fait face à plusieurs contestations. Son intervention ne constitue pas une garantie que le taux de change restera stable. Elle vise d’abord une mécanique bien connue au Liban : les anticipations de dépréciation peuvent modifier les comportements avant même qu’un choc monétaire ne se produise. Des ménages cherchent à protéger leur épargne, des commerçants adaptent leurs prix et les détenteurs de liquidités privilégient les devises. La circulation de prévisions alarmistes devient alors elle-même un facteur de tension, même lorsque leurs fondements restent incertains.

Le chef de l’État a dénoncé les propos faisant état d’une hausse prochaine du dollar et d’un retour à des crises semblables à celle de 2019. Il les a reliés aux efforts de redressement économique que les autorités disent vouloir engager. La portée de cette prise de position doit toutefois être précisément délimitée. Les informations publiées le 8 octobre rapportent l’avertissement présidentiel, mais ne fournissent ni le nom des auteurs de ces prévisions ni une démonstration qu’une campagne coordonnée serait à l’œuvre. L’existence d’une instrumentalisation politique ne peut donc être déduite du seul discours présidentiel. Pour évaluer la solidité de la livre, il faut examiner séparément les ressources en devises, les besoins de financement, les risques budgétaires et la capacité des institutions à absorber un choc.

La stabilité du cours ne suffit pas à établir la santé de l’économie

Une monnaie peut connaître une période de stabilité apparente dans une économie qui reste profondément fragilisée. Le taux de change reflète les transactions effectivement réalisées et les conditions de liquidité du moment. Il ne mesure pas à lui seul la solvabilité de l’État, la capacité des banques à restituer les dépôts ni l’évolution du pouvoir d’achat. Au Liban, ces distinctions sont décisives. Depuis le défaut de paiement de 2020 et l’effondrement du système bancaire, la crise a modifié la manière dont les ménages détiennent et utilisent leurs revenus. Une partie importante des transactions s’effectue en dollars ou dépend de prix indexés sur cette devise. Dans une telle économie, la stabilité du cours peut réduire une source d’incertitude sans résoudre les pertes accumulées.

Pour apprécier le risque d’une nouvelle secousse, plusieurs indicateurs devraient être examinés ensemble : les avoirs en devises effectivement mobilisables par la Banque du Liban, les flux de dollars entrant dans le pays, la création de monnaie locale, les besoins du Trésor et la confiance dans les établissements financiers. Les journaux examinés n’offrent pas, pour le 8 octobre, une série complète et comparable de ces données. Ils ne permettent donc pas de calculer une probabilité chiffrée de dévaluation ni de fixer un seuil précis au-delà duquel une crise serait inévitable. Cette limite documentaire n’annule pas l’intérêt de l’alerte présidentielle. Elle interdit simplement de transformer une déclaration politique en diagnostic monétaire définitif.

Le budget de l’État, premier test d’une stabilité durable

Le lien entre finances publiques et monnaie demeure central. Lorsque les recettes de l’État ne couvrent pas ses engagements, le financement du déficit peut devenir une source de pression. Tout dépend alors des modalités retenues : hausse des recettes, réduction des dépenses, accumulation d’arriérés ou recours à des mécanismes monétaires. Ces solutions n’ont pas les mêmes effets. Une dépense différée peut préserver temporairement la trésorerie du Trésor, mais elle déplace la charge vers des fournisseurs, des organismes publics ou des ménages. À l’inverse, un financement monétaire excessif risque d’alimenter la demande de devises et de fragiliser le taux de change. Il faut donc regarder la qualité de l’équilibre budgétaire, pas seulement son affichage.

Le dossier électrique fournit un exemple concret de ces interdépendances. Les informations publiées le 8 octobre évoquent environ 300 millions de dollars d’arriérés dus à Électricité du Liban par des administrations et établissements publics. Leur règlement améliorerait la trésorerie de l’établissement, mais déplacerait une obligation vers les budgets des débiteurs. Sans ventilation par institution, échéance et nature de créance, il est impossible d’évaluer le rythme réaliste de paiement. Les débats sur une réduction de certaines charges fixes des abonnés posent une question voisine : soulager les consommateurs peut être justifié, mais la perte de recettes correspondante doit être financée. Une réforme qui ne traite qu’un côté du compte peut créer une tension ailleurs dans les finances publiques.

La hausse des obligations libanaises : un signal de marché ambigu

L’un des faits financiers les plus commentés dans les publications du 8 octobre concerne les obligations internationales de l’État libanais. Leur prix sur le marché secondaire aurait approché 31 cents pour un dollar de valeur nominale, soit un niveau présenté comme le plus élevé depuis plusieurs années. Une telle hausse indique que certains investisseurs sont disposés à payer davantage pour des titres pourtant toujours associés au défaut de paiement de 2020. Elle peut traduire l’espoir d’une restructuration plus favorable aux créanciers, des anticipations de réforme ou des achats de fonds spécialisés dans les dettes en difficulté. Mais elle ne constitue ni un remboursement effectif ni une preuve que l’État dispose des devises nécessaires pour honorer ses anciennes obligations.

Le mécanisme mérite d’être distingué d’une amélioration immédiate des finances publiques. Lorsqu’une obligation déjà émise change de propriétaire, l’argent payé va au vendeur du titre, pas au Trésor libanais. L’État ne reçoit donc pas automatiquement de nouvelles ressources du seul fait de la remontée des cours. En outre, un prix plus élevé peut modifier les attentes des détenteurs de dette à l’approche d’une négociation. Certains seront moins disposés à accepter une réduction importante de leurs créances s’ils estiment que le recouvrement futur sera meilleur. La hausse des obligations peut ainsi accompagner un regain d’optimisme tout en compliquant les discussions sur le partage des pertes. Pour le risque monétaire, elle constitue un indice de sentiment de marché, pas un substitut à l’analyse des réserves et des flux de devises.

Le nœud bancaire empêche de confondre accalmie et redressement

La stabilité de la livre ne règle pas le sort des dépôts immobilisés ni celui des pertes du système financier. La crise bancaire a rompu le lien de confiance entre une grande partie des déposants et les établissements qui conservaient leur épargne. Tant que les règles de reconnaissance et de répartition des pertes ne sont pas clarifiées, le fonctionnement normal du crédit reste entravé. Les entreprises ont besoin de financements prévisibles pour investir, importer des équipements et développer leurs activités. Les ménages, eux, doivent pouvoir distinguer l’argent effectivement disponible des créances bancaires dont les conditions de récupération restent incertaines. Sans solution crédible, une stabilisation monétaire peut coexister avec une économie privée d’une partie de ses mécanismes financiers.

Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, intervient dans un environnement où la réforme bancaire et la restructuration de la dette sont étroitement liées. Les discussions parlementaires du 8 octobre portent notamment sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Elles évoquent aussi des questions de régularisation financière. Ces travaux concernent la crédibilité du système et ses relations avec les partenaires internationaux, mais ils ne remplacent pas une décision sur les pertes accumulées. Une loi de conformité peut améliorer la surveillance des opérations. Elle ne crée pas, à elle seule, les actifs nécessaires pour rembourser les déposants. La distinction entre assainissement réglementaire et résolution financière est indispensable pour comprendre pourquoi la stabilité du change reste vulnérable à une crise de confiance.

Le Fonds monétaire international et les conditions d’un accord crédible

Les discussions avec le Fonds monétaire international constituent un autre élément du dossier. Une mission au Liban du 15 au 18 septembre 2026 est mentionnée dans les informations économiques examinées. Les échanges portent sur la poursuite des réformes et les perspectives de reprise des négociations. Aucun accord financier définitif ne peut être déduit de cette seule séquence. La présence d’une mission et la possibilité de nouvelles réunions signalent une activité diplomatique et technique. Elles ne garantissent ni un décaissement prochain ni l’adoption des textes nécessaires. Pour les marchés, la différence est fondamentale : une annonce de négociation peut améliorer les anticipations, mais seuls des engagements exécutés modifient durablement les ressources et les obligations de l’État.

L’enjeu d’un accord ne se limite pas au montant d’un éventuel financement. Il concerne aussi la cohérence du programme retenu : traitement de la dette, réforme bancaire, finances publiques, gouvernance et protection des groupes les plus exposés. Une réforme mal répartie pourrait accroître les tensions sociales et affaiblir sa propre application. À l’inverse, un programme crédible pourrait réduire l’incertitude sur les règles futures, faciliter certains financements et améliorer la confiance. Les informations disponibles ne détaillent cependant pas un calendrier ferme de décaissement ni un accord final sur la distribution des pertes. Il serait donc prématuré de présenter les discussions comme une garantie de stabilité monétaire. Elles constituent plutôt l’une des conditions possibles d’une stabilisation plus solide.

Les canaux par lesquels une crise pourrait réapparaître

Une nouvelle crise monétaire pourrait résulter de plusieurs mécanismes distincts. Le premier serait un choc sur l’offre de devises, par exemple si une aggravation de la situation sécuritaire réduisait les recettes liées aux déplacements, au tourisme ou à l’activité économique. Le deuxième serait une hausse brusque de la demande de dollars, provoquée par la crainte d’une dépréciation. Le troisième serait une détérioration des finances publiques, si les obligations de paiement augmentaient plus rapidement que les recettes disponibles. Enfin, une crise de confiance bancaire ou institutionnelle pourrait encourager une conversion préventive des avoirs en devises. Ces mécanismes peuvent se renforcer mutuellement, mais leur présence ne signifie pas qu’un effondrement est déjà engagé.

Le contexte régional donne une portée particulière à ces risques. Les publications du 8 octobre décrivent des tensions persistantes au Liban-Sud et des négociations encore incertaines avec Israël. Une dégradation de la sécurité pourrait peser sur les entreprises, la circulation des personnes et les dépenses publiques de reconstruction. Les informations ne permettent toutefois pas de chiffrer l’impact monétaire d’un tel scénario. Il faut éviter deux excès symétriques : annoncer une nouvelle catastrophe sur la base d’hypothèses politiques, ou présenter la stabilité actuelle comme une protection absolue. Une analyse utile doit identifier les canaux de transmission et suivre les indicateurs susceptibles de montrer qu’un risque se matérialise.

Ce que les autorités doivent démontrer au-delà des déclarations

La réponse à l’inquiétude monétaire ne peut reposer uniquement sur la dénonciation des rumeurs. Pour convaincre durablement, les autorités doivent fournir des informations régulières, comparables et suffisamment détaillées sur les finances publiques et les conditions monétaires. La publication d’indicateurs sur les recettes, les dépenses, les arriérés, les avoirs mobilisables et les opérations de la banque centrale permettrait de distinguer les tensions réelles des affirmations sans fondement. Cette transparence est d’autant plus importante que les ménages ont déjà connu une perte massive de confiance dans les institutions financières. Une parole rassurante peut calmer temporairement les anticipations. Elle ne remplace pas des données permettant d’en vérifier la solidité.

Les autorités doivent également clarifier la séquence des réformes. Le traitement des créances d’Électricité du Liban, les discussions avec les créanciers internationaux et la réforme bancaire ne constituent pas trois dossiers indépendants. Ils déterminent ensemble la capacité de l’économie à fonctionner sans accumuler de nouvelles obligations difficiles à financer. À la date du 8 octobre 2026, les journaux décrivent une stabilité défendue par le président Joseph Aoun, une hausse du prix des obligations internationales et des négociations financières encore ouvertes. Ces éléments ne suffisent ni à annoncer une répétition de 2019 ni à exclure une nouvelle crise. La différence dépendra des décisions exécutées, de leur financement et de la capacité des institutions à rendre leurs résultats vérifiables.

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